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De nouvelles armes (2) : le transmédia et l’apport du storytelling

Publié le 11 novembre 2011 par Monartiste


En ligne de mire, la construction d’un univers narratif .

L’ampleur des pratiques de partage et de création directe des œuvres en ligne montre que le public a déjà évolué vers une nouvelle forme de relation aux contenus et à la culture. Pour ce public multi connecté, si la possession devient moins importante, la personnalisation, le sur-mesure, jouent, eux, un rôle de plus en plus grand dans des expériences médias qui remplacent la simple consommation de contenus. Faut-il vous le rappeler,  les écrans sont désormais partout au centre de nos usages, l’essor extraordinaire des Smartphones et des tablettes, du wifi, du streaming et du déjà très répandu «  cloud computing  », nous permettent de vivre où que nous  soyons et comme nous le voulons, de nouvelles expériences informatives, éducatives et de divertissement. On peut dépasser les limites d’un format unique remplacées par la capacité à émouvoir le public d’une expérience à l’autre, d’un écran ou un dispositif à un autre.

Le transmédia

Les spectateurs sont toujours plus avides d’expériences et veulent en avoir pour leur argent, il faut leur offrir de la valeur ajoutée. A nous de travailler dur sur la relation unique qui nous lie à eux pour conserver leur attention et bâtir une relation sur le long terme (une niche). Nous pouvons penser que plus cette relation sera forte, plus l’accès à du contenu sera facile, moins il y aura du piratage. Les récits transmedia, effectuant des rebonds d’un écran à l’autre ( Dark night, le projet Blair Witch) et intégrant la multiplicité des écrans comme terrain de jeu pour l’auteur et le spectateur, sont de précieux remparts à la ringardisation du support de l’oeuvre. « Pirater une œuvre transmédia » n’a pas de sens, d’une part car seul un écran à la fois est « piratable », et d’autre part car ce nouveau genre d’œuvre se vit ou « s’expérimente » plutôt qu’il ne se regarde.

Les programmes transmedia répondent à deux obligations : aller chercher une audience là où elle est, et lui fournir une expérience riche et multitâche, adaptée à son comportement. On peut parler d’un divertissement plus “interactif”. Le public ne souhaite plus uniquement être spectateur, mais aussi acteur, il ne souhaite plus vivre une expérience, qu’il pourrait vivre devant sa télévision.

Comment pourrait-il en être autrement, comment le (jeune) public pourrait-il se contenter d’un divertissement qu’il peut télécharger gratuitement, il s’agit de leur offrir quelque chose qu’ils ne peuvent pas copier. Quelque chose d’authentique. Une vraie expérience, qui leur donne envie de payer. Le plus bel exemple pour moi est une nouvelle fois la « Cosmonaut expérience ». Le premier étage de la fusée de lancement du film le cosmonaute.

L’objectif de Riot Cinéma Collective est de concentrer l’énergie et l’enthousiasme en un seul événement. Une grande fête qui rendra ce moment unique et inoubliable. Il est prévu pour la sortie mondiale à Madrid une diffusion en compagnie de plusieurs milliers de spectateurs. Evidemment cela ne s’arrête pas là, mais pour découvrir l’ensemble de cette stratégie très riche, le plan de diffusion est disponible en téléchargement sur le blog du film.

En offrant aussi la possibilité de la cocréation aux internautes, on découvre aussi la volonté de créer une communauté créative collaborative pour favoriser, l’échange avec le public et entre les membres du public (voir communauté Iron Sky). Ses producteurs s’appuient totalement sur le récit transmédia. Ils ont imaginé pour compléter leur univers narratif à l’humour grinçant un prologue en trois bandes dessinées, qui seront disponibles avant le film, ainsi qu’un roman graphique relatant toute l’histoire d’Iron Sky. Sans oublier l’outil incontournable de la stratégie transmédia, le jeu vidéo. (pour mieux connaître ce projet vraiment enthousiasmant, je vous invite à lire cet article complet du transmédia Lab ou d’aller évidemment sur le site du film.) En laissant une partie de leur autorité, ils favorisent l’implication du public pour favoriser la promotion. Les chaines classiques ont en France une obligation de financer la création cinématographique (Canal + essentiellement). Mais leur capacité d’investissement se réduit toujours plus.  D’où notre obligation à faire preuve de créativité, trouver d’autres sources de financement, ne pas avoir peur de les rassembler

Le storystelling : Double voie l’intégration du spectateur dans le récit et l’attractivité du projet

Extrait d’un article de Pierre Olivier Leurent

L’art de raconter des histoires authentiques (ou storytelling) autour de la marque est un élément clé sous-exploité actuellement dans la communication des entreprises en marketing digital. Grâce à un site internet, un blog, une page marque de réseaux sociaux tels que Facebook ou LinkedIn, on peut mettre en valeur l’histoire et une success story d’une entreprise. On peut ainsi construire, rassembler des communautés en ligne et augmenter l’impact de sa marque autour du storytelling. 

John Sadowsky, dans sa thèse de doctorat, en arrivait à la conclusion que « les plus puissantes et stimulantes formes de communications sont basées sur des histoires ». Il décrit dans son récent livre : Email, social marketing and the art of storytelling que les plus grands leaders utilisent leur expérience de vie pour en faire des histoires personnelles qu’ils utilisent pour enseigner, motiver ou influencer les autres individus. Mais ce n’est pas uniquement réservé aux grands de ce monde, mais peut être aussi employé dans différents contextes (pro ou perso). 


Pourquoi raconter des histoires ? 

Les histoires sont universelles, compréhensibles par tous et facilement transmissibles. Les récits donnent la possibilité de mieux déterminer qui nous sommes et notre signification dans ce monde. Elles sont nées avec la naissance de l’humanité. De même notre esprit fonctionne de manière narrative : nous classons les personnes, les objets, les faits… selon les histoires et les souvenirs que nous nous sommes forgés. 

Les histoires définissent une communauté qui se retrouve autour de valeurs et d’une identité commune. Les contes et légendes racontées autrefois étaient un moyen puissant de transcender les différences des peuples et même de les unir pour des causes. La religion, par exemple, a utilisé la narration pour transmettre ses idées et des faits aux peuples. 

Ces histoires déterminent et définissent hier et aujourd’hui notre comportement et nos habitudes. Comment ? Parce qu’elles sont dites et répétées aux membres de la communauté et ont tendance à nous influencer de manière plus ou moins forte. Cela se fait au niveau de la communauté, qu’elle soit réelle et avérée ou virtuelle dans le cas de Facebook, où les anecdotes racontées construisent les individus et leurs relations qui en font partie. 

Alors que l’individu est saturé de messages publicitaires (plus de 3 000 sont ainsi perçus par jour) et de produits dont les caractéristiques sont devenues de plus en plus proches, il apparaît difficile pour lui de faire un choix. Le communiquant souhaite alors que des notions plus abstraites telles que l’imaginaire, la sympathie, le plaisir, … prennent le pas sur la raison dans l’acte d’achat d’un bien ou d’un service. 


Comment fonctionne la « communication via le storytelling »?

Le storystelling pour El cosmonauta.

Je l’ai déjà mis en avant précédemment el cosmonauta Dans un monde aussi concurrentiel que le cinéma, libérer le contenu de leur film leur donne un atout marketing non négligeable. Sans cette volonté initiale de se démarquer, El Cosmonauta n’aurait peut-être pas vu le jour, il aurait été considéré comme un autre projet de cinéastes indépendants. De cette façon, en faisant appel aux internautes, en créant une communauté autour de celui-ci et en le diffusant avec une Licence Créative Commons, il est clair que le projet devient beaucoup plus attractif pour les médias.

Les deux ressorts essentiels qui donnent envie de soutenir ce projet :

  • donner la possibilité aux internautes et en particulier aux jeunes la possibilité de soutenir un projet innovant, n’hésitant pas aller à contre courant et à l’encontre du corporatisme et des lois mettant en péril les libertés individuelles des internautes comme la loi scinde
  • .  Soutenir le changement et la volonté de prendre son indépendance pour  bénéficier de plus de liberté. Libérer le contenu s’inscrit dans cette dynamique démontrant que l’important est non seulement de réaliser une œuvre, mais aussi de démontrer qu’une autre voie est possible.

Miser sur le long terme.

Tous les nouveaux usages décrits plus hauts sont encore très loin d’être adoptés par le grand public. Il en résulte des tailles de marché très réduites et une rentabilité incertaine. Si vous voulez être certain de gagner de l’argent, misez sur une hausse du prix du pétrole ou acheter de l’or.  Si vous voulez par contre vous positionner sur des usages avant-gardistes et véhiculer une image d’innovateur, tournez-vous plus tôt vers ces usages prometteurs (tout en maîtrisant l’investissement initial et les coûts d’exploitation, je vous conseille d’être patient). le seul impact qu’il semble possible d’établir aujourd’hui entre le piratage et l’industrie cinématographique est bien le rythme d’innovation de cette dernière, qui se rapproche dorénavant plus de celui du secteur des nouvelles technologies, que du domaine culturel !  Mais sans doute est ce le prix à payer pour éviter que le piratage n’ait trop d’emprise sur elle…


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