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Sarkozy: le modèle social français est en péril à cause de lui.

Publié le 03 février 2012 par Letombe
Sarkozy: le modèle social français est en péril à cause de lui.

L'expression est de Valérie Pécresse. L'élue des Yvelines, section bourgeoisie versaillaise, et accessoirement ministre du budget, avait accusé François Hollande, à deux reprises, de « mettre en péril le modèle social français », quand ce dernier présenta son programme jeudi 26 janvier dernier. En cause, le relèvement des impôts sur les ménages plus fortunés, la suppression de quelques niches fiscales dont le rabot promis sur le quotient familial des plus riches. L'accusation était outrancière.
Mercredi 1er février, alors qu'une vague de grand froid s'abattait sur la France, la Fondation Abbé-Pierre publiait son traditionnel bilan du mal-logement, le 17ème du genre. Nous avions une confirmation de plus, si certains en manquaient, que Valérie Pécresse avait tort: le modèle social français est déjà en péril.
L'Allemagne, modèle tant vanté par notre Monarque lors de son intervention multi-chaînes de dimanche dernier, n'est pas mieux lotie, bien au contraire. Mais Nicolas Sarkozy a fait l'impasse sur le sujet dans ses comparaisons rapides.
Pauvreté de masse
Samedi dernier, l'hebdomadaire Marianne rappelait que 8,2 millions de familles vivaient en France avec moins de 1000 euros par mois, qu'un quart des salariés gagnent moins de 750 euros par mois; que les 10% les moins riches du pays gagnent moins de 659 euros par mois, consacrent 40% de leurs (maigres) revenus à leur logement (contre 35% il y a 12 ans).
D'autres indicateurs prouvent que notre modèle craque, même s'il est loué par Sarkozy lui-même car il a permis de résister mieux que d'autres pays au choc de la crise. Ainsi,

  • Le nombre d'enfants scolarisés en maternelle a chuté de 34% en 2000 à 14% en 2010. Alors même que la France connaît un regain de naissance depuis la fin des années 1990...
  • Quelque 3,9 millions de personnes bénéficient du RSA en métropole. Les deux tiers n'exercent aucune activité, et ne bénéficient donc que du RSA « socle » (soit 467 euros par mois pour une personne seule). L'autre tiers touche en moyenne 170 euros de plus par mois en raison de son activité partielle. Mais un tiers de foyers éligibles ne l'auraient pas réclamé.
  • Le nombre de sans-emploi frôle les les 3 millions (2,874 millions à fin décembre 2011, soit +5,6% en un an). La moitié des 5 millions d'inscrits à Pôle emploi ne touche aucune indemnité.
  • Il y a toujours 7 ans d'espérance de vie en moins pour un ouvrier par rapport à un cadre. La réforme des retraites de Nicolas Sarkozy a choisi d'ignorer cette inégalité, et de faire porter l'essentiel de l'effort financier sur celles et ceux qui ont commencé à travailler jeunes.

Cette semaine, la Fondation Abbé Pierre a ajouté ses propres constats à ce sombre tableau, le mal-logement s'est encore aggravé.
Sarkozy, et l'impasse du logement
Jeudi 2 février, Nicolas Sarkozy file en Essonne. La tournée des voeux, dont le coût est estimé à 6 millions d'euros pour une quinzaine de déplacements, est enfin terminée. Le candidat reprend ses visites thématiques.
Dimanche soir, il avait reconnu une « erreur », la défiscalisation des intérêts d'emprunt immobilier de la loi TEPA d'août 2007. Cet aveu fut peu commenté. Et pourtant, l'échec de Nicolas Sarkozy fut cinglant et plus grave que cela: en subventionnant l'emprunt, il ne favorisait pas la construction de logements mais alimentait la spéculation immobilière. 
Ce jeudi, il parlera logement. Il n'évoquera certainement pas les dégâts de sa loi TEPA, et préfèrera expliquer sa proposition confuse ou incomplète de dimanche dernier sur la constructibilité des terrains. En fait, le candidat Sarkozy a même ajusté le thème de son déplacement à l'actualité chaude. La Fondation Abbé Pierre venait de publier son 17ème rapport annuel et tentait d'imposer la crise du logement comme l'un des principaux thèmes de la campagne électorale.
Elle évalue à 8,23 millions le nombre de personnes concernées par la crise du logement. Les plus précaires sont évalués à 3,651 millions de personnes:

  • 685.000 sont sans abri;
  • 2,78 millions sont des conditions de logement très difficiles (privation de confort accentué, surpeuplement);
  • 172.000 sont en situation d'occupation précaire;
  • 80.000 sont des gens du voyage exclus de place dans les aires d'accueil;

Il faut aussi comptabiliser 5,15 millions de personnes en situation de logement fragile à court ou moyen terme (dont 575.000 déjà comptabilisés ci-dessus):

  • 730.000 personnes dans des copropriété en difficulté
  • 1,25 millions  d'impayés de loyers (soit 494.000 ménages)
  • 3,22 millions de personnes en situation de surpeuplement
  • 244.000 personnes en hébergement « résigné »

Bref, le constat est terrifiant : « Comme la bataille de l’emploi a été perdue, celle du logement est en voie de l’être.  » A l'instar de Nicolas Hulot et son Pacte Ecologique de 2007, la Fondation Abbé Pierre a fait signer un « contrat social pour le logement » par quelques candidats déclarés.
Nicolas Sarkozy n'a pas osé envoyer son secrétaire d'Etat au Logement Benoist Apparu. Ce dernier n'avait rien de trouver de mieux à réclamer que davantage de constructions de logement. Heureusement qu'il est ministre... « La seule solution que nous avons pour faire baisser les prix, notamment en  Ile-de-France, c'est de produire plus de logements, d'où la proposition du  président de la République d'augmenter la constructibilité ».
Le Monarque s'était même déclaré hostile, dimanche soir, à l'une des propositions du candidat Hollande, l'encadrement des loyers: « Si on fait l'encadrement des loyers, c'est très simple, plus personne ne louera, et plus personne ne construira. C'est exactement le contraire de ce qu'il faut faire. Ca n'a marché nulle part, même à l'époque de l'Union soviétique ». Il oubliait pourtant qu'un dispositif proche existe ... en Allemagne. Il s'est aussi opposé au don des terrains publics inutilisés.
Mercredi, le Monarque était au Salon des Entrepreneurs. A la remorque des candidats de gauche, il tacla à son tour la finance. « Le rôle d'un banquier, ce n'est pas d'entretenir une salle de marchés où des jeunes ultra-diplômés derrière des ordinateurs parient sur une chose aussi intéressante que de savoir si la Bourse va franchir les 2 000 points ou les 2 100 points ». Qu'il était drôle et curieux de l'écouter parler ainsi. Quand François Hollande, au Bourget le 22 janvier, avait désigné la finance comme son principal adversaire, les perroquets de l'Elysée s'étaient empressés de fustiger la critique.

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