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Les cadeaux " surprise" de Nicolas Sarkozy

Publié le 22 juin 2012 par Juan
Jeudi soir, le second gouvernement Ayrault était formé, sans réelle surprise. Certains cherchaient la critique facile, sans issue ni intérêt. L'important était ailleurs. Les cadeaux de la précédente législature se découvrent semaine après semaine. Et ils étaient nombreux.
Ce jeudi, il y avait le prix du gaz, un trou imprévu de 10 milliards et un faux-scoop du Figaro.
Nous pouvions désigner les coupables: un gros mensonge d'Eric Besson en novembre dernier; un bidonnage des prévisions de croissance par Valérie Pécresse, et, avant tout, Nicolas Sarkozy lui-même.
Il fallait redresser, corriger, rappeler. 
Le prix du gaz
Mercredi 20 juin, le rapporteur public du Conseil d'Etat a préconisé l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2011 qui gelait les prix du gaz. En d'autres termes, il préconise une augmentation rétro-active pour les ménages.
On se souvient d'Eric Besson faussement triomphant nous vendant ce gel comme la preuve de l'efficacité gouvernementale: « Il y a plusieurs scénarii sur la table. Il y a un ou plusieurs scénarios où ça augmente, faiblement ou modérément. (...) A titre personnel, le seul scénario que j'écarte c'est l'hypothèse d'une augmentation forte du prix du gaz » déclarait-il encore fin novembre.... en violation d'une règlementation que le gouvernement Fillon avait installée! Sans surprise, GDF-Suez avait porté plainte et eu gain de cause. Au 1er janvier, Fillon avait concédé une hausse de 4%, contre 10% théoriquement dû. A l'époque, l'équipe Sarkozy pensait déjà la campagne présidentielle.
Six mois plus tard, le réajustement risque d'être brutal. L'avis du rapporteur public précède généralement le jugement définitif du Conseil d'Etat, qui a été saisi par GDF-Suez. Cette nouvelle tombe au plus mal. Elle oblige le gouvernement à accélérer la mise en oeuvre de l'une des promesses du candidat Hollande, l'adoption d'une tarification progressive en fonction des revenus pour lutter contre la précarité énergétique.
Les 10 milliards
Second cadeau empoisonné, plus grave encore: l'exécution du dernier budget de l'Etat voté sous la mandature Sarkozy connaît des ratés. Il manquerait quelque 10 milliards d'euros de recettes. Le collectif budgétaire de juillet inclura donc des mesures d'urgence. Le ministre chargé des relations avec le parlement, Alain Vidalies, l'a confirmé mercredi: « On constate qu'il manque 10 milliards sur l'exécution du budget, « ce n'est quand même pas nous qui allons assumer cette responsabilité ».
Et oui... c'est une évidence... Mme Pécresse s'indignait sur Twitter du report de publication du rapport de la Cour des Comptes de quelques jours. L'ancienne ministre du Budget était moins diserte sur le dérapage des finances publiques: sa dernière loi de finances était-elle bidonnée ?
« On voudra bien constater que le fait qu'il manque 10 milliards d'euros à la fin du mois de juin n'est pas de la responsabilité d'un gouvernement ou d'une majorité qui est en place depuis le 16 mai » 
Alain Vidalies
Parmi les pistes évoquées par le dit ministre, certaines sont de bon sens: l'exonération partielle d'impôt et de cotisations sociales des heures supplémentaires, outre qu'elle est anachronique et heurte l'emploi, coûte 4,6 milliards d'euros par an (dont 3,2 milliards à la Sécu, une charge compensée par l'Etat). L'AFP mentionnait également une réforme de l'impôt sur la fortune (ISF), le plafonnement des niches fiscales, la taxation des dividendes, et l'alourdissement de la fiscalité sur les successions et les donations.
La fausse polémique
Rappelez vous cette étrange campagne présidentielle: François Hollande promettait notamment 60.000 recrutements dans l'Education nationale sur 5 ans mais une stabilité générale du nombre de fonctionnaires. Il fallait donc bien que certains ministères subissent des coupes. Mais le clan Sarkozy criait que le candidat socialiste allait augmenter le nombre de fonctionnaires.
On avait beau leur répéter l'exact verbatim de la promesse hollandaise, rien n'y faisait.
Engagement numéro 10: « Un coup d’arrêt sera porté à la procédure de révision générale des politiques publiques et à l’application mécanique du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. »
Engagement numéro 36 : « Je créerai en cinq ans 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation.»
«Ces créations se feront dans le cadre de la stabilité des effectifs de la fonction publique» (François Hollande, le 25 janvier dernier).
Il fallut attendre le débat d'entre-deux tours pour que Hollande mouche définitivement Sarkozy en public sur le sujet.
Puis vint la campagne législative. L'argument UMPiste évolua à peine: Copé et quelques autres dénoncèrent le « matraquage fiscal » pour financer cette augmentation fantasmée du nombre de fonctionnaires. 
Sept semaines plus tard le Figaro et quelques autres médias paresseux nous la fait à l'envers: le gouvernement Ayrault s'apprêterait à faire des « coupes drastiques ». C'était le scoop du Figaro, jeudi matin. Fichtre ! Quel revirement ! Du candidat laxiste, nous étions passés au père-la-rigueur ! Et la journaliste Cécile Crouzel, du Figaro, n'y allait pas par quatre chemins: « Pendant cinq ans, la gauche a accusé Nicolas Sarkozy de casser le service public, à coup de suppressions de postes, de fermetures de petits tribunaux et autres services locaux. Mais pour tenir ses objectifs de baisse de déficits publics, le gouvernement Ayrault s'apprête à mener une politique tout aussi sévère. » La formule semblait tout droit sortie d'un bureau de riposte de l'UMP.
C'était normal... Le Figaro, pour la première fois depuis 10 ans, était enfin un journal d'opposition. Et la jeune journaliste continuait l'indignation: « les ministères, à l’exception de ceux 'prioritaires' (éducation, justice et intérieur), verront ainsi leurs effectifs diminuer en moyenne de 2,5 % par an de 2013 à 2015 inclus ».
Cette affaire n'était en fait qu'un autre aspect de l'héritage sarkozyen: les caricatures de l'ancien Monarque avaient marqué certains esprits au point de confondre les anciens fantasmes UMPistes pour la réalité du programme Hollande.
Ce jeudi soir, un nouveau gouvernement était formé, conséquence logique de la démission du premier au lendemain des élections législatives. Il y eut peu de surprises, seulement 4 ministres supplémentaires et des changements mineurs. Evidemment, certains allaient railler sur l'effectif global. Les mêmes oubliaient que le second gouvernement Fillon, il y a 5 ans tout juste, comptait 32 ministres et secrétaires d'Etat, payés 30% plus cher. Ils masquaient surtout l'essentiel: nonobstant un déficit budgétaire de 4,5% cette année, les comptes publics manquaient de 10 milliards d'euros supplémentaires aux prévisions du gouvernement Sarkozy.
Une véritable catastrophe.
Ami sarkozyste, reviens ! Il faut que tu nous expliques.


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