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Sarkozy, ou la casse familiale.

Publié le 08 février 2012 par Juan
Sarkozy, ou la casse familiale. Président des Familles ? L'image était trop belle pour être convaincante. C'était le slogan de l'UMP à l'issue d'un énième déplacement du Monarque en province, dans un village choisi. Un  sous-secrétaire avait dû avouer de piteux résultats du commerce extérieur français l'an dernier et tardivement confirmé.
Nicolas Sarkozy, lui, préférait s'afficher père des familles. On n'y croyait plus, mais qu'importe. La veille, il s'était affiché couché, lâché devant Angela Merkel.
Triste Monarque.  Il va accélérer son entrée en campagne. Il a fait réserver le Palais Omnisport de Bercy plus tard en février. Mais à vrai dire... on s'en fiche. On sait qu'il est candidat et quand il l'avouera, les critiques s'amuseront.


Le Sarkoshow dans le Tarn
Mardi 7 février, Nicolas Sarkozy était en déplacement dans le Tarn, à Lavaur. Il visitait une crèche baptisée « Les bouts de choux ». Pourquoi ce choix ? La crèche est à 200 mètres de la nouvelle mairie, où le député-maire UMP Bernard Carayon recevait le Monarque. C'est lui qui revendique la paternité de cette intiative: « Le choix du lieu, c'est notre département, même si j'avais suggéré plusieurs villes qui correspondaient à des thèmes de déplacement différents. »
La directrice avait confié la fatigue qu'une telle visite imposait au personnel de son établissement qui compte 65 enfants. Comme toujours, le déplacement présidentiel fut expresse: deux heures chrono au grand maximum. Un journaliste se demanda ingénument sur Twitter si les enfants ne seraient pas des figurants.
Un peu plus tard, il livra son traditionnel discours de campagne. Il a parlé 37 minutes, sur une estrade évidemment surélevée par rapport au public. Les images sont saisissantes. Nous paraissons comme en Corée du Nord. Il est arrivé en retard. Il s'excusa devant l'assistance trop castée. Ce fut triste. Nicolas Sarkozy fut incapable de sortir les yeux de son discours. Il était devenu lui-même le perroquet de ses propres conseillers.
Pire, il dut lire son texte pour témoigner qu'Angela Merkel, la veille, avait loué la politique familiale française, à la 15ème minute d'un discours fade. C'était triste. Il était triste. On le croyait plus doué. Même pour louer celle qu'il pensait sa sauveuse, il avait besoin de lire son texte, sans recul ni humour. 
Il avait un objectif, se poser en président protecteur du « pacte social »: « la société française a besoin de calme, de stabilité, de pérennité ». Il s'est réjoui de « cette embellie démographique que nous devons aux familles de notre pays ». Il est comme ça Sarkozy. Il se félicite de choses qui ne lui doivent rien.
Il essaya de tacler François Hollande, évidemment sans le nommer. L'attaque fut maladroite et caricaturale: « Pourquoi faudrait-il abattre cet édifice construit par près de trois générations de Français dans un formidable esprit de continuité politique? Au nom de quel principe idéologique devrions-nous mettre un terme à une politique familiale qui est une réussite incontestée en Europe ? ». Hollande souhaite simplement réduire l'avantage fiscal du quotient familial pour les plus riches, Sarkozy s'indigne (une « folie » !)  et tape à côté: il expliqua que les familles exonérées d'impôt sur le revenu le seraient souvent grâce au quotient familial. La veille, certains découvraient justement que le gel de l'indexation des barèmes de l'impôt sur le revenu allaient justement rendre imposables entre 100 et 200 000 familles modestes. Arroseur... arrosé !
Sarkozy dénonça aussi le « sectarisme » de ceux qui veulent « détruire, casser » ce que leurs prédécesseurs ont fait. Venant du candidat de la Rupture, la remarque était drôle et hypocrite à souhait.
Il loua la France, « terre de production », un grand classique sarkozyen. Il loua aussi cette croissance de sa population qui est due à « sa croissance naturelle et non, contrairement à ce que certains veulent nous faire croire, à son immigration ». Le Monarque est en campagne. Il a besoin de chiper des voix et des voies au Front National. Quelle affaire ! « Il faut rappeler cette vérité, car c'est une vérité ! »
Comme un bon protecteur doit aussi savoir manier la sanction efficace, Sarkozy, ce mardi à Lavaur, voulait jouer au Président paternel qui sait châtier quand il le faut. Ainsi, il est revenu sur sa (stupide) mesure de suspension des allocations familiales aux parents d'élèves absentéistes. Quelque 33.000 avertissements auraient été envoyés, la moitié des élèves seraient retournés à l'école. 171 familles auraient perdu in fine leurs allocations. Toute une loi pour ça... Quel aveu!
Président des familles ?
Parfois, Nicolas Sarkozy dérapa. Il eut quelques formules indignes d'une république solidaire: « Nous n'avons jamais confondu politique familiale et politique sociale (...). La grandeur de notre politique familiale, c'est qu'elle ne fait aucune distinction entre ses enfants ».  Riches ou pauvres, tous égaux ? Mais de quoi parlait-il ? De son fils Pierre rapatrié blessé aux frais de l'Etat ? Ou de son autre fils Jean qu'il envisageait de placer à la présidence du plus riche établissement public d'aménagement de France ?
Officiellement, Sarkozy devait évoquer «à cette occasion le plan 2008-2012 de création de 200 000 solutions de garde supplémentaires pour la petite enfance, et la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle.» On sourit. En fait, le gouvernement a augmenté le nombre d'enfants par assistante maternelle plutôt que créé des places supplémentaires. L'arnaque a été totale. En réalité,  seulement 60.000 places ont véritablement été construites. Et l'accroissement du nombre d'enfants par assistante (de 8 à 12) a « créé » 40.000 places supplémentaires en crèches collectives.

En 2006/2007, le candidat Sarkozy s'était bien gardé de préciser que sa promesse de places supplémentaires consistait en fait à surcharger les crèches existantes. Dans son discours d'Agen, en juin 2006, il était très précis:
« Il faut régler une fois pour toutes le problème de la garde des enfants de moins de trois ans. Je rendrai opposable devant les tribunaux le droit à une solution de garde pour tout enfant de moins de trois ans. Pour ces enfants, chaque famille recevra une allocation qu’elle pourra utiliser pour payer une place en crèche ou recourir à une assistante maternelle. Je veux que l’argent que l’Etat consacre aux crèches vous soit directement donné. »
La trahison fut multiple.
1. Le problème de capacité des gardes d'enfants n'a pas été réglé.
2. Le droit opposable de garde d'enfants ne fut jamais mis en place. Nadine Morano, alors ministre de la Famille, en annonça l'abandon en 2009.
3. La nouvelle allocation familiale dès le premier enfant n'est jamais venue.
4. En matière d'accueil des plus jeunes enfants, on pourrait aussi pointer une autre dégradation: le taux de scolarisation à deux ans ne cesse de diminuer depuis 2002 à cause des réductions d’effectifs. De 35%, il est tombé à 13,6% en septembre 2010.
5. Le Monarque n'a pas non plus commenté la suppression des bonifications d'allocations familiales accordées pour les adolescents entre 11 ans et 14 ans depuis avril 2008. Ni le durcissement conditions d'accès aux allocations dépendant des revenus depuis le 1er janvier 2012, (complément familial, prime de naissance ou d’adoption, allocation de base de la prestation d’accueil du jeune enfant) sont durcies.
6. Président des familles, qu'avait-il à dire sur l'augmentation du nombre de familles pauvres ? Pas très loin du lieu de sa visite, le Monarque aurait pu visiter la commission de surendettement de l'Aude. L'an dernier, elle a traité quelque 1.300 dossiers (+10% sur un an), et  44 M€ de dettes ont été apurés ou effacés.
7. Que dire de ces 100 à 200.000 familles qui, coup sur coup, deviendront imposables sur leurs revenus à cause du gel des barèmes de l'iR et perdront leurs aides sociales réservées aux non-imposables ?
8. Vous rappelez-vous en 2009, quand Nicolas Sarkozy s'indignait qu'une assistante maternelle ne puisse garder plus de 3 enfants ? Il cherchait ses 200.000 places....« L’élargissement des horaires d’ouverture est le minimum que l’on doit aux parents qui travaillent.»
Pour finir ce billet sans doute désespérant, voici une exclu, une video illustrative de ce dernier quinquennat, un appel au changement, bien caustique comme il faut.
Tout y est.
Merci à Eric Claxone.


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