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Nicolas Sarkozy ment sur RTL, Calvi, Duhamel et @jmaphatie laissent dire

Publié le 27 février 2012 par Variae

Nicolas Sarkozy ment sur RTL, Calvi, Duhamel et @jmaphatie laissent dire

Ce lundi matin, Nicolas Sarkozy était l’invité de la longue matinale politique de RTL, avec aux manettes un trio de journalistes politiques chevronnés, Yves Calvi, Alain Duhamel et Jean-Michel Aphatie. Le candidat-président a livré son numéro désormais bien rôdé, alternant ton doucereux et piques brutales, jouant avec les journalistes comme le chat avec les souris, bataillant sur l’interprétation de ses propos passés et cognant durement François Hollande, répondant aux auditeurs avec un rituel « je vais essayer d’être précis » [comprendre : je ne le serai pas du tout]. Une mécanique simple mais efficace, permettant d’enchaîner approximations, réécritures de son bilan, procès d’intention contre l’opposition et promesses de campagne, au point qu’un journaliste du Monde parle sur Twitter d’un « tapis de bombes » de calembredaines.

Sarkozy sur RTL c’est un nouveau tapis de bombe de contre-vérités et approximations, ça en devient difficile de les relever toutes…

— Samuel Laurent (@samuellaurent) Février 27, 2012

Je ne vais pas ici me livrer à une patiente collecte des éclats d’obus, notamment sur les questions programmatiques. D’autres l’ont fait ou le feront. Un passage, un seul, a accaparé mon attention. C’est à 7 minutes 57 sur cette vidéo.

Au cours d’un développement sur l’école, Nicolas Sarkozy revient sur la possibilité et la nécessité, sur certains sujets, d’une union sacrée de tous les partis. Il prend son propre exemple, face aux projets européens de François Mitterrand. « Il m’est arrivé de voter des traités négociés par François Mitterrand : l’acte unique, la monnaie unique, le fait qu’il soit socialiste ne m’a pas empêché de considérer que sur l’Europe on devait faire un bout de chemin ensemble ».

L’exemple fait visiblement partie des éléments de langage et arguments récurrents du candidat : il l’a déjà employé, mercredi dernier, lors de son passage au JT de France 2 pour fustiger l’abstention des députés socialistes sur le vote pour le Mécanisme de stabilité européen. Sauf que les internautes, en direct, ont mis à jour le misérable « mytho », comme disent les djeunes : au moment du vote de l’Acte unique, Nicolas Sarkozy n’était pas encore député ; au moment du vote de la monnaie unique, il n’a pas pris part au vote, procès-verbal du Palais Bourbon faisant foi. Fait notable, la mystification est suffisamment énorme pour que la presse, pour une fois, s’en saisisse : Le Monde, le JDD, Libération, Le Lab Europe 1 (entre autres) consacrent des articles à l’énorme mensonge en prime time, et sur RMC, Jean-Jacques Bourdin accroche sévèrement Jean-Pierre Raffarin à ce sujet.

On peut penser qu’il existe un service de presse à l’Elysée ; que dans le pire des cas, Nicolas Sarkozy lit lui-même les gazettes ; et qu’il a donc pris connaissance de ces désintox à grande échelle qui devraient, dans un monde normal, le dissuader de répéter une telle énormité.

C’est pourtant ce qu’il fait lundi matin sur RTL, sans ciller, sans honte, croyant visiblement fermement en l’adage selon lequel « la répétition d’un mensonge finit par devenir une vérité ». Grand bien lui fasse. C’est l’attitude des trois journalistes expérimentés qui lui font face (non pas un, ni deux, mais trois) qui est en revanche extrêmement questionnante et perturbante. Ils laissent filer le mensonge, sans même broncher, participant ainsi, par défaut, à sa crédibilisation.

Que se passe-t-il à ce moment dans la tête de nos trois éditocrates ? Ne lisent-ils pas la presse ? Sont-ils passés à côté de ce mini-buzz datant d’à peine quatre jours ? N’ont-ils pas préparé l’émission ? Sont-ils complètement incultes sur notre histoire récente ? Ont-ils eu tous les trois en même temps une soudaine perte d’acuité auditive ? Se sont-ils évanouis l’espace d’un instant ? Sont-ils tellement hypnotisés par le numéro de charme et de menace de leur interlocuteur, qu’ils n’osent piper mot, même s’ils n’en pensent pas moins ?

On ne parle pas d’un débat complexe sur les effets de telle ou telle réforme, de telle ou telle proposition. On parle d’un fait strictement constatable : un homme qui prétend avoir été député 2 ans avant sa première élection, et qui prétend ensuite avoir pris part à un vote auquel il n’a, selon des documents officiels, pas participé. Nulle complexité, nulle ambiguïté, la vérité factuelle dans toute son éclatante nudité. Tellement éclatante qu’elle en aveugle trois stars de l’information hexagonale.

Ce manque de réactivité (ou cette complaisance) de nos trois larrons n’est pas le pire, quand on y songe. Le pire, c’est que Nicolas Sarkozy puisse tenter un coup aussi grossier. Il le fait car il sait qu’il va le réussir, et qu’il ne rencontrera aucune résistance en face. Il sait qu’il est bien le candidat du système médiatique, de ses barons de l’information et de ses vieilles gloires de l’éditorialisme. Il connaît leurs faiblesses et l’emprise qu’il peut exercer sur eux. Il est, très simplement, le critique le plus féroce et le plus cynique des médias, sans aucun doute sur leur potentiel de veulerie. A vous faire passer Arrêt Sur Image ou Acrimed pour d’angéliques naïfs.

J’aimerais être démenti sur cette conclusion. Lire, a minima, un correctif écrit de la part de  ces grands manitous de l’information politique, un billet – pourquoi pas – sur le blog de Jean-Michel Aphatie. Sans grand espoir – mais je ne demande qu’à être agréablement surpris.

Romain Pigenel


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