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Un autre modèle économique, le don

Publié le 29 juin 2012 par Copeau

Le don peut constituer un modèle économique viable et profitable pour de nombreuses entreprises, comme l'illustrent quatre exemples.

Par Christophe Agnus.

Un autre modèle économique, le donDevant une salle complète d’experts de la finance et du commerce, j’ai eu à vivre un moment de solitude en évoquant un mot, un seul, un mot très simple que l’on aime bien dans notre société : gratuit. Low cost, ils auraient compris. Mais gratuit… Pour augmenter le trouble, mon propos était d’expliquer comment le « gratuit » allait aider…le business. J’ai vu des visages plus que dubitatifs. Ironiques, même, au début de ma présentation. Mais, secoués à la fin, une fois réalisé que 1. J’étais sérieux, 2. Je n’avais sans doute pas tort…

Qu’ai-je dit ? Qu’il fallait donner pour recevoir.

Pas donner un peu : beaucoup. Rien de religieux ici, juste un constat simple : nous sommes en période de crise, la solution sera collective ou ne sera pas. Les gouvernements ne pouvant pas tout (et heureusement…), c’est aux entreprises de trouver des solutions permettant à l’activité de repartir dans le bon sens ; à elles d’imaginer les moyens d’aider leurs clients à se développer, pour pouvoir simplement les aider... à acheter. Alors, donner ? Prenons quelques exemples d’organismes qui ont su, et pu, le faire : Skype, Le Bon Coin, Patagonia et l’ADIE (association consentant des micro-crédits).

Skype donne son logiciel, que tout un chacun peut utiliser pour appeler ses parents ou ses partenaires de business, sans dépenser le moindre euro, même à l’autre bout du monde. Produit superbe. Qui, en donnant, a su s’assurer de la fidélité de millions d’utilisateurs qui ont fait de Skype LEUR logiciel de communication, et un outil gratuit pour leur développement économique. Résultat : quand ces mêmes utilisateurs ont besoin d’un petit service original, comme la possibilité de faire des vidéos conférences à plusieurs, un numéro de téléphone américain ou australien, pour « faire local » sans bouger de Plougastel-Daoulas, ou encore d’appeler un contact qui lui, le malheureux, n’utilise pas encore ce logiciel de communication mais n’a qu’un téléphone classique, ils le font en achetant ce service, à un tarif low-cost, à Skype. La société Skype a réalisé 850 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2011.

En donnant.

Patagonia est une marque de vêtements techniques pour des activités de plein air (marche, escalade, alpinisme, kayak…). Des produits chers, mais de très haute qualité (garantis à vie contre tout problème de fabrication…). Et ils proposent, aujourd’hui, de reprendre les vieux vêtements, abîmés ou pas, pour, soit les offrir à d’autres personnes, qui n’ont pas les moyens d’acheter de tels produits, soit les recycler.

Patagonia met donc des moyens dans un processus non-commercial, en offrant un vrai service pour quelques « clients » peu fortunés, et de la bonne conscience aux autres. Dois-je signaler que Patagonia est une société rentable ?

L’ADIE, ensuite. C’est le leader du micro-crédit. L’ADIE aide les entrepreneurs rejetés par le système bancaire traditionnel. Mais avant de prêter, l’ADIE donne énormément… Du temps et de l’expertise de ses équipes, qui examinent les projets des futurs « clients », et les aident à mieux formaliser leur projet, à vérifier s’il y a véritablement un potentiel à leur activité. L’aide est technique, mais aussi souvent morale, pour aider la personne à trouver la meilleure façon de s’en sortir. Une fois tout validé, l’ADIE prête la petite somme d’argent nécessaire au démarrage de l’activité, et donne encore et encore, du conseil, de l’assistance, etc… Pour que le client réussisse. Que son activité se développe. Et donc… qu’il puisse rembourser son prêt !

Le Bon Coin, enfin, permet à tous de diffuser gratuitement des petites annonces. Ce que les autres faisaient payer, Le Bon Coin l’offre, comme le site Craigslist le fait depuis 1994 aux États-Unis. Comment le site gagne sa vie ? En vendant les « plus » : titres en gras ou en couleur, remontée en première page, plus de photos, etc… Le produit (l’annonce) est vraiment gratuit ; seuls les bonus sont à acheter. Résultat ? En offrant les annonces, le Bon Coin est devenu le leader français de la petite annonce, avec un chiffre d’affaire de 65 M€ en 2011, et une marge opérationnelle à faire pleurer d’envie…

Quatre histoires différentes. Quatre façons de donner. Quatre dons qui permettent, ensuite, de recevoir. Certains parleront de cercles vertueux, d’autres de capitalisme moderne, d’autres encore de business bien géré… Qu’importe. Ce qui compte, c’est que les clients ont été aidés. Vraiment. Et que l’entreprise en a tiré, aussi, des fruits.

Demain, le don pourra s’appliquer à bien d’autres activités, économiques (des sites Internet gratuits) ou pas. Ce n’est qu’une question d’imagination.


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