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Jeanne d’Arc et les Tontons flingueurs

Publié le 13 mars 2008 par Jlhuss


11401.1205270473.jpgDans royaume de Médaiffe, il y avait un charmant village nommé Hiffope. Là, vivait une jeune personne que ses parents avaient prénommée Laurence. Pourtant tout le monde l’appelait Jeanne d’Arc car elle s’était fait couper les cheveux à la garçonne et elle exerçait la profession de bergère. Ce métier consiste, comme chacun sait, à tondre les blancs moutons (lesquels peuvent être également bleus ou rouges) à l’aide de grands ciseaux appelés sondages. Laurence-Jeanne d’Arc pratiquait cet art avec une grande maîtrise. C’est pourquoi, elle avait été élue Reine du sondage à la grande fête annuelle des bergers du Médaiffe où se retrouvent tout ce que le royaume compte d’as du sondage.

Un jour, alors qu’elle s’apprêtait à déguster un gigot à l’aide d’une de ses fourchettes (elle en avait deux, une basse qu’elle partageait volontiers avec les personnes de petite taille et une haute qu’elle prêtait aux basketteurs), elle eut la surprise d’entendre une voix sortir de son lampadaire à halogène, appareil acheté à Conforama, un petit pays proche d’Hiffope et où la vie est moins cher. Donc la voix lui dit à peu près ceci :  « 

- Laurence point n’estoit un hasard si tu fus nommée Jeanne d’Arc et élue Reine du Sondage. Laisse tes moutons, monte sur tes grands chevaux, vets ton armure immaculée et sois la blanche chevalière qui boutera hors du Médaiffe les méchants capitaines de l’Uhihemhem !

- Mais, répondit Jeanne-Laurence, je n’ai point de grands chevaux, encore moins d’armure et d’abord je ne sais pas qui vous êtes.

- Je suis l’Esprit d’entreprise, lui répondit la voix et pour les grands chevaux et l’armure, il te suffit d’aller voir le bon sire Claude Bébéar au bourg d’Axa. Il te prêtera sa Mercedes classe A et te donnera d’excellents conseils. C’est un de mes plus fidèles serviteurs. Je l’ai averti et il attend ta venue avec autant d’impatience que ses rentes annuelles.»

Laurence-jeanne, qui n’était pas contrariante, fit comme l’Esprit lui avait dit. Trois mois plus tard, grâce à l’aide de Sire Bébéar d’Axa, de Sire Pinault de la Redoute, de Sire Gohn de Renault, de Sire Leclerc des Hypers et de quelques autres sires dont aucun n’était pauvre, elle se trouva en mesure de s’attaquer aux soudards de l’Uhihemhem. Le premier à l’affronter fut vieux Commandeur Gauthier Sauvagnac de la Kesse-Nouare.

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Ce Gauthier était un adversaire redoutable. On ne comptait plus les combats où, appuyé sur la forteresse de la Kesse-Nouare qu’il avait coutume, par plaisanterie, de nommer son coffre-fort, il avait vaincu ses adversaires. Fantassins des grandes compagnies syndicales, chevau-légers des partis ou seigneurs rivaux du Médaiffe, nombreux étaient ceux qu’il avait mis en déroute. Il avait pour cela une arme infaillible. C’était une manière de bouclier qu’on nommait l’écu sonnant et trébuchant car, lorsque les ennemis approchaient du château de Kesse-Nouare, les sergents de Gauthier les frappaient en mesure du plat de leurs épées. Ils sonnaient alors de si charmante façon que les attaquants, perdant tout esprit offensif, galopaient vers le château en jetant glaives et rondaches pour courir plus vite. Il ne restait plus aux soudoyers, que Gauthier avaient placé en embuscade, qu’à les faire trébucher à l’aide de ces longues cordes que les infidèles, qui les ont inventées, appellent baquechiches. Ensuite on les liait solidement et on les amenait à Gauthier qui en faisait selon son bon plaisir.

Quand il apprit que Laurence se dirigeait vers ses terres Gauthier eut un rire méprisant et déclara d’une voix sinistre: « 

- Je vais te l’écrabouiller façon puzzle l’emmerdeuse. On cherchera les morceaux au quatre coins de l’Hexagone et on aura du mal à les retrouver ! »

Là- dessus il se fit apporter une bouteille de sa boisson favorite et, comme c’était son habitude avant d’engager un conflit, il en but un verre avec trois de ses principaux lieutenants : « 

- C’est une boisson d’homme ! articula le premier.

- Il y a un p’tit goût de pomme ! suggéra le second

- Moi, j’ai connu une Polonaise qui en descendait un bol chaque matin ! se rappela le troisième en écrasant une larme. »

Cependant vêtue de sa blanche armure Laurence approchait de Kesse-Nouare. Gauthier ordonna de faire jouer les écus sonnants et trébuchants mais, à sa grande surprise, rien ne se passa comme prévu. C’est que le sire d’Axa, qui était un peu sorcier, avait garni le heaume de l’héroïne d’un appareil nommé baladeur sur lequel passaient en boucle les litanies dites du Cours de la Bourse. C’est ainsi que Jeanne-Laurence échappa aux pièges des écus sonnants et trébuchants et qu’à force de prouesses, elle put vaincre Gauthier. Celui-ci essaya bien de fuir en sautant de son donjon avec un parachute doré, mais, inspirée par l’Esprit d’entreprise, Jeanne-Laurence déjoua sa ruse. Elle le fit prisonnier et l’envoya, sous bonne escorte, au grand tribunal du Médaiffe. Là pour expier ses forfaits, on l’obligea à abandonner ses prébendes, sinécures et fromages et on le condamna à finir ses jours comme caissière dans une des nombreuses échoppes dont le sire Leclerc des Hypers tirait l’essentiel de ses revenus. Ses  « amis » de l’Uhihemhem n’étaient, de leur côté, pas mécontents de se débarrasser de leur allié En effet, une fois qu’il avait bu deux ou trois verres de sa boisson qui sentait la pomme, Gauthier avait tendance à avoir la langue un peu longue et ces seigneurs, qui aimaient la discrétion, commençaient à le trouver encombrant. Ils se gardèrent donc d’intervenir.

Après cette victoire, Jeanne-Laurence sentit sa tête gonfler et ses chevilles enfler. Du coup, sa blanche armure étant devenue trop étroite, elle l’ôta et alla faire la tournée des boutiques pour renouveler sa garde-robe car elle en avait assez d’entendre les filles, les femmes et les maîtresses de ses alliés rigoler dans son dos sous prétexte que son armure faisait ressortir ses bourrelets. C’est ainsi que, voulant acheter une paire de babouches, elle arriva à la pantouflerie où trimait désormais le vieux Gauthier :  « 

- Que désire Madame ? interrogea-t-il en s’inclinant avec servilité.

- Une paire de babouches et que ça saute ! répondit Jeanne-Laurence

- Les désirs de Madame sont des ordres ! »

Là-dessus il présenta à sa cliente une paire de babouches en peau de garzouli des Pyrénées

- Elles sont travaillées à la main par des artisans de la CGPME ! sussura-t-il obséquieux.

- Du garzouli !Sur la vie d’ma mère y ‘m’véner c’bâtard ! hurla Laurence ; Du garzouli !Et pourquoi pas du fargaou à pattes bleues pendant qut’y es père de tupe ! »

Et ne se contrôlant plus elle lui fracassa le nez d’un coup de genou bien appliqué. Puis elle sortit du magasin sans plus s’occuper de Gautier. : « 

- Un bourre-pif ! En pleine paix !  gémit le malheureux. C’en est trop ! »

Et, tenant son mouchoir sur son nez, il se traîna jusqu’au repaire secret où il avait appris que les chefs de l’Uhihemhem s’étaient réunis pour délibérer. Quand les assistants virent l’état pitoyable dans lequel se trouvait Gauthier, un grondement de fureur remplit la salle. Alors le chef suprême se leva et fit signe qu’il voulait parler : « 

- Cette Laurence commence à me les briser menu, dit-il d’une voix aussi glaciale que le Groenland avant le réchauffement climatique. Nous allons lui régler son compte.

- Mais comment ferons-nous, Chef Suprême ? interrogea un des présents.

- Facile ! Nous allons lui faire croire que nous sommes prêts à nous soumettre à son pouvoir et à celui de ses amis. En signe de bonne volonté, nous leur dirons que nous sommes prêts à leur abandonner ce que nous avons de plus sacrés, notre trésor de guerre et qu’il leur suffit de venir le chercher.

- Mais oseront-ils venir, Chef Suprême ?

- Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît !  conclut le Chef Suprême. Allez ! Je leur envoie un mèle. »

Et tout se déroula comme prévu. Enfin presque comme prévu. En effet, quand ils reçurent le mèle Sire Bébéar d’Axa, Sire Pinaultt de la Redoute, Sire Gohn de Renault, et Sire Leclerc des Hyper s’aperçurent tous qu’ils avaient quelque chose à faire : «

- Je manque d’assurance, dit Sire Bébéar. Il me faut aller en quérir outre-mer.

- L’eau monte en mon palais Vénitien, dit Sire Pinault. Je dois aller la pomper si je veux sauver ma collection de cuillers décoratives.

- J’ai raté le lancement de ma Laguna, dit Sire Gohn. Il est indispensable que je fasse un peu de muscu.

- N’y a plus d’super dans mes hypers, grommela sire Leclerc. Me voilà obligé de me rendre à Amsterdam où le marché est libre.

- Puisque c’est comme ça, j’irai seule, dit Jeanne-Laurence.

- L’Esprit d’entreprise soit avec toi ! » répondirent les autres et chacun partit de son côté.

En arrivant au repaire de l’Uhihemhem, Laurence-Jeanne trouva le Chef Suprême qui l’attendait. : « 

- Noble chevalière blanche, tu as vaincu, lui dit-il, à toi notre trésor. Au fond de cette pièce, se trouve la porte qui y mène. Pour l’ouvrir, tu n’auras qu’à prononcer cette parole magique que j’étais, jusqu’à présent, le seul à connaître, Touché-o-grizby. »

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Sans vouloir en écouter davantage, Jeanne-Laurence s’avança vers la porte et répéta ce qu’elle venait d’entendre. Immédiatement la porte commença à s’ouvrir dévoilant des piles de lingots et des montagnes de billets de cinq cents euros soigneusement attachés par paquets de mille. Elle fit un pas en avant et l’enfer se déchaîna. Pendant que le Chef Suprême ricanait car le sésame qui donne accès au trésor se prononçait, en réalité, Touché-pa-o-grizbi, une trappe s’ouvrit sous pas et elle tomba dans un filet qui se referma sur elle. Quand elle fut immobilisée, Quatre individus dont on ne pouvait savoir s’ils avaient ou non la mine patibulaire car ils étaient soigneusement cagoulés s’approchèrent d’elles.

- Bourreaux faites votre office ! ordonna l’un d’entre eux dont la voix ressemblait à celle de Sire Gauthier ce qui est bien normal puisque c’était lui.

Les sbires s’emparèrent de Laurence. En quelques secondes ils garnirent ses poches, son sac, ses babouches en fargaou à pattes bleues et jusqu’à son soutien-gorge et sa petite culotte de bons du trésor, de Napoléons, de billets de banque de différents pays à monnaie forte et d’actions du CAC 40. Ensuite, ils l’entraînèrent par un itinéraire qu’il serait trop long de décrire jusqu’à une porte (encore une) qui s’ouvrit brusquement. Expédiée en avant par la poussée de trois solides chaussures solidement appliquées au bas de son dos, Jeanne-Laurence se retrouva dans une salle brillamment éclairée et remplie de journalistes dont un certain nombre équipés d’appareils photos et de caméras de télévision. Aveuglée par les flashes et les torches, elle leva la main pour se protéger. Son geste eut pour effet de libérer une partie des billets coincés dans les bretelles de son bustier Armani, tandis que quelques Napoléons roulaient sur le sol. En même temps elle entendit le Chef Suprême qui, d’une voix indignée, prenait l’assistance à témoin :

- Je vous le demande, Mesdames et Messieurs, qui veut acheter qui ?

- Vous êtes un sacré menteur ! tenta d’articuler Jeanne-Laurence

Mais personne n’entendit sa protestation.

Quelques jours plus tard, dans son bureau, au-dessus de la salle du trésor, le Chef Suprême recevait une vieille connaissance.

- Alors mon bon Gauthier, satisfait d’avoir retrouvé les morceaux de votre parachute ?

- Ah Monseigneur que de reconnaissance. Mais ce qui me réjouit le plus c’est la façon dont vous vous y êtes pris pour nous débarrasser de cette Jeanne-Laurence. Vous avez littéralement cramé sa réputation.

- Eh oui mon bon Gauthier, on peut bien le dire : Nous avons brûlé une dinde. »

par
Chambolle 

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