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Internet favorise-t-il le développement de l’automédication chez les Français ?

Publié le 11 juillet 2012 par Fabricevezin

Nos concitoyens sont-ils en train de préférer l’automédication au détriment de la traditionnelle consultation chez leur médecin traitant ?
Et celui-ci n’a-t-il pas perdu de son aura à cause de l’offre pléthorique de sites et applications permettant de « s’auto diagnostiquer » et de définir soi-même son traitement ? Et plus globalement, quels sont les enjeux de santé publique et économiques face à cet « autre scénario » de la relation médecin-patient ?

Un marché de l’automédication en croissance

Selon le 10ème baromètre de l’automédication réalisé par Celtipharm pour l’Association Française de l’Industrie Pharmaceutique pour une Automédication Responsable (Afipa), les médicaments vendus sans ordonnance ont progressé de +1.9% en 2011.  Ce qui représente un marché de 2.1 milliards d’euros.

En termes de médicaments, se sont les antalgiques qui sont plébiscités. En 2010, les Français ont utilisé l’automédication pour des cas de douleurs, fièvre, maux de tête (85 %), maux de gorge, rhinite allergique, rhume, toux (79 %), douleurs à l’estomac, troubles digestifs (42 %), problèmes de peau (39 %), soucis bucco-dentaires (38 %), la fatigue (34 %), les problèmes de circulation sanguine (16 %), les produits gynécologiques (15 %) et les substituts nicotiniques (5 %).

Le web et le mobile, facilitateurs d’une prise en charge personnelle concernant sa santé

En septembre de la même année 2010, une enquête menée par Opinion Way  auprès de 1.000 adultes représentatifs de la population française, indiquait que 85% des Français (en particulier les femmes) “se soignait par eux-mêmes” occasionnellement ou fréquemment. Et lorsqu’ils doivent consulter leur médecin, ils le font au dernier moment (pour 18 % des répondants).

Et signe annonciateur d’un changement de comportement, l’étude indiquait que 67% des personnes interrogées  jugeait la qualité de l’information sur la santé sur internet ni plus ni moins rassurante par rapport aux conseils d’un médecin ou d’un pharmacien.

Plus récemment, en 2012, une enquête sur la santé mobile « Emerging mHealth: paths for growth » de l’Economist Intelligence Unit pour PwC révélait que les patients sont plus demandeurs de m-Santé que les professionnels de santé. Et que la moitié d’entre eux sont convaincus que la gestion des maladies chroniques, les traitements, la recherche d’information santé et même le mode de communication avec les médecins seront améliorés voir modifiés au cours des trois prochaines du fait de la m-santé. Et parmi les patients qui utilisent déjà les services de santé mobile, 59 % déclarent que ceux-ci ont remplacé des consultations de médecins ou des soins infirmiers, venant corroborer la tendance exprimée par l’enquête d’Opinion Way citée plus haut.

Ces chiffres indiquent bien une propension de la part du grand public à modifier son comportement et ses habitudes en matière de santé.


Des raisons économiques et structurelles

Il serait utopique de croire que seule l’offre de service florissante des services web et mobiles est la cause de ce changement de comportement.

On peut raisonnablement penser que la crise économique et, en cascade, les diverses mesures pour diminuer le déficit de la Sécurité Sociale (limitation des remboursements de soins santé, baisse de 20 % du remboursement de 150 médicaments en avril 2010, déremboursements de 156 médicaments en 2006,…), ont ces dernières années, incité voir obligé les patients à diminuer leur budget santé. Et recourir de plus en plus à l’’auto-diagnostic via les sites d’informations santé et les applis mobiles dédiées et recourir à l’automédication ensuite. D’autant que dans les pharmacies, de plus en plus en plus de médicaments sont en « libre accès » (plus de 300 médicaments à ce jour).

Une offre de services qui couvre les diverses facettes de l’automédication

Les médicaments concernés par l’automédication sont dits de Prescription Médicale Facultative (PMF), et ont reçu l’Autorisation de Mise sur le Marché et peuvent donc être obtenus sans prescription médicale dans les pharmacies. Le recours  à l’automédication nécessitent néanmoins de la part des utilisateurs une bonne connaissance et de leur maladie ou des maux dont ils souffrent et du traitement à adapter (durée, dosage, contre-indication,…). C’est sur ces aspects de « connaissances médicales », de préconisation et de suivi de sa santé/forme que se fonde principalement le marché de l’automédication sur internet avec des services proposés sous la forme de sites ou d’applications mobiles permettant :

1) l’analyse des symptômes et le conseil sur le traitement à suivre.

A titre d’exemple d’applications, citons Remedeo, application web d’aide à l’automédication à destination du grand public, accessible sur http://www.remedeo.fr/application-automedication.

Ou bien le site http://www.docteurclic.com qui après toute une série de questions en ligne, affiche une page « d’avis » qui distribue des conseils allant de l’attitude à adopter, les interdictions, à des informations sur des médicaments en automédication, contre la douleur.

DocNow, imaginée par un médecin libéral corse, est quant à elle, une application iPhone, qui permet de nommer vos symptômes et d’identifier la maladie dont vous êtes atteint. L’appli se compose de deux fonctions : “analyser mes symptomes” et “Ai- je cette maladie”. Une fiche wikipedia de la maladie est également consultable au sein de l’application qui permet également de localiser le médecin le plus proche ou encore. http://www.docnow.fr/

2) une information sur les médicaments (avec ou sans prescriptions, génériques).

C’est ce que propose l’appli mobile « le top des médocs »  créée par santéclair (base de 2400 médicaments sans ordonnance) avec une recherche par médicaments ou par symptômes.

L’éditeur Cegedim vient de lancer récemment une plateforme d’information http://www.infos-medicaments.com/ en s’appuyant sur la base médicamenteuse Claude Bernard. Le site propose un contrôle multi-produit avertissant des possibles interactions entre divers médicaments.

On ne présente plus le moteur de recherche Kelmed, permettant de trouver le médicament générique d’une version princep, édité par le laboratoire Biogaran. http://www.biogaran.fr/kelmed/moteur/

Déjà en 2010, la coopérative Giphar (regroupant près de 1350 pharmaciens) avait lancé une application iPhone « pour pratiquer une automédication raisonnée » (selon ses termes) : HoméoFiches. Mettant à disposition  des fiches pratiques homéopathie rédigées par des pharmaciens et permettant d’effectuer des recherches par souche homéopathique et par indication thérapeutique.

A noter que la majorité de ces outils prennent les précautions d’usage en spécifiant que leur utilisation ne remplace en aucun cas la visite chez un médecin ou la sollicitation d’un pharmacien.

3) un « coaching » aidant à prendre en main sa propre santé ou du moins améliorer son hygiène de vie.

A l’image des applications imaginées par la start-up de santé 100Plus, telle « 100Proof » qui  identifie pour son utilisateur, le nombre de boissons qu’il a consommées,  et en retour lui annonce le nombre d’heures de vie que cela lui a coûté ainsi que des idées d’exercices pouvant atténuer les dommages causés. Autre application en projet, « Outside », qui a l’ambition de prédire la durée de vie et l’apparition possible de maladies, tout en proposant des outils et méthodes incitant à changer de comportement.

Ce type d’application d’automesure, visant à responsabiliser l’utilisateur s’inscrit sur le long terme. Avec un potentiel énorme en termes de connaissances patient, permettant une cartographie détaillée des utilisateurs, de leur mode de vie, et éventuellement établir des prévisions autour de risques médicaux engendrés.

Mais le futur n’est-il pas déjà présent avec le bracelet Up de Jawbone, permettant de surveiller ses mouvements, via une petite application iPhone, ainsi que les heures de sommeil, l’activité physique. On peut également compléter les données en renseignant son régime alimentaire.

De manière plus ludique, l’application iPhone « WeekMate », avec son interface sous forme de pomme, permet de coacher son hygiène de vie. Avec la prise en compte de nombreux critères tels que le sommeil, poids, sport, tabac, alcool… qui permettent d’établir un score journalier, avec un bilan hebdomadaire à challenger avec un objectif fixé au préalable. Une page Facebook dédiée permet de partager son score entre amis.

Plus traditionnellement, on peut citer l’application Smartphone «123 TMS »  proposée par La Mutuelle Nationale Territoriale, autour des  troubles musculo-squelettiques. Proposant des vidéos d’exercices adaptés pour s’entretenir au quotidien et rester en forme.

Le 4e pan à étudier autour de ce marché de l’automédication serait sans nul doute, la vente de médicaments en ligne. Mais c’est à lui seul un sujet qui vaut de lui dédier un article spécifique tant la situation actuelle et future est complexe. Car quel business-model rêvé que de pouvoir proposer sur une plateforme unique, une offre de « diagnostic » couplée avec la possibilité de commander en ligne son traitement, le tout accompagné bien sûr des informations santé et campagnes de prévention nécessaires à tout acteur de santé qui se respecte ! D’ailleurs, l’étude Opinion Way, citée plus haut dans cet article, indiquait que 43% des personnes interrogées étaient intéressées par l’achat de médicaments sans ordonnance sur internet.

Les prochains mois seront intéressants à suivre autour du futur marché de la e-pharmacie en France qui devra bien s’adapter à la directive européenne autorisant la vente en ligne de médicaments… (Cela mérite sans doute, de consacrer très prochainement un prochain article sur ce sujet…  ;-)).

Alors, est-ce la fin annoncée des médecins ?

Que nenni, et s’il faut conclure par un chiffre, utilisons une dernière fois l’étude Opinion Way qui indiquait que 27% des personnes interrogées étaient intéressées par des consultations médicales directes (grâce à des “chats” en ligne avec une infirmière, un médecin ou un pharmacien). Notons que depuis, on a vu la liste des sites de « conseil médicaux en ligne » s’étoffer en 2011 (voir mon précédent article sur ce sujet).

Et puis, l’ensemble des enquêtes réalisées autour de la recherche d’information santé ne concluent-elles pas généralement sur le fait que pour les patients, l’Internet ne supplante pas le face à face avec le médecin ou le pharmacien, qui est toujours considéré comme la meilleure source d’information ?

Et vous, qu’en pensez-vous ?



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