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Normal : salubrité de l'institution

Publié le 31 mai 2012 par Omelette Seizeoeufs
 

À propos de l'intervention de François Hollande, Thomas Weider écrit :

Surpris, peut-être, que son interlocuteur ne relève pas cette "normalité" à laquelle les précédents présidents ne nous avait pas habitués, François Hollande se fit lui-même - il en a l'habitude - le commentateur de sa propre démarche : "Je ne vous ai pas demandé de venir à l'Elysée", fit-il ainsi remarquer à David Pujadas vers la fin de l'interview. "Je préfère faire simple", lui a-t-il aussi expliqué. C'était une façon de rappeler que la "normalité", en termes de communication politique, n'a d'intérêt que si elle est se donne à voir comme remarquable. Ce qui amènera sans doute François Hollande à se poser un jour la question : comment tirer profit dans la durée d'une "normalité" qui ne tire de sa valeur que parce qu'elle apparaît à un moment donné comme exceptionnelle ? Comment, en somme, éviter avec le temps que la "normalité" ne se banalise ?

On ne demande pas aux journalistes couvrent le Président d'en être de supporteurs ou des défenseurs, et la petite ironie de ce paragraphe -- comment se faire remarquer pour sa normalité ? – n'est pas bien méchante. Nous sommes loins des éloges et de l'admiration journalistiques qui suivirent l'élection de Nicolas Sarkozy, bien sûr, mais la presse s'est montrée docile jusque-là.

 

En revanche, la petite pique ironique mérite au moins une interrogation. Est-ce vrai ? La "normalité", utilisée désormais pour commenter chaque fait et chaque geste du nouveau Président, est-elle un sorte de "truc", une manoeuvre de communication qui n'a de sens dans la comparaison avec Sarkozy.

Françoise Fressoz, qui parle de "bide" (en termes de téléspectateurs et par comparaison avec la première interview de Sarkozy), est moins charitable avec la "normalité" :

Mais il se trouve que la droite a tourné la page du sarkozysme, que les législatives ne sont pas la présidentielle et que la normalité n'est pas un argument pour obtenir une large majorité.

En somme, la "normalité" ne serait plus à l'ordre du jour, puisque ce n'était qu'un argument de campagne, une sorte de promesse sur sa future image qui reste de l'ordre du gadget rhétorique.

C'est d'ailleurs l'argument de François Fillon, quand il dit :

«Je vous le dis, le président normal ne le sera pas longtemps. Parce que la fonction ne l’est pas. Et il nous importe assez peu de savoir, en tout cas moi, il m’importe assez peu de savoir si François Hollande prend l’avion, la voiture ou le bus», a-t-il déclaré.

Il faut d'abord faire quelques distinctions, du moins celle-ci : "président normal" ne veut pas dire "monsieur tout-le-monde devient président", et que le président normal ne doit rien faire qui ne soit pas dans les habitudes des "gens normaux". C'est le président qui doit être "normal", pas le bonhomme. On peut espèrer que celui qui est élu Président de la R. a des qualités hors du commun. Ce qui était anormal avec la présidence de Nicolas Sarkozy, c'était cette confusion permanente, entretenue par un discours de l'incarnation, entre le corps de l'État et celui de son Président. Quand François Hollande prend le train, il le fait sachant que cela a une valeur symbolique, évidemment, et en montrant que le corps du Président n'a pas besoin d'un emballage militaire, n'a pas besoin de souligner à chaque instant qu'il est exceptionnel et bénéficie d'un traitement exceptionnel.

 

L'important, dans cette histoire de "président normal", est justement dans ce que montre François Hollande. Et c'est pour cela que ce n'est pas contradictoire qu'il souligne lui-même ce que sa démarche a de "normal", en venant se faire interviewer comme n'importe quel homme politique. Peu à peu, et avec quelques petites entorses, il est en train de nettoyer les pratiques du pouvoir. C'est hautement pédagogique. Il a cinq ans pour apprendre aux Français comment un président doit se comporter.


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