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L’Europe s’effondre, la France se repent

Publié le 23 juillet 2012 par H16

Je l’avais dit et d’autres avec moi : Hollande, n’ayant aucune marge de manœuvre sur le plan économique, se fait fort d’alimenter l’actualité de bidouillages sociétaux ou de déclarations humides d’émotion. Après le mariage gay et l’euthanasie, on aborde à présent la saine et nécessaire repentance de tout un peuple partagé entre le désir de fuir ses heures les plus sombres et celui de s’y baigner avec délice. Pendant ce temps, l’Histoire avance, et pas dans le bon sens.

 

C’est à l’occasion de la commémoration de la rafle du vélodrome d’Hiver en juillet 1942, il y a 70 ans, que ce qui semble être actuellement le Président de la République a déclaré que cette rafle fut un crime commis en France par la France, et « ce fut aussi un crime contre la France, une trahison de ses valeurs. Ces mêmes valeurs que la Résistance, la France libre, les Justes surent incarner dans l’honneur ». Cette extraordinaire déclaration de Hollande a provoqué un peu de brouhaha dans les médias, je suppose stupéfaits d’apprendre cette position vraiment courageuse contre l’antisémitisme. La maladie et la guerre viendront dans les prochains discours, soyez rassurés, et son opposition ferme à la mort — sauf celle donnée dans un cadre médicalement assisté, bien sûr — sera rappelée lors de la Toussaint, je présume.

Quel délice d’apprendre que toute la France se retrouve ainsi derrière son chef pour battre sa coulpe ! Quelle joie de voir tous ces articles de presse enflammés qui relatent la brillante intervention du dessert laitier ! Et surtout, quel plaisir de constater que pas une petite voix ne semble s’élever pour dire quelques trucs pourtant simples : comment les gens qui ont maintenant moins de 70 ans peuvent se sentir responsables, d’une façon ou d’une autre, de ces agissements, aussi scandaleux soient-ils ? Par extension, ce serait exactement comme reprocher les abominations nazies aux Allemands de moins de 70 ans… Mieux : pourquoi Hollande est-il aussi prompt à casser du sucre sur le dos d’une pauvre France qui n’en peut mais, alors qu’à bien y réfléchir et à bien lire son discours pourtant sans ambiguïté à ce sujet, ce ne sont pas les Français qui furent impliqués dans cette histoire, mais des fonctionnaires français, d’une part (ce qui est très différent) et surtout, l’État français en premier et avant tout le reste ?

hollande humideComment, en tant que président, peut-on tenter de faire croire qu’on représente La France, toute la France, alors qu’il ne représente lui-même, au mieux, qu’un quart des citoyens, et, dans toute l’acceptation du terme de « Président de la République », seulement l’état français et pas le pays ? Eh oui, François : tu n’es pas roi, tu es seulement le premier commis de l’État français et de sa république.

Bref, je le dis ici puisqu’on le lira peu ailleurs : je ne me sens en rien concerné par les agissements d’un gouvernement d’il y a 70 ans, gouvernement qui était sous domination, qui a fait agir ses fonctionnaires (probablement tous morts à l’heure qu’il est) pour son bénéfice bien compris, et qui a ainsi monté une partie des Français contre d’autres Français. Je n’ai pas, comme toute les générations nées après ces faits, à me repentir d’agissements qui furent, de façon claire, le fait de ces éternels thuriféraires de l’action de l’État, dans lesquels ni mes parents, ni les leurs ne furent mêlés. Je déplore bien sûr le sort de ceux qui eurent à subir la botte totalitaire, mais tout comme je déplore celui de ces générations d’individus actuellement foulées au pied par les administrations du pays qui m’a vu naître et dont, en pratique, ces fonctionnaires zélés (à commencer par ce pachyderme mou de Hollande) n’ont absolument rien à foutre encore aujourd’hui. Non, Monsieur Flanby de la République, ce n’est pas la France qui a commis un crime. C’est l’État français, sa République, le gouvernement de Vichy, et l’ensemble de l’appareil d’état de l’époque (dans lequel on trouvait d’ailleurs un de ses futurs présidents) !

Et ce qui m’agace au plus haut point dans cette déclaration parfaitement artificielle d’un type dont tout montre qu’il ne fait qu’occuper le terrain poussiéreux de sa propre médiatisation, c’est que ce beau discours vient ajouter quelques wagons au train déjà fort long des auto-flagellations plus ou moins ridicules qu’on fait porter au pays, et il permet à la presse de ne surtout pas regarder ce qui se passe autour de nous, autrement plus significatif pour les individus d’ici et maintenant.

Et dans l’actualité, il y a pourtant de quoi faire.

On n’est ainsi qu’à moitié surpris de voir qu’un ancien fonctionnaire du FMI avoue ouvertement son dégoût du biais bien trop-pro-européen du Fonds, et de l’incompétence qui en résulte. Comment ? Le FMI soutiendrait les petites expériences d’imprimerie créative de la BCE ? Comment, ce serait la même coterie de brigands et de profiteurs qui sévirait en haut des hiérarchies européennes et du FMI ? Non, sans blague !

Et quand je parle de « coterie de brigands », il n’est qu’à lire les récentes déclarations de Mario Draghi, le patron de l’imprimerie d’art BCE & Fils, pour s’en convaincre :

« C’est méconnaître le capital politique que nos dirigeants ont investi dans cette union et le soutien des Européens. L’euro est irréversible. »

méphisto draghiEt si l’on décode ceci, cela veut dire que malgré les évidentes erreurs de conceptions de la monnaie unique, malgré l’insouciance décontractée de tous les dirigeants européens face à la dette publique des états dont ils ont la charge, malgré les tensions toujours plus grandes dans la zone euro, malgré la grogne toujours plus forte des peuples eux-mêmes et malgré l’évidente et monstrueuse ardoise qu’on va laisser aux générations futures, l’euro devra perdurer, vaille que vaille, et surtout, coûte que coûte : la monnaie unique est irréversible comme le sont jusqu’à présent la marche du temps, les impôts et la mort. Et quand Draghi explique cela aussi clairement, il n’y a pas le moindre remord, la moindre repentance.

Repentance qu’on ne retrouve pas non plus lorsqu’on voit l’état dans lequel se trouve maintenant l’Espagne qui, finalement, suit la Grèce de quelques mois et qui n’aurait qu’une quarantaine de jours avant une faillite complète. Et pourquoi y en aurait-il, du reste ? Après tout, il est parfaitement normal d’accumuler de la dette publique, non ? Après tout, il est aussi parfaitement normal de subventionner jusqu’au point de non-retour des secteurs économiques que l’État décide unilatéralement comme dans le besoin, n’est-ce pas ? Et puis après tout, lorsqu’il s’agit, au pied du mur, de couper enfin drastiquement dans les dépenses et qu’on se contente d’accroître les impôts en faisant des aménagements à la marge, n’est-ce pas une bonne chose avec laquelle on peut vivre sans plus s’en soucier ? Repentance ? Allons ! C’est pour les autres !

En plus, l’Espagne a été prise en traître, c’est évident ! Les politiciens ne s’attendaient vraiment pas à devoir lutter, pied à pied, avec un marché particulièrement chafouin. Et lorsque, un petit matin, les taux sont devenus subitement insoutenables, on comprend que la panique s’est ajouté à l’impréparation logique devant un événement aussi soudain.

A l’évidence, tout le monde a fait ce qu’il aurait dû faire. De même qu’en France, actuellement, l’État fait lui aussi tout ce qu’il doit, et coupe drastiquement dans ses budgets pour rétrécir son empreinte sur une économie exsangue et asphyxiée qui réclame, de plus en plus faiblement, l’air pour respirer. Alors, la repentance, c’est bien joli, mais ce sera pour les choses vraiment indispensables ici et maintenant, vous voulez bien !

D’ailleurs, si avec tout ça, l’Europe s’effondre, Hollande battra-t-il sa coulpe ? Fera-t-il repentance d’avoir persisté à fourrer le pays dans l’ornière, lui et toute la clique de parasites qui se sont succédé aux commandes sur les 40 dernières années ? Allons. Parions que non.

Se repentir pour des choses qui ne coûtent rien, c’est bien plus facile que d’admettre s’être, personnellement, fourvoyé dans des proportions criminelles.


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