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[Critique] HITMAN

Par Onrembobine

Titre original : Hitman

Note: ★☆☆☆☆
Origines : France/États-Unis
Réalisation : Xavier Gens
Distribution : Timothy Olyphant, Olga Kurylenko, Dougray Scott, Robert Knepper, Ulrich Thomsen, Henry Ian Cusick, James Faulkner…
Genre : Action/Thriller/Adaptation
Date de sortie : 26 décembre 2007

Le Pitch :
L’agent 47, mystérieux tueur à gages insaisissable, fait partie des meilleurs assassins de la planète, formé et employé par une organisation top-secrète. Lors d’une nouvelle mission, où il doit éliminer le président russe Mikhaïl Belicoff, il se fait trahir par sa propre agence. Contraint d’outrepasser les règles qu’il s’était auparavant fixées et pourchassé par les forces de l’ordre, son seul salut est Nika, jeune femme au passé trouble qui s’avère être aussi l’unique témoin de son dernier contrat…

Critique :
Bizarrement, un mauvais film tel que Hitman est le genre de navet qui entraine le plus la déprime. Difficile de défendre la maxime qui affirme que n’importe quel sujet peut faire un bon film, quand les mêmes sujets qui en sont la preuve, deviennent des titres circonstanciés de réfutation : pourquoi continuer à défendre l’idée d’adaptation de jeux vidéo au cinéma quand le résultat s’avère toujours médiocre ? Et ne parlons même pas de comment on est censé justifier les films inspirés d’une ligne de jouets. Surtout après Transformers.

Honnêtement, le problème avec 95% des films adaptés de jeux vidéo, c’est que l’on n’arrête pas d’adapter les mauvais jeux. Il y a une tonne d’idées originales dans le domaine de la console, mais il y a également une tonne d’idées régurgitées et dérivées, qui trouvent justement leur inspiration dans le monde du 7ème art. Ce n’est pas forcément difficile d’imaginer des adaptations dignes d’intérêt, si les sources d’inspiration étaient des monuments d’originalité, comme Mario, Metroid, ou Ninja Gaiden. Même Halo, aussi terne et inintéressant qu’il soit, est à-moitié original. Mais les jeux Hitman, s’ils restent tout à fait respectables, sont dans le même bateau que Grand Theft Auto : tous deux sont fondamentalement des plagiats non-officiels de clichés populaires qu’on trouve à la télé ou au cinéma. Les adapter sur grand écran est inutile : on ne fait que copier/coller un copier/coller.

Curieusement, les jeux Hitman en question, nous ramènent en arrière à une époque où des jeux comme Doom et Double Dragon n’avaient pas de scénario. Y a pas grand-chose à comprendre : le jeu d’infiltration concerne un chauve anonyme avec un code-barres sur la nuque qui travaille comme tueur à gages. Le secret de son identité (Spoiler : il n’a pas de nom, juste le nombre 47) est dévoilé à la fin du premier jeu, mais cela n’aboutit pas à grand-chose dans les suites. Les quatre (et bientôt cinq, à l’heure où j’écris) jeux Hitman se résument essentiellement à une séquence de niveaux indépendants et de missions sans rapport où l’agent 47 fait le touriste dans des endroits exotiques et assassine des gens.
L’absence quasi-totale d’un fil narratif est quelque-peu surprenante aujourd’hui, où la plupart des jeux vidéo ont au moins quelque-chose qui ressemble à une intrigue. De nos jours, même Pacman a un scénario. Pour le jeu Hitman, tout comme son personnage, c’est une feuille blanche. Je suis sûr qu’il y a des joueurs qui pourront m’expliquer en détail à quel point la saga Hitman est résonnante. Mais ayant joué à tous les jeux, je confirme que tous les niveaux sont les mêmes : on bute des gens, on les étrangle dans les cabines de toilettes, on pique leurs fringues, on se fait choper pour des raisons vraiment connes et on doit gérer une intelligence artificielle pourrie.

Bonne nouvelle, Hitman a un scénario. La mauvaise, c’est qu’il a été écrit par Skip Woods, le même bonhomme qui nous a donné le classique Opération Espadon avec John Travolta, où un hacker travaillant pour un groupe secret du gouvernement américain pique un paquet de fric qui finance des travaux humides à l’étranger, en mettant l’argent dans un bus, en attachant le bus à un hélicoptère et en s’envolant vers un gratte-ciel.

Ouais.

Le protagoniste d’Hitman est l’affreuse erreur de casting, Timothy Olyphant (également le méchant en carton dans Die Hard 4) ici avec le crâne rasé et un code-barres CUP vachement discret tatoué sur la nuque. Quel symbole visuel poignant. Dommage que Soldier l’ai déjà fait il y a une quinzaine de piges.
Le film lui-même est un plagiat à deux balles de la trilogie Jason Bourne, où un super-assassin travaillant pour une organisation secrète, se fait berner par ses employeurs et doit protéger le seul témoin qui peut l’aider à démanteler la conspiration pour remettre les choses en ordre et combattre ses collègues crâne-d’œuf. Même la B.O. est identique. Depuis le début, Hitman saute à pieds joints dans la banalité et l’incompétence, avec une voix-off qui nous dit dans les premières minutes que l’assassin de l’histoire fait partie de « l’Organisation », une société tellement secrète que personne n’est conscient de son existence. Pourquoi, alors, est-ce qu’elle s’appelle « l’Organisation » ?

Bref, 47 passe son temps en cavale, poursuivi par des mecs chauves, le FSB (avec Robert Knepper de Prison Break qui a l’air de bien s’amuser malgré tout) et deux agents d’Interpol qui sont tellement incompétents qu’ils ont toute la dignité des flics de Keystone qu’on voit dans les films muets. L’agent principal (Dougray Scott) a passé trois ans sur la trace de 47, mais n’a toujours aucune idée de son apparence, alors que 47 est l’un des tueurs-à-gages les plus facilement identifiables. On parle quand même d’un grand mec chauve qui s’habille en costard-cravate de luxe et, au risque de le répéter, porte un code-barres sur la tête.

Le pseudo-scénario d’Hitman frappe dur et va dans tous les sens en faisant semblant d’être complexe, alors qu’en fait il est juste ridicule et ne rime à rien. Le film se passe des subtilités qui faisaient la popularité du jeu ; la où le jeu était du genre pénible ( exemple : déclencher l’alerte équivalait plus ou moins à un game over), les assassins hyper-discrets de ce film s’habillent tous pareils, possèdent le double de chaque flingue, ont un logo aussi unique que celui de Nike blasonné sur toutes leurs armes et leur équipement, et s’engagent dans des gunfights furieux en plein jour. Plus discret, tu meurs.

Les motivations des personnages sont complètement indéchiffrables. Pourquoi est-ce que l’agent 47 insiste pour accomplir sa mission, quand il n’y a aucun doute sur le fait qu’il s’est fait roulé par ses confrères ? Pourquoi 47 est-il le seul sujet d’enquête pour Interpol alors qu’il y a apparemment des centaines d’assassins chauves comme lui qui exécutent des contrats partout dans le monde ? Et désolé d’y revenir, mais quelle est l’utilité de mettre des foutus code-barres sur la tête des assassins, si ce n’est d’aider les flics à les repérer plus facilement?

Xavier Gens, qui semble être le seul à pouvoir expliquer la logique des scènes d’action inintéressantes (notamment une scène particulièrement débile où 47 flingue deux gardes du corps, puis range son revolver et injecte à sa cible un poison mortel) fait de son mieux pour évoquer l’esprit du cinéma d’action des 80′s, y compris Scarface : beaucoup de gros mots et d’insultes, des litres de sang versés, et quelques séquences sordides de nudité gratuite où 47 (dans la tradition de tous les tueurs à gages) entre dans une relation avec le genre de top model à l’esprit libre (interprétée par Olga Kurylenko).
Le problème, c’est que la fille canon en question est une prostituée russe qui craque complètement pour 47 ; malgré le fait qu’il la traite comme une merde, l’enferme dans le coffre de sa voiture avec un cadavre, menace de la tuer et de la torturer à plusieurs reprises, et se comporte généralement comme un dangereux sociopathe. Choses qui semblent l’exciter, vu qu’elle essaye de le séduire en utilisant des techniques subtiles, comme se balader à moitié nue et rappeler à tout le monde qu’elle ne porte pas de culotte. Et à voir les réactions de 47, Mrs. Robinson en a pour son argent.

Mais la mémoire éternelle d’Hitman sera la scène inoubliable du braquage à la mexicaine, où trois assassins arrivent à piéger l’agent 47 dans une rame de métro abandonnée, tenant inexplicablement leurs propres équipiers en joue, jusqu’à ce que 47 propose un combat à l’honneur et que tout le monde sorte des épées jumelles. Oublions le fait que les assassins ne saisissent jamais la chance pourtant évidente de le flinguer, moi j’aimerais savoir d’où 47 sort aléatoirement ces katanas de samouraï ? De son cul, sûrement. C’est une habitude qui semble toucher la plupart des personnages du film concernant les armes.

Comparer des films aux nanars du légendaire Ed Wood, c’est faire preuve de mauvais goût, à moins que ce ne soit absolument nécessaire. Mais Hitman, qui n’a pas d’identité propre et aucun style ou talent pour se rattraper, est exactement le genre de film qu’Ed Wood ferait s’il voulait imiter les opéras-aux-pistolets de John Woo. On peut aussi accuser Shoot ‘Em Up des mêmes défauts, mais au moins ce film-là s’efforçait d’y rajouter un peu d’inventivité. Hitman ne fait que perdre son temps. Et le nôtre.

@ Daniel Rawnsley

[Critique] HITMAN

Crédits photos : 20th Century Fox


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