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Les Badass Funkstarz lancent leur label "Badass 45"

Publié le 17 mars 2008 par Danydan

Depuis plus de dix ans, les Badass ‘Funkstarz font groover les soirées de Strasbourg. Ce collectif sound-system de DJs, à l'origine composé de Sir Jarvis, également saxophoniste à l'occasion et DJ Shann, parfois au fender rhodes, rejoints depuis près d'un an par G-Phil, a une culture Funk /Soul/Afro Beat et Brazil et Boogaloo rare, qu'ils modernisent par des rythmes plus contemporains, empruntés au Break'N Beat anglais ou à la Drum'N'Bass, en les passant aussi parfois sous leur forme d'origine.

Le nom de leurs mixtapes vous mettra dans l'ambiance : « Everybody Likes James Brown », « Hellboy Funk » et « Live In Donkey Land » (enregistré lors de vacances en Corse ou Sir Jarvis accompagna un défilé de mode).

La vie étant trop courte pour eux pour ne pas la partager, ils ont fait venir nombre d'invités comme Quincy Jointz (DJ Hip Hop allemand), Don Mescal (DJ Funk de Lyon avec qui on purra les entendre avec DJ Gruyere ce samedi 15 mars au Soda Bar de Lyon, 7 rue de la Matinière), Jazzman Gerald (DJ anglais fondateur du label « deep funk » « Jazmin Records), DJ Gruyere (DJ « deep funk » espagnol de Barcelone fondateur du label « New Cheese Records ») Malachi Trout (membre du collectif Herbalizer et programmateur Jazz du Jazz Café de Londres), S.M.O.O.V.E (DJ anglais Break'N'Beat auteur de nombreux remixes explosifs sur « Wack Records » et sujet de nos premières « Réflexions sur les musiques électroniques »).

Le 8 mars dernier, Sir Jarvis lançait leur label « Badass 45 », qui sortira des 45 tours vinyls encore en usage chez les DJ, que Malachi Trout, S.M.O.O.V.E et Gilles Peterson ont déjà intégrés dans leurs sets, à L'Elastic, « meilleur bar se Strasbourg » d'après lui. Il avait invité pour l'occasion DJ No Stress (alias Rock Cee), membre fondateur à Strasbourg de l'une des radios les plus groovies de Strasbourg, RBS (91.9 FM et sur le net sur « http://rbs.bday.net/). D'abord radio pirate (dès 1979), RBS obtient sa première autorisation officielle d'émettre en 1982. Ce qui fait de cette station l'une des plus ancienne radio de la région, et même de France. La petite histoire raconte que le nom Radio Bienvenue Strasbourg vient de la Saint Bienvenue, le 30 octobre, jour officiel de la création de l'association. Le nom correspondant parfaitement à la philosophie première de la station qui offre une tribune aux résidents étrangers de Strasbourg.

Avant l'ouverture du caveau, je crois reconnaître le style Jazz Rock et Brazil du groupe « Return To Forever », mis par No Stress, (Chick Coréa, claviers ; Airto Moreira, percussions diverses ; Flora Purim, chant, l'une des meilleures chanteuses Brésiliennes après Elis Regina), ce que me confirme Sir Jarvis à mon arrivée. Après un titre de Funk et un autre Hip Hop, je reconnais le « What's Going On », enregistré par Marvin Gaye en 1970 sur l'album Motown du même nom, et qui devait faire du chanteur Soul en 1971 le sage déjà concerné par l'écologie, la guerre du Viêt-Nam et la lutte contre drogue, mais remixé originalement en reggae, tout en gardant la Soul originelle et le tempo d'origine.

No Stress alterne avec des titres instrumentaux Jazz Soul Funky à la manière de ceux utilisés par Antonioni dans « Blow Up » (Palme D'Or 1967 à Cannes), caractéristiques de la créativité du « Swinging London » des années 60s, où l'on voit également les Yardbirds et un jeune Jimmy Page (y succédant à Eric Clapton et Jeff Beck, qu l'on y voit aussi, avant de former le premier groupe de Hard Rock Led Zeppelin avec Robert Plant au chant et John Bonham à la batterie) casser sa guitare contre l'ampli et la jeter en pâture aux fans.

Suit un thème bien Blaxplopitation avec des saxos en fond et une voix de Screamin' Jay Hawkins (le pianiste noir de Rock'N'Roll fou furieux capé avec un os papou dans le nez et au regard de vaudou lançant des flammes avec sa canne dans sa version de « I Put A Spell On You »). Ensuite on se calme avec une perle « Northern Soul » de ce style qui fit des vinyls Funk/Soul une des influences de la techno anglaise par la culture des DJ, d'après Laurent Garnier dans son autobiographie « Electrochoc ».

Le premier des 45 tours de « Badass 45 » (« Stronger Than Melody », reprenant « En Mélody », l'avant-dernière chanson de « Mélody Nelson », concept-album de Gainsbourg, avec Alan Parker (guitare ), Brian Odgers (basse), Douglas Wright (batterie), Alan Hawkshaw (claviers), Jean-Claude Vannier (orchestration) enregistré aux studios Marble Arch de Londres du 21au 23 Avril 1971. Sur une histoire inspirée du « Lolita » de Nabokov, le narrateur (Gainsbourg abandonne le chant pour ce qu'il appellerait « talk over »), au volant de sa Rolls (un clip de Jean-Christophe Averty existe, tourné au petit matin, où il est au volant de la « déesse d'argent » et passe du trottoir de gauche à celui de droite, n'ayant jamais passé le permis !) renverse une nymphette à vélo « aux cheveux rouges, et c'est leur couleur naturelle) interprétée par Jane Birkin (qui a joué dans « Blow Up » avant de le rencontrer sur le film « Slogan » où elle jouait sa « petite briseuse de ménage ») sur la pochette, dont on entend les rires de chèvre hystériques dans « En Mélody ». Dans un document télévision, elle lui demandait pourquoi il la faisait mourir à la fin, et il répondait : « Pourque notre amour soit éternel ». Je reste persuadé que c'est la seule vraie période de bonheur de sa vie. Dans « En Mélody », elle veut revoir « le ciel de Sonderland.

Elle prit le 707, l'avion cargo de nuit. Mais le pilote automatique aux commandes de l'appareil fit une erreur fatale à Mélody ». Le narrateur scrute le ciel comme les papous guinéens qui tirent sur les avions à coups de sarbacane. La basse et la batterie, notamment sur En Melody, sont résolument funk. Ce titre « En Mélody » peut être considéré comme le premier morceau de Rock Français, car ne devant rien dans son jeu au rock anglo-saxon. Téléphone, plus tardif, ne sont que des « Rolling Stones » à la française. Et le groupe Noir Désir joue encore comme cela. Dans la version des Badass'Funkstarz, le titre est mixé avec l'excellente chanteuse de Soul anglaise Amy Whitehouse sans occulter les cris de chèvre originaux de Birkin. Cela fait mervei_lle, et on croirait que le titre a été composé ainsi…

Un autre de ces 45 t, « You Better Shake » tire son titre de soirées des Badass'Funkstarz et de leur page « My Space » les annonçant organisées au « Café Des anges » de puis novembre dernier tous les jeudis pairs. Le flyer précisait les sens et implications chorégraphiques, psychologiques et vitales du mot « Shake » : « secouer – agiter- faire des mouvements vifs - sortir de son inaction en se libérant de son angoisse, torpeur, paresse - tenter de se débarrasser d'un joug, de la routine, des préjugés – mener quelqu'un pour l'inciter à agir – réagir contre le découragement, l'inertie ». Sur une base touffue de percussions brésiliennes et de congas et de beats et une basse electro- new-wave, dans le raffût enthousiaste d'une foule en délire des voix masculines et féminines issues de la techno, donnent les temps de la danse, invitent à entrer dans le groove, James Brown leur répond en hurlant, une guitare Rock inattendue ranime la sauce, puis les voix s'électrisent en monstres inhumains, rythmes vocaux. Ce titre est une bone description de leurs soirées, et un amuse-gueule efficace au suivant.

« Heat wave Drummers » ou « Martha's Drummers » mélanges des rythmes afro-cubains, les cuivres du boogaloo (mélange de Rythm'N'Blues et de rythmes latins) de la « Latin Soul » du label Fania aux trompettes assourdissantes qui devait donner lieu à la « Salsa », la voix d'une chanteuse de funk/Soul noire et ses choristes et les imprécations extatiques d'un percussionniste sorcier (Mongo Santamaria ?) tenant lieu d'MC au naturel, auxquels viennent s'ajouter quelques mesures vocales d' « Agogo », tube percussifs brésilien des dancefloors relayé par RBS dans les années 90/2000s. Et là encore le mélange prend, même s'il surprend. Ce qu'aime faire Sir Jarvis, c'est mélanger des petits bouts de tubes kitsch que chacun de nous aurait honte d'écouter tels quels et les rendre méconnaissable en les mélangeant à d'autres éléments hétéroclites. Quand il dévoile les influences, on est souvent surpris d'avoir aimé ça. La méthode consiste, à ce que j'ai cru comprendre, à isoler les éléments constituant d'un titre (rythmes, basse, voix, cuivres) et les remplacer par d'autres.

« Freaky Grapevine » reprend sur un rythme irrésistible de percussions une version féminine d'enfer de « I Heard It Through The Grapevine », premier succès de Marvin Gaye, les cuivres de « Work Song » de Nina Simone reprise par Claude Nougaro dans son « Sing Sing » sur un fond sonore de vocaux boogaloo tapant des mains aux trombones assourdissants.

« Makin'Jill Nervous » allie des saxophones intenses et originaux d'une liberté empêchant de les classer dans un style ethnique, Jazz ou Funk ou peutêtre tout ça à la fois car tenant autant des barissements des éléphants d'Afrique que du vibrato klezmer ou tzigane appliqué au Rythm 'N' Blues, ou des musiques kitschs d'André Popp dans la lignée des films de Russ Meyer , accompagnant en fanfare une chanteuse Soul revendiquant la liberté de son âme sur une basse northern, avant un solo de batterie broken. Et tout ce beau monde se bringuebale ensemble comme s'il était né sur le même continent.

On retrouve la Fania avec « Fania's Brothers Workout » dont on entend les cuivres de films sur une rythmique plutôt cool voire kitsch, des murmures soul accompagnent un solo de saxophone, puis entre en scène une chanteuse Soul qui semble avoir tout vécu à entendre l'émotion de sa voix même plus éraillée, James Brown vient y danser et crier avec elle. « Stubborn Son Of Marvin » est un autre remix de Marvin Gaye Soul sur une rythmique breakbeat soutenue de percussions avec une guitare aux soubresauts funk/soul ouatés.

Le 21 mars, Sir Jarvis sera au festival « Bol De Funk » à Marseille au Cabaret Aléatoire Pour les Strasbourgois, « Badass 45 » sera le 29 mars à La Salamandre, le 3 avril à L'Elastic, le 26 avril à L'Elastic avec Tobias Kirmayer, puis le Sound System prendra ses quartiers d'été en plein air : le 23 mai à Haguenau en plein air et le 16 juin aux Pelouses Electroniques du Jardin Des Deux Rives.


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