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Mon Jukebox : entrée de "terre fatale" de Rachida Brakni

Par Victor Vieilfault

Rachida Brakni est une actrice et chanteuse française de choc! A 35 ans, elle est déjà auréolée d'un césar et d'un molière, et elle décide de se lancer dans la chanson. Celle qui rêvait de défendre la veuve et l'orphelin dans la spontanéité de ses 20 ans a embrassé l'art pour diffracter ses couleurs intérieures. 

Comme régulièrement depuis quelques mois, j'ai découvert cette fille de France et d'Algérie au hasard d'une vidéo youtube. Une émission de "culture et dépendance" de 2003. En compagnie de Maurice G. Dantec qui fustige à juste titre le manque de latitude pour penser et s'exprimer librement dans les médias français, la charmeuse et convaincante Rachida en profite pour remettre quelques points sur les "i" : elle dénonce notamment cette résurgence perverse et malsaine d'un certain néo-colonialisme français qui s'arroge le droit de conforter des populations immigrées dans leurs difficultés, bien au chaud, blotties dans le creux du poing d'une culpabilité française lancinante. Bref, elle parle sur la longueur d'onde du bon sens et de la responsabilité. Cela me plaît. Et pas seulement moi... sur le plateau de France 3 Dantec acquiesce en souriant.

Bref, j'ai eu envie d'aller plus loin et me suis informé sur son actualité. Je suis tombé sur sa voix. Celle mise en lumière par le travail de son mari, Eric Cantona, et du chanteur Cali, rencontré lors d'un rassemblement de la fondation Abbé Pierre dans laquelle le couple est engagé. Le son de la voix, celui qu'elle n'hésite pas à rapprocher de la singularité des empreintes digitales. Dans son cas, un palais aux voûtes franco-algériennes qui parfume l'atmosphère d'une tessiture basse-mezzo-soprano.

Les 12 titres de son 1er album ne sont pas tous réussis mais il suffit d'une seule chanson pour dégager quelques notes profondes. C'est "Terre fatale". Il y a entremêlé dans ces accords et ces paroles tout le charme d'une vie qui tire ses racines par dessus la méditerranée comme l'on installe des fibres optiques sous la mer pour guider la lumière. "Bledi, Bledi, tu coules dans mes veines. J'ai beau te fuir ; je finis toujours par revenir." Ces câbles rouges des fidélités éternelles qui naviguent dans nos corps balancés par la musique, nous les déroulons tous avec plus ou moins de grâce et de respect sur les paysages chéris de nos patries d'adoption.

En 2012, la comédienne installe son style dans le paysage audio-visuel français. La prochaine étape pour cette artiste au caractère politique s'annonce passionnante. S'inscrira-t-elle dans la lignée des révoltés de salon qui manquent de souffle et de vision, ou prendra-t-elle le risque d'enlacer son auditoire sous les ondes chaleureuses de la révolution de plein air? Celle qui décloisonne la pensée en l'ouvrant à l'infini qui murmure le texte de Soljenitsyne : "la frontière entre le bien et le mal passe dans le cœur de chaque homme".

Bon vent petite française.


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