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Competitive Intelligence, Business Intelligence, Intelligence Économique: le flou sémantique

Publié le 06 juin 2012 par _

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Le propre des entreprises dans un monde globalisé est d'offrir un certain nombre de standards en matière de pratique de management : Business Plan, Key Performance Indicator (KPI), Benchmarking, etc. L'emploi de l'anglais – la « langue des affaires » – servant à aligner et à coordonner les pratiques dans les différentes filiales d'une multinationale par exemple. Il est une pratique pourtant qui résiste à la standardisation : ce qu'on appelle en France « Intelligence économique ».

Sophie Larivet, dans son ouvrage Intelligence économique – Enquête dans 100 PME (L'Harmattan, 2009), distingue ainsi pour parler a priori d'une même pratique : « Business Intelligence », « Organisational Intelligence », « Strategic Intelligence », « Veille », « Intelligence d'entreprise », « Intelligence Economique », « Competitive Intelligence », « Intelligence stratégique », etc. Pour s'en sortir l'auteure préconise (dans le cadre de ses recherches) une approche fonctionnelle de l'Intelligence économique (IE) en se centrant sur la question : « Qu'est-ce que ça fait ? ». La trinité fonctionnelle de l'IE étant alors : Renseignement, Gestion du risque informationnel, Influence.

Au niveau de ces discussions sémantiques, il ne faut pas perdre de vue, comme le remarque fort justement Norbert Lebrument dans Intelligence économique et management stratégique (L'Harmattan, 2012), que « l'intelligence économique est fondamentalement un ensemble de pratiques qui prennent fond sur des processus, des actions et des comportements en entreprise dont l'existence empirique précède ontologiquement et chronologiquement sa catégorisation et sa dénomination dans la langue française sous l'appellation « intelligence économique » ». Autrement dit l'IE est un « phénomène empirique ». De quoi déculpabiliser tous ceux qui sont fiers de dire « Moi je fais de l'IE » !

Au niveau des pratiques justement, l'IE recouvre aussi bien la veille, le partage de l'information, le lobbying, l'analyse stratégique, la communication sur les réseaux sociaux, etc. Et pour chaque organisation, une dénomination différente du ou des postes en question : « Information Manager », « Knowledge Manager », « Information Scientist », « Competitive Intelligence and Benchmarking », « Market research manager », etc. (exemples pris sur LinkedIn)

On le voit, l'IE est un ensemble de pratiques qui s'adaptent à chaque organisation et chaque contexte concurrentiel et informationnel. Et pourtant on sent bien que c'est toujours d'IE dont il est question. Si donc l'IE échappe à la standardisation, c'est pour mieux se fondre dans des stratégies diverses qui réclament des priorités fonctionnelles toutes différentes : certaines exigeront une veille brevet et technologique quand d'autres seront axées lobbying à Bruxelles tandis que des troisièmes fonderont toutes leur efficacité sur le partage de l'information en interne. Ne nous laissons donc pas abuser par des débats sémantiques visant à imposer en réalité une pratique soi-disant universelle d'intelligence économique. Chaque organisation doit intégrer l'IE selon ses priorités et ses pratiques opérationnelles. Le concept d'IE ne servant qu'à prendre en compte la nécessité de coordonner ces pratiques selon un même mode managérial.


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