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Xavier Timbeau (OFCE): « C'est l’escalade vers la catastrophe »

Publié le 06 juillet 2012 par Blanchemanche
06 JUILLET 2012 | PAR LAURENT MAUDUIT http://www.mediapart.fr/journal/economie/050712/xavier-timbeau-ofce-cest-l-escalade-vers-la-catastrophe?utm_source=twitterfeed&utm;_medium=facebook C’est un entretien vidéo qui retient l’attention car il va donner le coup d’envoi à un débat économique décisif. Interrogé par Mediapart, Xavier Timbeau, qui est directeur du département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), est l’un des premiers économistes français de premier plan à contester dès à présent la pertinence des choix économiques faits par le gouvernement socialiste, à l’initiative de François Hollande. Sa critique est forte : il fait valoir que la politique d’austérité choisie par le gouvernement constitue une erreur grave de stratégie. Faisant le lit de la récession, elle ne permettra pas d’atteindre la baisse des déficits qu’elle prétend poursuivre. « C’est une récession qui s’auto-annihile », s'inquiète l'économiste, qui évoque « une escalade vers la catastrophe » Si le propos retient l’attention, c’est d’abord à cause de la qualité de celui qui le tient. Economiste réputé, Xavier Timbeau n’a pas la réputation d’être un boutefeu ni d'être le maître à penser d’une gauche radicale souvent prête à en découdre avec les socialistes. Tout au contraire. Il est l’une des figures de proue d’un institut, l’OFCE, qui entretient la tradition keynésienne en France, et avec lequel les socialistes ont toujours entretenu des relations de confiance et de proximité. C’est en cela que les mises en garde formulées par Xavier Timbeau prennent une forte résonance. Elles émaneraient d’un économiste proche de Jean-Luc Mélenchon, à l'image d'un Jacques Généreux, elles ne surprendraient guère. Mais venant de l’un des responsables de l’OFCE, elles prennent une autre portée. Car elles laissent à penser que la politique économique voulue par François Hollande ne va pas seulement opposer la gauche socialiste à la gauche radicale. Elle risque également de traverser les socialistes eux-mêmes et plus généralement les économistes, y compris ceux qui n’avaient pas de partis pris idéologiques contre le PS. Les critiques de Xavier Timbeau attestent que nous entrons dans un débat économique de première importance. Avec en arrière-fond une question majeure : d’entrée, le gouvernement socialiste n’a-t-il pas fixé des priorités économiques erronées ? Xavier Timbeau ne dresse pas un tableau tout en noir de la politique économique. Parlant des sentiments que peut générer une alternance, entre espoirs et déceptions, il admet qu’il faut se garder de juger trop vite. Car, par la force des choses, l’installation d’une nouvelle équipe, «c'est à la fois un peu excitant et un peu frustrant». « Une décennie perdue pour l'Europe » Et il admet même que, dès à présent, des succès indéniables sont à mettre à l’actif de François Hollande, au premier chef desquels son action, qui a fait bouger les lignes en Europe. « Personnellement, j'ai été très heureux de voir qu'au plan européen, il y avait un certain nombre de choses qui avaient avancé. Il y a un tas de choses qui ont évolué dans un sens assez positif en Europe : le fait que ce ne soit plus un dialogue franco-allemand mais qui associe un certain nombre d'autres pays. Par rapport à l'époque Sarkozy-Merkel, il y a une rupture. Elle n'est pas liée qu'aux changements de personnes, elle est liée aussi aux événements. Cette rupture était nécessaire et elle a eu lieu », dit-il. Mais Xavier Timbeau en vient très vite « aux grandes déceptions ». La première d’entre elles découle de la politique d’austérité que le gouvernement de François Fillon avait commencé à mettre en œuvre en 2011 et que celui de Jean-Marc Ayrault a choisi de poursuivre. « C’est une politique budgétaire restrictive qui va avoir un impact dépressif sur l'économie. Cela va produire une réduction des déficits mais cela se fait principalement au détriment d'une augmentation du chômage. Il faut appeler un chat un chat : il s'agit d'austérité et pas d'autre chose », s’inquiète-t-il. Tout en jugeant opportunes pour des raisons d’équité fiscale les mesures de taxation des revenus les plus élevés, l’économiste fait donc valoir que cette politique budgétaire restrictive va étouffer l’économie. Il en veut pour preuve la révision des hypothèses économiques de croissance à laquelle vient de procéder le gouvernement (de 0,7 % à 0,3 % pour 2012 ; et de 1,7 % à 1,3 % pour 2013). « Cette révision de la prévision de croissance n'est due qu'au durcissement de la politique budgétaire que l'équipe précédente a mise en œuvre », déplore-t-il. En quelque sorte, trop d’austérité dans la perspective de réduire les déficits peut avoir l’effet… strictement opposé à celui qui est recherché en anémiant la croissance et donc en creusant les déficits. « On est dans un processus à plusieurs étapes : dans un premier temps, on annonce un peu plus d'austérité ; et puis on dit : “Ah! c'est pas de chance ! Il y aura moins de croissance que prévu ; il faut donc que l'on soit un peu plus dur ; et ainsi de suite…On est dans un processus où l'objectif s'éloigne au fur et à mesure que l'on cherche à s'en rapprocher”. C'est la logique à l'œuvre au niveau français, comme elle l'est au niveau européen », explique Xavier Timbeau, qui parle donc d’une « austérité qui s'auto- annihile ». Encore plus alarmiste, l’économiste prévient que nous entrons « dans cette décennie perdue pour l'Europe dont nous allons payer très cher les conséquences ». Pour l’économiste de l’OFCE, si François Hollande a fait bouger des lignes en Europe, il « semble avoir cédé aux Allemands sur ce plan ». Et Xavier Timbeau insiste : les constats qu’il fait ne sont pas le produit « d'une obsession de gauchiste qui refuse les réalités », mais sont partagés par un nombre croissant d’économistes : « Aujourd'hui, la Commission européenne à mots voilés, l'OCDE de façon très explicite, le FMI aussi par la voix de Christine Lagarde » font comprendre chacun à leur façon que « trop d'austérité va conduire à une catastrophe ». Expliquant que ce refus des politiques d’austérité a donné lieu à une « floraison d'initiatives d'économistes », il ajoute : « Il y a une sorte d'escalade vers la catastrophe. Et il faut que tous les gens de bonne volonté acceptent de se faire connaître et aient le courage de leurs opinions et de leurs analyses. » Et revenant sur les premières annonces du gouvernement, il dit qu’elles donnent le « sentiment d'une domination douce mais tout de même ferme sur cette politique de l'Allemagne ». Et il conclut en soulignant qu’un « sentiment est en train de naître : François Hollande n'a-t-il pas lâché face aux Allemands sur le plus important ? ». Voici cet entretien vidéo :
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