Magazine

La part métaphysique de Marx

Publié le 30 janvier 2008 par Boutros

Hegel avait sans doute poussé la métaphysique jusqu’à son extrême, c’est ce qui explique les violentes critiques qu’il a subies, et ce, de presque tous les philosophes qui l’ont précédé ; notamment Kierkegaard et Schopenhauer ; Marx aussi était très critique vis-à-vis de lui. Seulement sa critique, a pris un tournent particulier, celui de transformer la philosophie en praxis, pour libérer l’homme.

Le marxisme s’est construit au sein de ce dialogue entre la philosophie de Hegel et celle de Feuerbach, entre une dialectique qui manque de matérialisme et un matérialisme qui manque de dialectique. Dans les deux philosophies, le grand absent est l’homme. Mais il s’agit d’un débat au sein de la culture allemande qui subissait un très grand changement. Alors qu’en France, l’évolution était aussi bien au niveau politique que philosophique. La France vivait un événement quasi important : la révolution. Les allemands préféraient le changement d’idée dans l’esprit de réformisme ; Hegel pensait que la tête allemande a beaucoup de chose à faire dedans et garder calme son chapeau. Or ce qui était en question c’est le développement de l’homme lui-même et la reconnaissance de la raison.

Selon Kant, la philosophie est l’art de l’usage de la raison pour des objectifs réels et absolus, la tâche des hommes est de savoir comment prendre la meilleur place dans le monde et de faire le bon usage de la raison qui a pour principale fonction celle de guider l’homme en l’éduquant, à savoir progresser et voir claire, voir la lumière ! La raison cependant est la plus importante des découvertes de l’homme. Hegel trouvait aussi, que la meilleure chose qui a pu arriver à l’humanité depuis l’existence du monde, c’est lorsque l’homme a compris que son existence est dans sa tête, c'est-à-dire, dans la pensée qui l’a aidé à construire la réalité, c’était l’aube gracieuse de la raison précieuse. Cette idée est sans doute l’une de l’impacte des lumières, où l’idée de la liberté est majeure. Selon lui, l’expérience politique de la révolution Française devait s’accompagner de l’esprit allemand. Or cet esprit, selon Hegel, doit rester lié à la religion. Feuerbach voyait bien que l’Allemagne théorique avait pour base, la religion et la politique. Et puisque la politique était toujours un monde épineux, il a adressé et focalisé sa pensée critique sur la religion, dépassant le compromis de Hegel.

Strauss qui, lui aussi a critiqué Hegel, avait indiqué l’importance de la critique historique de la religion. Feuerbach voulait enseigner le sensibilisme et critiquer tout ce qui est religieux comme étant fallacieux et trompant la conscience des hommes. Dieu est une illusion dont-il faut se débarrasser pour mettre la souveraineté de l’homme et nettoyer sa conscience. De ce fait, la politique devient la religion réelle des hommes.

Feuerbach liera l’aliénation à la religion et ne la considèrera pas nécessaire, comme chez Hegel, au contraire, il la considèrera comme illusion qui éloigne l’homme de son essence réelle ; l’homme aliéné voit dans son humanité aliénée un dieu, et c’est de là, l’importance que donne Marx à Feuerbach ; mieux encore, il se basera sur les thèses de ce dernier pour passer à un niveau et un horizon plus vaste. Marx a donc dépassé non pas seulement Strauss, mais Feuerbach aussi ; il a en fait tiré profit de Rousseau, voltaire et un grand nombre de philosophes des lumières ; pour enfin fonder une philosophie révolutionnaire poussant les hommes vers la vraie terre où se décident les choses et la lutte.

De ce point de vue, on ne peut voir en lui que rebelle à la pensée allemande. Les allemands bien ensommeillés, ne voyaient ni révolution ni événements qui décidaient de leur sort. Certainement, il a récolté les fruits de la pensée allemande qui était entrain de rénover, il a rassemblé la critique de la religion à celle de la politique. Il a donc poussé cette pensée de l’esprit à la praxis. Pour Marx, l’important n’était pas d’expliquer le monde, mais de le changer ; c’est un grand pas pour l’homme et pour l’humanisme. Mais que veut dire changer le monde chez Marx ?

L’homme réel est en relation avec la nature, il produit des richesses et de l’économie. Cette production est en fait, production de la vie matérielle elle-même, sa manifestation et son mode. A chaque période de l’évolution des sociétés correspondent des formes de forces productives et des relations sociales, c’est une relation de production. Le travail est une production d’une vie matérielle. A travers le travail, l’homme se trouve en rapport avec la nature. A partir de là, vient le partage du travail et son organisation; de là aussi le partage entre l’industrie, le commerce et l’agriculture, c'est-à-dire le partage entre le rural et l’urbain, la compagne et la ville. Le partage du travail conduit au partage de la société en classe, quand le bourgeois fait l’industrie et la culture, l’ouvrier fait le travail manuel ; et selon la classe, le travail et la vie matérielle de l’homme, se déterminent la culture, les idées et la représentation sur lui. La production des idées et de la culture est selon Marx liée à l’activité matérielle de l’homme, c’est le langage réel de la vie réelle. Dans toute société, il y a une idéologie dominante, et elle est celle de la classe dominante. Le premierrésultat de ce partage de travail est la propriété ; elle est aussi la forme de tous les rapports sociaux ; Marx en déduit après une étude historique, que l’humanité a connu quatre périodes dans l’histoire : la propriété primitive où l’organisation est la famille, l’échange est la guerre, cependant les forces productives étaient les pêcheurs et tous ceux liés à l’agriculture. La propriété communale, la propriété féodale, puis la propriété privée d’où la classe bourgeoise. Or le passage de ces genres de propriété se faisait toujours par la révolution, par laquelle on passera au communisme.

Selon Marx, la machine et l’argent sont une force destructive, ils corrompent les relations sociales. Il faut donc éliminer le partage du travail, donc le partage des classes, et fonder une société sans classe où règnera la liberté et la solidarité des hommes entre eux, c’est la société communiste qui arrivera par le prolétariat ; c’est la classe qui éduquera les hommes par sa propre idéologie qui est la meilleur pour l’humanité et le salut de l’espèce humaine.Selon Marx, c’est l’homme qui fait et crée l’histoire, mais cela pose des questions bien sérieuses : que veut dire changer l’histoire ? L’histoire est-elle une structure qu’on peut volontairement construire en garantissant la continuité ? On voit déjà l’idée de progrès tant défendue par Hegel. Mais si l’histoire va et change par l’effet de la lutte des classes, cela veut dire que le rôle de l’individu n’a pas de place, cet individu à qui s’adresse exclusivement Nietzsche, plein de vitalité et de force, ne compte encore rien, comme chez Hegel. Mieux encore, cette classe qui fait bouger l’histoire et que le communisme éliminera, ne va-t-elle pas poser un problème, puisque l’histoire risque de s’arrêter du fait qu’il n y a rien qui la fait bouger. On voit mal comment cette histoire marchera sans l’effet des classes ! Marx dit que la contradiction entre l’homme et homme, passera à la contradiction entre homme et la nature, mais cela ne fera pas bouger l’histoire, alors comment et que deviendra l’histoire sans contradiction ? Marx a donc exclu les contradictions, mais peut-on les exclure sans tomber dans un vide ontologique. C’est donc, en premier lieu, un problème Ontologique grave, puis ça nous met devant une vraie utopie : un monde sans contradiction !Puisque la conscience est un réflex de la structure matérielle, qu’elle sera cette nouvelle superstructure sans une structure matérielle ? S’agit-il d’état de culture absolument calme puisqu’elle n’est pas une idéologie d’une classe ? Finalement on se trouve devant une matérialité sans contradiction et une pensée sans contradiction ! Même Zénon n’a pas pensé à ça !

Cela veut dire aussi, que ce qui intéresse Marx, c’est le tout humain et non pas l’individu, et par là, il est tombé dans le piège de Hegel, qui lui, voyait dans l’individu une fraction d’existence n’ayant aucun effet dans le processus de l’histoire. Marx n’est pas sorti du Hégélianisme et a finit par tomber dans les mêmes positions métaphysiques. C’est donc sa part à lui !

L’histoire n’est pas gouvernée par la raison, mais plus tôt par la classe. Or en finissant avec la raison, Marx a finit avec la classe, qui est la matérialité qui fait bouger l’histoire. Il a finit avec l’homme ! On est là devant un humanisme sans homme. En tout cas, l’expérience soviétique a montré effectivement qu’il s’agit d’un projet raté de libération chez Marx, un projet raté d’humanisme ; alors que le point de départ était le changement et non pas la réflexion transcendantale sur le monde. Le marxisme n’a pas pu réalisé un pas dans le chemin de l’humanisme, il n’a pas réalisé non plus un pas dans le dépassement de la métaphysique. Le seul point fort de Marx était l’économie politique, et là encore, c’est le capitalisme qui en a profité. Cela nous permet de comprendre pourquoi Foucault a pensé le pouvoir loin de Marx, et a posé le problème de l’homme en d’autres termes : la problématisation et l’Ontologie du présent.


TRIBAK AHMED

Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Boutros 11 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossier Paperblog