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Mutant des rails

Publié le 14 mars 2008 par Sheily

Le TGV est sur le point de démarrer et je suis terriblement contrariée. Non pas à cause de ma place (en 1ère classe on ne manque ni de confort, ni d’espace, grâce aux tarifs sacrifiés du ID TGV), mais faute d’avoir transféré sur mon MP4 les derniers épisodes de Gossip Girls et Desperate Housewives (un aperçu de mes goûts éclectiques et hautement intellectuels). Résultat, mon voyage en train va se transformer en promenade culturelle, puisqu’il ne me reste pour seule activité la lecture et l’écoute de musique. Ainsi, à trop prétendre avoir de l’esprit, je pratique contre ma volonté des loisirs qui entretiennent ma culture générale. Je me console cependant rapidement : le sud de la France est à portée de voies. Et d’ici quelques minutes, je profiterai de deux sièges pour étendre mes jambes, m’assoupir et oublier cet énorme désagrément.

Mon rêve se brise deux secondes avant la fermeture des portes. Il arrive sans un bruit. Il s’installe sans un bonjour. Et il porte un pantalon en velours de couleur brique. Il, c’est mon voisin de rangée. Le personnage se montre si antipathique, que je le juge indigne de partager mon stock de chewing-gum sans sucre aux parfums féeriques. Choquée par son manque d’éducation, je tourne la tête côté fenêtre, afin d’éviter tout échange de regard avec un être aussi grossier. Le paysage au sortir de Paris étant ce qu’il est (surtout sous la pluie), je m’endors. 

Un frottement léger et régulier finit par me tirer de mon sommeil. Poussée par la curiosité, je daigne jeter un oeil discret du côté du voisin. Un spectacle horrible se déroule sous mes yeux : la peau de son visage pèle par lambeaux entiers. Il se gratte méthodiquement après avoir tourné chaque page de son livre, geste compulsif qui le débarrasse des peaux mortes. J’ignore s’il s’agit d’eczéma, de psoriasis ou je ne sais quelle maladie, donc j’hésite à lui conseiller une crème, un remède, un dermatologue, que sais-je encore… J’aimerais tellement sauver cet homme. 

Puis son manque de correction initiale me revient à l’esprit. Je mets mes lunettes de soleil, monte légèrement le son de la musique pour ne plus me laisser distraire par les grattements, puis affiche un sourire narquois, en pensant que si j’étais la peau de cet homme, je tenterais tout pour me décoller.


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