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Inhibition (RDC)

Par Deathpoe

Si encore je criais de temps en temps. C'est l'avantage des femmes, elles peuvent crier de plusieurs manières et c'est tout à fait normal: d'orgasme simulé, d'amour perdu, de colère. J'ai toujours trouvé la sensibilité des femmes grandiose, enfin surtout, leur manière de l'exprimer, d'en jouer, d'en revenir.
C'était il y a peu de temps, un dimanche, mi-juillet. J'avais enfilé mes Fryes et hésité à prendre une veste. Finalement, je suis devenu prévoyant: j'ai récupéré deux trois choses dans la brune et ai mis la noire. Place de la République, je range machinalement ma carte de bus dans la poche du devant. Il y avait aussi un titre de transport du tram de Nancy. Je l'avais toujours dans ma veste et ça faisait bien deux mois que je m'en faisais régulièrement la remarque. Je jetais un oeil à la dernière date imprimée.
Et puis finalement, tu le sais déjà: je ne sais pas m'exprimer. A voix haute, la grande gueule ou le silence. Tout ça pour quoi? Le masque. ne pas s'impliquer, se protéger. Je me souviens encore d'un trajet en train et de ta tête sur mon épaule. Il n'y avait que le bruit des rails, le wagon tanguant et ta tiédeur. Quand j'écris, merde oui, je me plains, souvent, tout le temps, parfois.
Je me suis résolu à jeter le ticket de tram. Il avait pris l'eau, et ça ne m'empêchait pas de garder de bons souvenirs.
D'une manière générale, j'ai espéré, j'espère, j'espèrerai peut-être. Avant-hier, il m'a demandé:
"Tu as déjà écrit un texte heureux?". Jeu set et match pour vous. Ta douleur, la mienne, le frère, l'écriture, la mère, l'oeil-photographe, tu ne vois pas mais tout ça est lié.
Je perds tous les fils. Je n'ai jamais été habile de mes doigts, à part pour taper sur un foutu clavier. En écrivant, je ne parviens jamais à me relire. Là, deux textes en un. J'essaie d'alléger, pas être trop chiant, ni trop vif. Pas indifférent mais pas peureux.
Un rayon de soleil orangé éclaire ton souvenir.
Exactement. Je n'ai pas envie de le penser alors je l'écris. Ou l'inverse. Se tourner autour. Pourquoi? Je ne sais pas. Manière de se renifler, se jauger, se faire la cour? Hésiter? Souvent je me disais que j'aimerai bien recevoir une lettre de toi. Complètement stupide parce que tu n'as pas mon adresse, parce que je n'ai pas osé te le demander, et parce que peut-être tu n'auras pas de temps à perdre à m'écrire. Pourtant le papier, sorti de l'enveloppe, ou la lettre qu'on poste, c'est presque aussi doux qu'un baiser. Et puis, de nos jours, c'est devenu ringard, plus personne ne fais ça.
Il y a deux jours, on évoquait une nouvelle fois quelques anecdotes. Chacun ses histoires d'amour, chacun sa sensibilité. Et puis il était de bon conseil: "Au moins, ces années, ce sont des erreurs que tu ne commettras plus avec quelqu'un d'autre." Je me suis dit qu'il avait raison mais n'avais pas évoqué que j'aurai voulu que ce quelqu'un d'autre soit toi. C'est tout simple, comme parole, pourtant. Mais ça restait en suspens au bout de mes doigts. Comme cette honte de n'avoir couché qu'avec une seule fille. Pourtant, pas bien compliqué de baiser tout ce qui bouge. Je dois être vieux jeu là-dessus, je suppose. Bête question de principes, il faudra que je règle ça. Ou surtout, se dire que baiser n'a aucune importance. Dans l'absolu, qu'est-ce qui en a? J'en sais rien. Cette question ne veut rien dire, elle sert juste à se torturer inutilement. Tout à fait mon genre. Mon genre, comme toi, moi, eux, lui, tout ça, tout le monde se perd, chacun devant son écran.
Je ne m'assieds plus au bord de la fenêtre parce que des fois la tentation du vide est trop grand. Merde. J'éteins.


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