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A la Tate Modern, Damien Hirst joue à la roulette russe

Publié le 10 avril 2012 par Alexia Guggémos

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Enterrement de première classe pour Damien Hirst, 47 ans. La rétrospective que lui consacre la Tate Modern, jusqu'au 9 septembre, laisse un arrière goût de mégots froids et de putréfaction acide. L'enfant terrible des Young British Artists s'est-il essoufflé dans la provocation et le morbide ? Toujours est-il que son solo-show donne froid dans le dos. L'ensemble de son travail apparaît comme une succession de postures, montrant la limite de ses assemblages répétitifs. Inventeur de la découpe, Arman (1928-2005) avec ses accumulations, finalement, ne ferait-il pas figure de précurseur, et Hirst de suiveur ?

A travers une scénographie plate, on y découvre son premier Spot Painting (1987), le cliché noir et blanc où il s'est fait photographier avec un mort (1991), les fameux animaux - requins, vaches et moutons - plongés dans le formol qui l'ont rendu célèbre et qui continuent d'impressionner... les enfants. Egalement, ses cabinets de médecine, ses armoires à pharmacie, l'un de ses monochromes noirs constitués de mouches mortes, et bien sûr, son travail à partir des papillons naturalisés. Rien que du déjà vu donc.

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L'exposition se poursuit du côté du Turbine Hall, le cœur de la centrale électrique désaffectée de la Tate... Dans ce magnifique hall de 10 000m2, on se souvient qu'Olafur Eliasson y avait fait briller un extraordinaire soleil à travers une œuvre immersive ; Rachel Whiteread l'avait envahi avec 14 000 boites blanches empilées en forme de tours ou de labyrinthes ; Carsten Höller y avait installé 5 toboggans géants, le plus long descendant du 5e étage sur 55 mètres. Et, enfin, en 2010, Ai Weiwei avait conquis le public avec son immense tapis formé d'une centaine de millions de graines de tournesol en porcelaine. Damien Hirst lui... occupe l'espace avec la foule.

Plongé dans l'obscurité, le visiteur est invité à s 'agglutiner - telles les mouches sur un bout de viande si chères à l'artiste - la longue file d'attente qui mène vers le cube noir qui abrite le Graal... 30 minutes, en ce samedi de week-end de Pâques, pour admirer la réplique en platine d'un crâne d'un homme décédé au XVIIIe siècle, incrusté de plus de 8 601 diamants. Intitulée For the Love of God, cette œuvre célèbre a été vendue 100 millions de dollars à un groupe d'investisseurs... dont Hirst faisait lui-même partie dans le but de préserver sa cote sur le marché de l'art ! Damien Hirst s'offre donc le Turbine Hall comme écrin de joaillerie. Une œuvre splendide, certes, mais une salle dédiée au sein de l'exposition aurait suffi. Et l'on aurait aimé que Hirst fasse enfin une vraie proposition convaincante à cette occasion unique.

A quoi joue donc Damien Hirst ? Rétrospective bâclée. Créativité inhibée. Balle perdue.


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