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Deuil impossible (et au milieu coule une rivière)

Par Borokoff

A propos de Two Gates of Sleep d’Alistair Banks Griffin 3 out of 5 stars

Two Gates of Sleep d'Alistair Banks Griffin - Borokoff / Blog de critique cinéma

Aux États-Unis, à la mort de leur mère, deux frères entreprennent un voyage aussi périlleux qu’épuisant pour trouver une sépulture à leur mère qui souhaitait être enterrée au milieu de la nature…

Comment qualifier Two Gates of Sleep ? Est-ce un voyage initiatique ? Ou bien tout simplement l’histoire d’un deuil impossible pour deux frères brisés par le chagrin ?

Construit comme une longue rêverie que suggère déjà le titre du film, Two Gates of sleep raconte la souffrance à la fois physique et morale de deux frères condamnés à porter littéralement sur leur dos le cercueil de leur mère jusqu’à une tombe inconnue dans une forêt, quelque part entre la Louisiane et le Mississipi.

Cette zone naturelle dans laquelle évoluent les deux frères a un côté indéfini. Ses contours sont vagues, sans limites. On pense à Tarkovski et au territoire flou de Stalker.

Alternant plans fixes et travellings, hors-champ et gros plans sur des parties précises du corps de la défunte (cheveux, front) ou des deux frères (main), Two Gates of sleep est un premier long métrage à la fois très organique (Banks Griffin filmant par exemple les entrailles d’une biche qu’un des deux frères a éviscérée) et contemplatif.

Two Gates of Sleep d'Alistair Banks Griffin - Borokoff / Blog de critique cinéma

De ces longs travellings sur les feuilles des arbres traversées par le soleil, de cette caméra à l’épaule qui suit les deux frères face à un soleil levant et qui embrase les blés rougeoyants, de ce plan fixe d’une rivière coulant paisiblement dans une clairière émane une poésie qui rappelle Terrence Malick.

On sent l’empreinte des souvenirs personnels du réalisateur dans ce film qui évoque aussi dans sa thématique et parfois son traitement visuel Mère et fils de Sokourov (1997).

Two Gates of sleep se déroule dans une famille d’Américains dont on sait finalement très peu de choses hormis qu’elle vit dans un certain isolement et au beau milieu de la nature. L’un des deux frères travaille dans une scierie, mais la famille semble s’auto-suffire et vivre essentiellement de la chasse.

Tout en suggestion et en délicatesse (presque en caresse), la caméra de Banks Griffin observe avec pudeur et distance la douleur de ces frères. Comme si leur travail de deuil devait passer par des épreuves aussi pénibles physiquement qu’éprouvantes psychologiquement. On pense alors à la mythologie grecque et aux Douze travaux d’Héraclès.

Il y a incontestablement un talent chez ce jeune réalisateur né en 1977 pour raconter l’histoire de ces deux types paumés dans le fond au milieu de nulle part avec un cercueil sur les bras, une sensibilité pour décrire leur calvaire. Gageons néanmoins que Banks Griffin se dégage de l’emprise de ses modèles (cités plus hauts) pour son prochain film et qu’il développe davantage son univers personnel. Car Two Gates of sleep, au-delà de ses qualités intrinsèques et de son pouvoir d’évocation, souffre parfois d’être trop dans la citation.

www.youtube.com/watch?v=MOXABGS8KVA

Film américain d’Alistair Banks Griffin avec Bradley Corbett, David Call, Karen Young (01 h 18).

Scénario : 3 out of 5 stars

Mise en scène : 3 out of 5 stars

Acteurs : 3.5 out of 5 stars

Dialogues : 3 out of 5 stars


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