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Yasmina khadra : interview exclusive !!!

Par Geybuss

YASMINA KHADRA : INTERVIEW EXCLUSIVE !!!

Un jour, vous lisez L'attentat et vous renconnaissez dans ce roman l'un des livres les plus fort qu'il vous ait été donné de lire.

Puis vous "L'écrivain" vous confirme que vous avez affaire à un auteur hors du commun. L'actualité littéraire vous donne la chance de rencontrer l'homme une deuxième fois et qui plus ait, de l'écouter évoquer "L'équation Africaine". Bien, sûr, au fur et à mesure que les livres de Khadra désertent votre PAL, vous les remplacer illico presto par d'autres titres...

Et puis, le bonheur suprême, recevoir les réponses de l'auteurs aux questions envoyées il y a quelques jours. Partage....

Dans “L’écrivain,  vous écrivez “J’irais jusqu’au bout, la patience titanesque de toujours laisser venir ce que je n’avais pas le moyens d’aller chercher”. Dans l’Equation Africaine, vous dites : “Laissons venir les choses au lieu d’aller les chercher, souvent, elles ne sont pas là où nous croyons”. Vous n’allez pas me dire que l’on arrive à un tel talent et un tel succès sans aller un peu chercher les choses tout de même ? Si on attends que les choses arrivent, il risque de ne rien se passer non ?

 Yasmina Khadra : La vie est un apprentissage. Elle nous prouve tous les jours que nos certitudes ne sont pas des vérités et nous invite à nous remettre constamment en question. Dans l'Ecrivain, c'est un enfant qui parle, un enfant sans repères ni expérience, fragile et vulnérable, qui a le mérite de se chercher dans la tourmente. Ne pouvant forcer le destin, il le subit et tente de s'en instruire. Dans l'Equation africaine, mon personnage relève d'une autre culture, d'une autre mentalité. Il a les moyens de ses défis. Les visions, dans les deux livres, s'expliquent par les conditions existentielles et ne s'érigent pas en principes inflexibles. Pour moi, les seules vertus immuables, éternelles et inaliénables sont les valeurs universelles. Ni les âges ni les guerres ne doivent les inverser.  “Celui qui ne voit l’Afrique mourra borgne”. A ma question “Et celui qui ne voit jamais l’Afrique mourra-t-il aveugle, vous avez répondu oui. Mais la littérature peut elle être une réponse, peut-être ouvrir les yeux, rendre la vue à celles et ceux qui, pour X raisons, ne peuvent aller vivre l’expérience, voir sur place ? YK : La littérature n'est qu'un genre d'expression culturelle. Ce sont les personnes qui peuvent changer les choses. Ces personnes sont animées par une foi, et non pas par un talent. Ils sont médecins, syndicalistes, artistes, philosophes, ouvriers ou guichetiers. Les écrivains ne sont pas tous des éveilleurs de conscience. Certains sont même enténébrés, sectaires ou de mauvaise foi. Le seul mérite du livre est d'être un outil de réflexion et de vigilance intellectuelle. On peut mentir dans un livre, mais on n'y triche jamais. Un lecteur aguerri sait tout de suite à quel genre d'écrivain il a à faire" L'Africain, m'a-t-il révélé un soir, est un code. Déchiffrez le et vous accéderez au discernement »." Finalement, tout Homme n’est il pas un code de plus en plus complexe à décoder, quelque soit sa couleur de peau et sa culture, ce qui nous mène dans une situation de plus en plus brumeuse ?   YK : Il n'y a de confusion que dans la méconnaissance. Cette dernière est plus dangereuse que l'ignorance. Le discernement consiste à faire la part des choses, à distinguer le bon grain de l'ivraie, à se poser les vraies questions. Certes, chaque homme est une singularité, mais l'humanité est une évolution à travers l'espace et le temps. Essayer de la comprendre consiste d'abord à se situer par rapport aux autres et à trouver sa place dans la cohue. A partir de ce repère, on peut prendre du recul pour observer ce qui se passe autour de soi. Le livre est ce recul. Il me permet de jeter un bout de lumière sur les zones d'ombre et d'accéder à certains mécanismes de la pensée humaine qui sont à l'origine du progrès ou du dysfonctionnement des rapports humains. La"brume" est dans le repli sur soi, le refus de voir ce qui se passe ailleurs.   “L’Africain est convaincu que les miracles existent, mais il ne les exige pas pour autant... sa sagesse amortit ses déconvenues”. Et vous croyez vous aux miracles.... Personnellement, je me sens bien plus Française qu’Européenne. Et vous vous sentez vous avant tout Algérien ou Africain ? J’ai l’impression qu’en Europe, on rêve de l’Afrique globale (touristique, culturellement, comme d’un tout), dont curieusement nous excluons sans nous en rendre compte le Maghreb.... Alors qu’en Afrique, il me semble qu’on rêve d’un pays Européen précis... Me trompe-je ?  YK: La problématique identitaire ne se pose qu'aux personnes nées sous X. Les Africains ne rêvent pas d'un pays européen précis, ils ne pensent qu'à se soustraire à leurs misères et à avoir droit aux rêves. Ce qu'ils ignorent, est que les misères sont partout dans le monde sauf que, par endroits, ils sont occultés par le clinquant illusoire et les paillettes du jet-set. Il suffit à l'Afrique de s'éveiller à ses potentialités et au génie de sa jeunesse pour se découvrir un lustre enthousiasmant. Pour ma part, je suis Algérien. Par extension, je suis africain et citoyen du monde. Mon vrai peuple est celui qui défend les valeurs que je défends. A part le sud Algérien avec le Tassili du Hoggar, le massif de l’Assekrem et l’ermitage du père de foucault, quel est, selon vous, l’endroit le plus beau, le plus pittoresque de l’Afrique ? YK : Pour répondre à cette question, il faudrait que je connaisse toute l'Afrique. Et l'Afrique est un continent pluriel, magique, un puzzle de pays aux antipodes les uns des autres, aux cultures diverses. Je pense que tout pays mérite d'être connu. Heureux sont ceux qui voyagent tout le temps. Ceux-là vivent pleinement leur époque. Enfant, vous voyiez  les écrivains comme des prophètes, des visionnaires, des sauveurs de l’espèce humaine.... maintenant que vous êtes devenu écrivain, vous sentez vous “sauveur de l’espèce humaine” ? n’est ce pas un poids lourd pour deux épaules ? Les écrivains seraient donc les Bruce Willis (qui dans chaque film, sauve le monde), de l’espèce humaine ??? YK : J'ai bien fait d'évoluer loin des milieux littéraires. Cela m'a permis d'incarner mon rêve d'enfant et de rester sain de coeur et d'esprit. Je n'ai pas rencontré cruauté plus raffinée, hypocrisie plus crasse et mauvaise foi plus criarde ailleurs que parmi les écrivains. Un monde interlope où le trafic d'influence et l'exclusion sont des armes de destruction massive. Dans l”Ecrivain, vous dites : “Ma vie était si lamentable, si saugrenue que seul mon nom sur un livre pouvait m'en consoler »... J’imagine que ces 15 dernières années, vous avez été bien consolé non ?  YK : Dans l'écrivain, c'est un enfant qui parle. Je crois que je suis le plus chanceux des hommes. J'ai une femme que j'aime, des enfants, des amis dans le monde entier, et des lecteurs qui constituent ma vraie tribu. Je n'ai jamais haï personne et je n'ai jamais fait du tort à quelqu'un.      Quels sont vos 3 derniers coups de coeur littéraires ? Y.K  :3 coups de coeur me sembleraient injustes. J'ai aimé tant de romanciers! Arbitrairement, je dirais : 1- L'arbre de misère, de Taha Hossein (Egypte) 2- Des souris et des hommes, de Steinbeck 3- Le quai au fleurs ne répond plus, de Malek Haddad (Algérie)
YASMINA KHADRA : INTERVIEW EXCLUSIVE !!!
 

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