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Les horaires de piscine réservés aux femmes continuent de faire polémique

Publié le 13 avril 2012 par Lauravanelcoytte

Débat ancien, la problématique des horaires réservés aux femmes dans les piscines publiques a pris un nouvel élan avec la campagne présidentielle.Débat ancien, la problématique des horaires réservés aux femmes dans les piscines publiques a pris un nouvel élan avec la campagne présidentielle. | AFP/MYCHELE DANIAU

La question des horaires réservés aux femmes dans les piscines publiques n'est pas nouvelle, mais elle a pris un nouvel élan en ces temps de campagne présidentielle. Et la principale cible de cette croisade est la maire de Lille et première secrétaire du PS, Martine Aubry. Cette dernière est accusée - à tort - d'avoir mis en place dans sa municipalité, jusqu'en 2008, des créneaux spéciaux pour les femmes musulmanes. Régulièrement, le président et candidat Nicolas Sarkozy n'hésite pas à s'en prendre dans ses meetings à l'ancienne prétendante à l'investiture socialiste pour la présidentielle qu'il accuse d'avoir porté atteinte à la laïcité.


AU-DELÀ DU CONFESSIONNEL, LE RAPPORT AU CORPS

Lors du forum Elle-Science Po sur l'égalité entre les sexes, organisé à Paris le 5 avril, le candidat du MoDem, François Bayrou, a apporté son soutien à un dispositif prévoyant des plages horaires réservées aux femmes dans les piscines municipales. Une décision qui n'est pas motivée par le respect de tel ou tel impératif confessionnel, mais par la problématique du rapport au corps. "Il y a des femmes qui pèsent plus lourd que d'autres, et qui ne veulent pas être exposées au regard des hommes dans une piscine", a-t-il expliqué maladroitement.

Lire notre compte rendu : Un grand oral "féministe" mouvementé à Sciences Po

C'est en réalité pour cette raison qu'a été instauré l'horaire réservé aux femmes à Lille. En 2000, l'ancienne députée socialiste du Nord et actuelle présidente du centre social Lazare-Garreau, Denise Cacheux, a demandé au maire de l'époque, Pierre Mauroy, d'allouer un créneau d'une heure hebdomadaire aux habitantes du quartier Lille-Sud pour un programme de lutte contre l'obésité. Très vite, il est étendu à des dames plus âgées et aux habituées d'un atelier d'alphabétisation.

Mercredi, dans La Voix du Nord, Mme Cacheux s'est dite "ulcérée" par les "récupérations politiciennes" qui ont été faites de ce projet, avant de réaffirmer sa fierté face à une "démarche éducative et progressive". Dans une lettre envoyée à l'automne 2011 au secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, et rendue publique par Rue89, elle écrivait que cette initiative "a permis à ce groupe de femmes, qui ne l'auraient pas pu autrement, d'avoir accès à une activité sportive souhaitée".

Pour l'éditorialiste et militante associative, Rokhaya Diallo, l'instauration d'horaires reservés aux femmes n'a rien de choquant, au contraire. "On vit dans une société qui exerce une pression terrible sur les femmes et leur image, explique-t-elle. C'est difficile d'assumer son apparence, particulièrement dans un environnement comme la piscine où l'on est à moitié nue." Actuellement, 70 % des équipements sportifs publics sont utilisés par des hommes, indique-t-elle. Et d'ajouter qu'au regard du succès rencontré par les salles de sport privées pour femmes, il est injuste de ne pas offrir à toutes les femmes l'accès à des infrastructures adaptées. "C'est une forme de rééquilibrage", insiste l'éditorialiste.

UNE DÉRIVE "PARTICULARISTE" ?

Sur le site de la députée PS de Gironde Michèle Delaunay, qui défend l'existence de créneaux réservés aux femmes âgées et en surpoids, un internaute s'interroge : "Et pourquoi pas pour les hommes obèses, les hommes trop poilus, les femmes trop grandes, les personnes de confession musulmane, de confession juive, puis chrétienne, et une matinée pour les athées aussi... A trop vouloir faire dans la particularité on en oublie ce qui fait notre République : la laïcité et l'égalité notamment. Or, comment promouvoir l'égalité si on propose à côté des horaires particuliers pour certaines personnes ?"

"Ce type d'initiative n'est pas antinomique avec la République", plaide Rokhaya Diallo, qui reconnaît toutefois que son point de vue est minoritaire. "Beaucoup de personnes ont critiqué sur Twitter mes prises de positions sur le sujet, raconte-t-elle. Mais j'ai aussi reçu beaucoup de témoignages de femmes qui ne vont plus à la piscine à cause du regard de certains hommes." Pour elle, l'essence de la République est de garantir la protection des minorités et de ne pas se laisser guider par un "universalisme aveugle". Certaines initiatives mises en place pour une population se sont révélées très utiles pour la majorité, ajoute-elle. Et de prendre l'exemple des SMS et de la fonction vibreur sur les téléphones créés à l'origine pour les mal-entendants.

Pour l'historien spécialiste du corps Georges Vigarello, il n'y a que deux cas de figure qui peuvent justifier de la création d'horaires adaptés dans les piscines municipales : les besoins pédagogiques et les besoins sanitaires. Le bien-être psychologique et le respect de l'intimité de personnes en situation de handicap peut faire l'objet de débat et justifier la mise en place un tel dispositif. "Savoir si l'obésité entre dans ce cadre peut se discuter, reconnaît-il. Mais il y a aussi un risque de dérives. Pourquoi, par exemple, ne pas réserver des morceaux de plage aux personnes en surpoids ?"

Quoi qu'il en soit, Rokhaya Diallo et Georges Vigarello sont formels sur un point : "Créer des horaires sur des bases confessionnelles est une transgression totale du principe de laïcité." Pour le reste, le débat est loin d'être clos. D'autant que les femmes - obèses ou non - ne sont pas les seules à souffrir de complexes...

Aude Lasjaunias

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/04/12/les-hora...


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