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Pour une grammaire de la musique paysagiste II

Publié le 14 mars 2008 par Victorclaass
Décors et personnages: les débuts de la musique paysagiste.
Il ne s'agit nullement de considérer la musique à part. Si l'on a pensé que telle était mon intention, l'on s'est trompé. Le paysage est en art un argument symbolique, que ce soit à un niveau conscient de métaphore visible ou à l'échelle d'un courant entier.
Dans Les Bucoliques, Virgile présente la vision la plus nette de l'Antiquité d'utilisation symbolique du paysage. Il développe ainsi le mythe de la Pastorale, argument métaphorique qui connaît une longévité historique impressionante et principal utilisateur du paysage. Or, la musique paysagiste naît aussi de la Pastorale, développant des langages qui lui permettront d'évoquer le paysage à partir des fondements de cette mythologie.
Nul n'est besoin de présenter outre mesure les quatre concertos de Vivaldi qui ont comme sujet le cycle de la nature, Les Quatre Saisons. Evoquons rapidement le plus connu des quatre concerti, Le Printemps, pour noter que Vivaldi se situe directement dans le champ de la narration, de l'histoire, alors que ses morceaux auraient pu être basés essentiellement sur l'évocation. Pour exemple de cette représentation, le violon qui évoque les chant des oiseaux, formant ainsi dans l'esprit de l'auditeur un décor. Ce décor accueille logiquement un personnage. Nous retrouvons donc celui du berger - hérité de Virgile - dans le second mouvement. Les deux forces constructrices, bien qu'opposées ou puisqu'opposées, de la musique de paysage sont déjà présentes: la représentation et la narration.

Le second concerto, l'Eté, permet d'étudier plus en détail ces deux forces. Il raconte l'arrivée et l'explosion d'une tempête estivale et en quelque sorte l'histoire du berger qui subit les foudres de la nature. Les changement de dynamique, la volonté d'opposer des instruments jouant en solo à l'orchestre sont des constantes de la représentation de la nature que nous verrons à nouveau dans l'histoire de la musique. Cet aspect est propre au genre évidemment, mais on peut l'analyser sous un jour nouveau ici - à moins que ce ne soit le contraire et que le fait qu'un concerto ait été l'œuvre fondatrice de notre genre ait influencé les écritures à venir.

Nous retrouvons l'histoire du berger et de l'orage dans le 4° mouvement de la Sixième Symphonie de Beethoven - la Pastorale, qui présente les premiers pas de notre grammaire. Le mouvement commence d'une manière étonnemment similaire au troisième mouvement de l'Eté.

L'ampleur nouvelle de l'orchestre et l'ajout de percussions sont très importants pour le paysage musical à l'orée du romantisme. La science du climax et la puissance de l'orchestration de Beethoven masquent pourtant à peine le retour du violon comme instrument évocateur de la pluie. Nouveauté, l'apparition de la flûte, instrument ô combien important, aux côtés d'autre bois, pour notre genre. Depuis l'Antiquité, la flûte est l'instrument associé au beger et son usage restera chose commune, même quand notre personnage aura disparu de l'histoire. La forme légèrement concertante de son utilisation, où elle s'appuie, répond et questionne l'orchestre est pour moi une méthode brillante pour évoquer perspective et du chemin de l'œil. La paysage musical peut aussi être vu comme cela: offrir à l'oreille un chemin analogue à celui de l'œil en peinture de paysage.
Gardons en tête ces codes fondateurs de Beethoven pour entrer dans l'abondance paysagiste du 19° siècle. Ils seront repris, commentés et développés. Puis viendra la musique Hollywoodienne, qui reprendra à son compte ce langage pour le développer, le changer, et en faire ce qui dans l'esprit public est maintenant la musique de paysage.

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