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Cristobal Balenciaga, le couturier silencieux

Publié le 30 mai 2012 par Mpbernet

P1060213Qu'évoque aujourd'hui, parmi la jeune génération, le nom de Cristobal Balenciaga ?

Je doute que ce nom, cette marque prestigieuse aient une résonance significative pour un vaste public. Pour moi, ce n'est pas le cas, et je vais vous raconter pourquoi.

Lorsque j'étais petite fille, ma maman avait une cousine qui lui était très proche. Au point de lui avoir demandé, le jour de mon baptême, de me porter sur les fonts baptismaux en lieu et place de ma marraine officielle, qui était protestante.

J'eus donc deux marraines, l'une que je ne voyais jamais - sauf le jour de mon mariage, son mari étant Ambassadeur de France - l'autre qui se prénommait Line.

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Line n'avait pas d'enfant. Je fus sans doute une de ses filles par procuration. Elle vivait en couple avec une vieille amie, Monique. Toutes deux travaillaient comme couturières "tailleur" chez de grands couturiers. Jacques Fath, d'abord, puis, et surtout, Hubert de Givenchy.

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Ce fut en écoutant leurs histoires passionnantes, tant celles des clientes prestigieuses que celle du couturier lui-même, adulé par son personnel, que naquit mon intérêt pour l'histoire de la mode.

Line était "première main", c'est à dire ouvrière très qualifiée. Monique, était "seconde d'atelier", une position d'encadrement, à hautes responsabilités puisqu'elle procédait à la coupe des modèles et à la répartition du travail. Je sais maintenant, pratiquant la couture à une échelle infime, ce que cela signifie d'ingéniosité. J'ai donc très jeune baigné dans cette atmosphère de travail minutieux, en apprenant le vocabulaire, en engrangeant des notions techniques devenues inoubliables.

Ainsi, avant mon mariage, on m'offrit d'aller voir la présentation de la collection de printemps GIVENCHY 1967, avenue George V (juste en face de la maison Balenciaga), et je pus choisir mon tailleur de mariage civil qui fut exécuté selon le patron et le tissu de la maison, une ratine blanche, ultra-légère. Et pour la cérémonie religieuse, j'eus en cadeau un somptueux manteau de chantoung blanc ivoire. Il va sans dire que j'ai pieusement conservé ces deux vêtements (et que je "rentre" encore dedans !)

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Alors pourquoi cette longue digression par Givenchy, dans  un billet consacré à Balenciaga ?

Parce que l'un ne va pas sans l'autre. Balenciaga (vous pouvez parcourir sa biographie ICI) fut le maître reconnu des plus grands couturiers de la grande époque, celle où la haute couture habillait les reines, les princesses et les épouses de magnats, les femmes de présidents - ma cousine avait cousu le tailleur rose que Jackie Kennedy portait le jour où son mari fut assassiné, mais elle préférait parler de la gentillesse d'Audrey Hepburn. Givenchy, Courrèges, Oscar de la Renta, Philippe Venet, Emmanuel Ungaro ont fait leurs classes et ont été profondément influencés par Balenciaga.

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Né en 1895, Cristobal Balenciaga est un petit garçon basque initié par sa grand-mère couturière. Il réussit en Espagne jusqu'au moment de la guerre civile qui le conduit à fermer ses trois maisons espagnoles et ouvrir à Paris, en 1937, au 10 de l'avenur George V. Son style est fait de rigueur et de simplicité, matinés parfois de réminiscences du costume traditionnel espagnol. Il créée des formes simples mais structurées, tout est dans la coupe. Il décintre la taille, il la bascule, il pratique les manches trois-quarts à porter avec de longs gants, invente un style dont les modèles restent aujourd'hui d'une grande actualité.

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Balenciaga ne présentait sa collection aux journalistres qu'un mois après la première vue réservcée à ses clientes. Il ignorait superbement le reste du monde .... Il haîsssait le prêt-à-porter. C'était un intransigeant.

L'exposition présentée à la Cité de la Mode - un avatar du Musée Galliéra hors les murs - nous donne à voir une mise en abîme de ses créations les plus caractéristiques face à des pièces de vêtements de sa collection personnelle.

Un ensemble de robes, de collets, de manteaux datant de ses années d'enfance - au tournant du siècle, qui, visiblement, l'ont influencé. Pour certaines "petites robes noires", on n'arrive pas à dater immédiatement le modèle.

On admire simplement les coupes, les matières - particulièrement les broderies et les guipures - la rigueur et la simplicité de la silhouette, indémodée.

En 1968, Balenciaga ne se retrouve plus dans son époque et ferme sa maison de couture. Il prend sa retraite et meurt quatre ans plus tard. Il laisse des héritiers virtuels, et l'image d'une haute couture sans compromis.

Exposition à la Cité de la Mode et du design, 36, quai d'Austerlitz, 75013 Paris, jusqu'au 7 octobre 2012. Tlj, sauf le lundi.


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