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Claustria de Régis Jauffret

Par Sylvie

FRANCE

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Editions du Seuil, 2012

C'est l'événement littéraire de cette rentrée de janvier. 

Régis Jauffret est depuis Clémence Picot, passionné par les psychés au bord du gouffre, la folie, les huis-clos étouffants, les rapports de force et manipulations diverses au sein de l'univers familial. 

Le fait de s'emparer d'un des faits divers les plus sordides de ces dernières années semble donc être la suite logique de son oeuvre : raconter les 24 années de calvaire d'une jeune femme cloîtrée dans un cave par son père incestueux, Joseph Fritzl, qui lui fera sept enfants. 

Mais attention ! En guise d'avant-propos, Jauffret nous déclare qu'il s'agit d'un roman, d'une fiction, certes fortement inspirée de la réalité. Quelle a été la principale motivation de l'auteur ? Nous y reviendrons...

Jauffret a toujours été également passionné  par les monologues sans fin, le flux verbal (Asile de fous) mais là, il y a une certaine rupture même si la soif des mots est bien présente sur plus de 500 pages...L'auteur est présent, il adopte un style très classique loin des délires grand-guignolesques et sarcastiques d' Asile de fous . Pas de monologues délirants de Fritzl par exemple, ni des autres membres de la famille, à peine Angelika, la prisonnière, qui dit "je" durant quelques lignes seulement. Il y aura toujours une distance entre les personnages et l'auteur, qui refuse ici le style direct. 

Jauffret aurait pu alterner les paroles des victimes et des boureaux. Il ne l'a pas fait. Car sa volonté première a été d'immerger le lecteur dans une sensation de claustration, qu'il vive le plus profondément possible l'expérience de l'enfermement pendant ces 24 longues années. Et c'est en cela que le roman est très réussi. Tout y est : les violences, l'odeur, l'atmosphère, la répétition des mêmes gestes, des mêmes angoisses chaque jour jusqu'à l'écoeurement. La longueur du texte comme métaphore de la durée de l'enfermement. 

Le roman comme expérience et non comme analyse de la psychologie du monstre. Le lecteur est avec Angelika dans la cave, il vit littéralement avec elle. en cela, le roman est une grande réussite. 

On peut reprocher à Jauffret de mêler réalité et fiction. Il affirme que c'est une fiction. Quoi de mieux qu'une fiction pour donner à voir les sensations, tomber dans le gouffre avec les prisonniers ? 

Il va certes même jusqu'à envisager "une suite", pour savoir comment les enfants ont grandi après leur libération. C'est d'ailleurs ainsi que le roman commence. Puis l'auteurse met en scène lui-même pour aller visiter la fameuse cave. Puis à une petite moitié du roman, nous pénétrons dans la cave. Un bel enchevêtrement de narrations qui donne sa richesse au récit. 

La seule critique que je ferais est effectivement le rapprochement un peu trop facile avec une Autriche malade, clairement visée et accusée, avec des allusions récurrentes à Hitler et le titre, qui rapproche claustration de l'Autriche. 

Jauffret a voulu plonger le lecteur dans une expérience morbide...et c'est très réussi. 



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