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Pognardeux

Publié le 03 février 2008 par Thywanek
Pognardeux : n.m. & adj : du populo-oseillo-bancaire pognon, une des variantes argotiques du mot argent et du suffixe ardeux dérivé de l’anglo-boursico-trading hard qui signifie que ça rigole pas et que vous allez voir ce que vous allez voir, non de d’la !!
Désigne plusieurs catégories de nuisibles des champs et des villes, qu’on rencontre sous des formes diverses mais pas si différentes que ça les unes des autres, un peu partout sur la surface de la planète.
1ère catégorie : le pognardeux de naissance : celui-là, né comme on dit avec une cuillère en or dans la bouche, va pouvoir passer sa vie loin des caisses de supermarché, loin des fin de mois qui durent trente jours, et plus près du jet privé que des rames de métro. C’est souvent un nuisible qui s’ignore car il n’a que très rarement appris, et très superficiellement dans le meilleur des cas, que si papa a eu de la chance, (ou grand papa), c’est probablement en traitant une quantité substantielle de personnes comme des serpillières. Principal représentant actuel de cette catégorie, un certain tennisman amateur qui répond, si ça lui plait, au nom d’Arnaud Lagardère : fils de son papa, le rejeton est à peu près aussi doué pour les affaires que moi pour dire la messe en lapin. N’a t’il pas récemment répondu lorsqu’on eut l’insolence de l’interroger au sujet d’un évident délit d’initié dans une des boutiques qu’il est censé diriger : « Je préfère passer pour un incompétent que pour un malhonnête. » Au cas ou l’un empêcherait l’autre.
2me catégorie : le pognardeux parvenu : rarement parti d’en bas, ce qui lui a donné accès à pas mal de possibilités de formations nettement plus porteuses que CAP d’ajusteur ou BEP de secrétaire unilingue, c’est un dangereux psychopathe du travail. Il me fait un peu pensé à un gros lézard, comme il en existe sur notre belle terre, mystérieusement rescapés de la préhistoire. Et souvent inoffensifs. Las, celui-là ne tarde pas à faire ses premières dents grâce à un sens des affaires qui s’encombre de l’humanité d’une calculatrice et des scrupules d’un robot. De l’anachronique lézard il conservera le sang froid du reptile et sa dentition rapidement bien pourvue, il deviendra vite un crocodile. Plus intelligent que le premier, qui n’a pas eu de soucis à se faire, il est anxieux de posséder assez. Et ce n’est jamais assez. Il veut un empire. Il achète des entreprise comme d’autres vont chercher leur baguette au boulanger tous les matins. Chemin faisant il n’oublie pas d’acheter des média et des hommes politiques de tous les sexes. Dans cette catégorie nous détenons sous le label de la réussite française un certain Bernard Arnaud : à peu près aussi chaleureux qu’un congélateur, avec une éloquence de boite vocale et un cynisme qui pourrait faire passer certain chef d’état à rolex pour humaniste accompli. Ce garçon en est réduit, c’est dire si la position doit lui être confortable, à jouer à celui qui a la plus grosse avec son complice François Pinaud : n’ont-il pas récemment, auprès du prédécesseur de l’actuel encombrant de l’Elysée, comparé leur grade dans la Légion d’Honneur, l’un se plaignant de n’être pas aussi décoré que l’autre. De grands enfants en quelque sorte !
3me catégorie : le pognardeux arriviste : celui-là n’en finit pas de ramer. C’est une sorte de sous-pognardeux. Apre au gros gain c’est avant tout un spéculateur. Tout lui est bon pour faire fortune avec, pour les autres, une absence de considérations qui confine à l’exploit. Il n’en a pas une aussi grosse que les précédents, mais il en a assez, en attendant toujours mieux, pour écraser et mépriser : c’est bien là l’essentiel. Souvent gros actionnaire quand je dis qu’il rame, ne croyez pas qu’il travaille. Non. Il rame parce qu’il s’angoisse. Et pour compenser il vit sa fortune comme un beauf décomplexé. Il connaît Monte Carlo de fond en comble. Il se lave le cul dans du champagne en attendant que Karl Lagerfeld veuille bien condescendre, (en un seul mot, donc …), à lui dessiner une ligne de papier toilette digne de sa grossièreté fessière. Il ne fait rien si c’est pas cher. Sorti de nulle part, ou pire encore, de n’importe où, il apporte au monde son sens très développé de la vulgarité, de la laideur et de l’inculture. Il en existe de multiples exemples, laissons-les dans un légitime anonymat. Ils ont quelquefois fait un héritage. Ils ont fréquemment joué avec l’argent d’une ou plusieurs sociétés dont une partie, (ou la totalité), du personnel pointe au chômage. Ils ont probablement triché. Mais c’est pour la bonne cause. La leur. A l’exclusion de toute autre.
4me catégorie : le pognardeux rentier : je le distingue de la 3me catégorie car il y a dans le rentier quelque chose qui sonne plus sobre. Quoique les origines pognardeuses n’empruntent que très rarement chez lui à des manières plus honorables que chez l’arriviste, il y a chez le rentier un je ne sais quoi de traditionnel qui sent bon son XIXme siècle, sa demeure cossue dans une banlieue de bon aloi, et une relative discrétion qui en ferait presque une sorte de protestant plein de compassion pour ceux qui n’ont pas eu sa chance. Un genre de victime positive du fatum. Solidement ancré dans la certitude de posséder tout ce que ne possèdent pas encore les autres, c’est presque le dernier rempart d’une inégalité normale, d’une injustice stimulante, contenue ceci dit dans des systèmes de sécurité à toute épreuve. Convaincu que pour vivre riche il faut vivre caché, il n’atteindra qu’accidentellement le niveau de grotesquerie de l’arriviste et soutiendra plus volontiers les empereurs, même arrogants, de la 2me catégorie. C’est plus sur.
Ce trop bref catalogue, à peine une ébauche pour tout dire, ne demande qu’à être complété : il ne veut en tout état de cause, et principalement, que désigner un monde qui vit au dépend de tous les autres, en s’accablant au mieux d’un pouvoir incompris, en se félicitant à tout va de réussites prédatrices, en s’abîmant ça et là dans un caritatif dégoulinant auxquels les média qu’il détient servent de domestiques de circonstance. Assuré que les peuples vivent encore largement dans la fascination plus ou moins inconsciente qu’il exerce sur eux, il y a toutefois chez ce monde un coté tête en l’air qui m’interroge parfois sur sa capacité à se souvenir que ce même peuple a eu lui-même, par le passé, des caprices de riches : d’ailleurs quelque chose aussi d’un peu … tête en l’air …

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