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Retour sur Toulouse

Publié le 25 mars 2012 par Allo C'Est Fini
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Le mois de mars 2012 marquera l’histoire de ce pays comme celui qui vit un assassin liquider trois soldats français à Montauban, en blesser un quatrième, avant de commettre un carnage dans une école juive de Toulouse, et de se faire abattre par les policiers du Raid au terme de plus de 30 heures de siège. Un scénario dramatique, aussi imprévisible et tragique que ceux que nous ressassent à longueur de temps des séries télévisées comme « 24 heures chrono ».

Chacun vit et analyse ces événements avec sa propre grille, ses référentiels. Cela permet des analyses et des points de vue d’une grande richesse, et voici quelques éléments qui permettront de ne jamais oublier ces instants tragiques.

La chronologie

Elle est d’une extrême simplicité. Cela démarre le 11 mars par l’assassinat d’un sous-officier à Montauban, suivi de deux autres militaires le 15 mars dans la même ville. Même mode opératoire – attaque en scooter – même arme, même profil des victimes, tous d’ascendance nord-africaine, ce qui pousse d’abord à croire dans à un tueur proche des milieux d’extrême-droite. Le 19 mars, un carnage se produit dans l’école juive Ozar Hatorah. Un adulte et trois jeunes enfants sont froidement liquidés, un adolescent est toujours dans un état grave. Même profil pour l’assassin, même calibre, le rapprochement est immédiat.

Le choc est de dimension nationale. En pleine campagne électorale, la plupart des candidats s’accordent pour suspendre leur campagne, à un degré plus ou moins visible. Une minute de silence est respectée dans toutes les écoles le lendemain. Et chaque parent, ce matin là, jette un oeil soupçonneux aux scooters qu’il croise en déposant ses enfants à l’école. Victimes juives, victimes musulmanes, le président de la République appelle à l’union nationale. On croit alors que l’enquête penche un peu plus vers les milieux d’extrême-droite. Erreur.

L’enquête

Elle se déroule à une vitesse particulièrement rapide, en remontant notamment, aux dires de la presse, sur les adresses IP des personnes ayant été en relation avec la première victime, tombée dans un guet-apens suite à une annonce parue sur le site leboncoin.fr. Mercredi 21 mars au matin, une équipe du Raid localise le tueur dans un appartement Toulousain, non loin de l’école. Il se nomme Mohammed Merah. Il a 23 ans, et va tenir pendant plus d’une trentaine d’heures, face une équipe impressionnante de policiers du Raid. La couverture de ce siège occupera les médias nationaux pendant toute sa durée, montrant une fois de plus les limites du direct sur ce type d’événements.

L’assaut est mené le 22 mars en fin de matinée. Si vous avez pu l’écouter à la radio, vous avez surement été impressionnés par la bande sonore, digne de scènes de guerre. Merah réussit néanmoins à traverser son appartement en contre-attaquant l’offensive du Raid, puis se fait descendre par un tireur d’élite, apparemment, en descendant de sa fenêtre. Aucune image n’a pour l’instant filtré.

A qui peut bien téléphoner un flic anti-terroriste au sortir d'une telle opération?

Certains reprochent aux policiers la lenteur du siège. Il faut dire qu’en laissant le temps au temps, les policiers ont pu dialoguer avec Merah, cerner son profil, obtenir des informations sur ses caches d’armes. Certes. Mais ils prenaient aussi le risque d’une contre-attaque, du type prise d’otage dans une ambassade ou une caserne française dans un pays lointain, et chantage à l’exécution des otages en échange de la libération du tueur. Dieu merci, cela ne s’est pas produit.

Le choc dans la communauté juive

La communauté juive de France est bien entendu particulièrement bouleversée. Il y a eu quelques attentats sanglants (Copernic, rue des Rosiers, ou assassinat d’Ilan Halimi) en France ces 30 dernières années, mais on n’avait encore jamais réussi à atteindre de jeunes enfants (malgré quelques tentatives avortées, notamment à Villeurbanne).

Le tueur a beau se réclamer d’Al-Qaida et prétendre « venger » les enfants palestiniens, il ne faut pas non plus tomber dans une dérive communautariste basique. Mohammed Merah  est avant tout un cinglé, malade des armes, qui a réussi à collecter un arsenal de guerre et faire flipper 60 millions de concitoyens. Sa religion n’y est pour rien: les tueurs du Brabant étaient tout aussi dingues, et les analyser selon leur obédience religieuse ne viendrait à l’esprit de personne.

La montée en force d’Internet

Merah est tombé, semble-t-il, d’abord par l’enquête mené sur les personnes liées à l’annonce passée sur le site internet leboncoin.fr. La puissance d’Internet, qui permet de remonter de nombreuses pistes via les traces laissées sur les serveurs des sites Internet, et par les caches des navigateurs qui s’y connectent, trouve ici une parfaite illustration.

On doit s’inquiéter qu’un tel individu ne soit pas suivi un peu plus lourdement, et notamment via Internet. Comment un gars qui a voyagé en Afghanistan ou au Pakistan peut-il collecter un tel stock d’armes dans un pays démocratique comme le nôtre?  A quoi sert, comme le remarque justement Christophe Ginisty, de développer un arsenal de guerre pour fliquer les ados ne mal de musique, alors que le terroriste moyen peut prospérer?

Beaucoup de commentateurs parlaient, cette semaine, d’un avant et d’un après Toulouse. Peut-être pour le déroulement de la campagne présidentielle, qui va voir se renforcer les thèmes sécuritaires et l’aura du président sortant et du ministre de l’intérieur. Comme en 1988, comme en 1993, comme en 2007, des élections se dérouleront quelques semaines après un événement majeur de sécurité intérieure.

Mais après? Je doute que rien ne change en la matière. Mohammed Merah avait 7 ans quand Khaled Kelkal semait la terreur dans les rues de la région parisienne. Le prochain terroriste, sans nul doute, s’inspirera des faits d’armes du tueur fou du Midi-Pyrénées. Hélas.


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