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Hard Candy – Quand le petit chaperon rouge se rebelle

Par Bebealien

On continue encore et toujours sur les petites séries B qui dépotent avec Hard Candy de David Slade (qui a ensuite réalisé 30 jours de nuit, sorti il y a quelques mois avec Josh Harnett en tête de casting). Sujet épineux, ambiance étouffante et très bon casting, pour ce petit film qui fout vraiment les jetons.

Hard Candy – Bonbon acide

Jeff, un photographe trentenaire discute sur internet avec Harley une adolescente de quatorze ans. Ils décident de se rencontrer. Ils décident de continuer à faire connaissance en se rendant chez Jeff afin d’être plus tranquille. Provocante, Harley fait boire Jeff et lui demande de la prendre en photo. L’adolescente ayant drogué la boisson, Jeff s’endort. A son réveil, il est ligoté à une chaise et Harley retourne son appartement. Elle est persuadée que Jeff est un pédophile qui n’en est pas à son coup d’essai. Elle cherche des preuves l’incriminant et à très envie de jouer du bistouri pour lui apprendre à ne plus attaquer de jeunes filles innocentes.

La très bonne affiche du film, qui décrit bien le personnage d’Harley

On le voit, le sujet central du film est particulièrement sensible : la pédophile. Ou en tout cas la pédophilie présumée de Jeff. Et c’est la thématique qui va être creusée tout au long du film. Qui est vraiment Jeff et qui est vraiment Harley ? Lequel est vraiment un prédateur ? Finalement qui est le traqueur et qui est le traqué ?

David Slade brouille volontairement les pistes, jusqu’à un final particulièrement sombre. Ses deux personnages principaux ont tous deux un gros problème. Et il arrive par alternance à nous faire éprouver de la sympathie pour l’un ou pour l’autre, alors que nous sommes en face de deux monstres potentiels. Et il faut en effet attendre la toute dernière scène pour comprendre exactement qui ils sont.

Jeff (Patrick Wilson), trentenaire louche

En temps que spectateur, on se trouve donc piégé émotionnellement. Est-ce normal d’éprouver de la sympathie pour un présumé pédophile sur le point de se faire torturer ? Est-ce normal d’éprouver de la compassion pour une jeune adolescente à problème ultra-violente ? On se trouve finalement très mal à l’aise, voir même coupable d’essayer de s’identifier à l’un des deux personnages.

Le script est donc extrêmement malin et très bien écrit, car évitant de décrire l’un des deux protagonistes comme un martyr. Ici, la notion entre bien et mal est particulièrement difficile à cerner. A-t-on à faire à une vengeance justifiée ? A une séance de torture gratuite ? Lequel des deux est le plus abîmé psychologiquement ? C’est surtout l’incroyable justesse des deux rôles et des dialogues qui fait mouche. D’autant plus que 90% du film se situe dans deux pièces d’une maison. On est presque à la limite du théâtre filmé.

Harley (Ellen Page), appât vicieux

Afin de renforcer encore ses personnages, Slade à fait appel à un excellent casting. Tout d’abord Ellen Page (qui sortait de X-Men et qui n’avait pas encore connu la consécration avec Juno) en appât vicieux, à la fois femme et enfant, proie et prédateur… bref personnage double que la superbe affiche décrit bien : à la fois petit chaperon rouge et piège mortel. A la fois brillante et sombre, son talent éclate de manière évidente.

Ensuite, Patrick Wilson, surtout vu dans le cinéma indépendant américain et bientôt dans Valkyrie de Bryan Singer (avec Tom Cruise) et Watchmen, l’adaptation de la BD éponyme d’Alan Moore par Zack Snyder (300). Son rôle de trentenaire lisse en apparence mais complexe en réalité lui sied à merveille. Tour à tour chasseur et chassé il fait mouche.

Quand Harley torture Jeff…

Hard Candy joue beaucoup plus sur la peur psychologique que le gore. Mais contrairement à Motel, chroniqué hier, qui se contentait d’être simplement efficace, Hard Candy va loin et dépasse son cahier des charges initial. C’est un véritable petit bijou, malheureusement passé quasi-inaperçu lors de sa sortie en salles et qui, youpi, passe actuellement sur Canal. Indispensable, mais clairement à ne pas montrer à tout le monde.


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