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“360” de Fernando Meirelles

Par Boustoune

Décidément, “La Ronde” d’Arthur Schnitzler inspire les cinéastes cette année.
Après la libre interprétation qu’en a donné Alexis Lloyd dans 30 Beats, c’est au tour de Fernando Meirelles de livrer sa version, elle aussi modernisée, et encore plus éloignée du texte original.

Toute l’intrigue de la pièce de Schnitzler se déroulait à la fin du XIXème siècle,  uniquement dans la ville de Vienne, et tournait autour de rencontres amoureuses – et charnelles -  entre dix personnages, selon le principe A rencontre B qui rencontre C qui rencontre D… et ainsi de suite jusqu’à ce que le dixième personnage rencontre le premier, pour boucler le cercle…
Ici, le lieu est bien plus vaste, puisque les rencontres se font à différents endroits de la planète, de Vienne à Rio de Janeiro, en passant par Paris, Berlin, Londres ou Denver. Normal, nous sommes cette fois au XXIème siècle, dans un monde beaucoup plus ouvert. Il ne suffit que de quelques heures d’avion pour rejoindre un point du globe à un autre, et les voyages eux-mêmes constituent des moments d’échanges et de rencontres potentiels.
Le mouvement circulaire du récit, cette fameuse “ronde” se fait cette fois autour de la planète, partant d’un point A pour aller à un point B, et ainsi de suite, pour revenir à la ville d’origine. En revanche, il ne respecte pas scrupuleusement le principe des rencontres successives, où alors de façon plus complexe, avec ajout de personnages supplémentaires qui ne participent pas directement à la ronde, et bifurcations narratives.
Par ailleurs, contrairement à la pièce, le récit n’est pas axé autour du thème du désir mais des hasards de l’existence, des choix de vie que l’on fait à des moments-clé, et leurs conséquences.

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A première vue, 360 ne s’inspire donc que de très loin de la célèbre pièce d’Arthur Schnitzler  et n’est prétexte qu’à un film-choral assez conventionnel sur le destin et les rencontres amoureuses.
Mais à y regarder de plus près, les deux oeuvres partagent la même ambition : dresser le portrait d’une société à travers différentes couches sociales, différentes professions-clé. Et les personnages ne sont pas si éloignés que cela les uns des autres.
La prostituée qui ouvrait la pièce de Schnitzler est remplacée par une escort-girl de luxe (Lucia Siposová) louant ses charmes via un site internet.
Le soldat est remplacé par un businessman (Jude Law) allant d’un endroit à un autre pour négocier les tarifs. Dans les pays occidentaux aujourd’hui, la guerre n’est plus physique mais économique.
Le comte peu être remplacé par le parrain mafieux (Mark Ivanir) , et la femme de chambre par son chauffeur/garde du corps (Vladimir Vdovichenkov).
Pas de comédien, mais un autre artiste,  photographe celui-là (Juliano Cazarré). Pas de poète, mais une jeune femme qui passe son temps à lire (Gabriela Marcinkova) .
On trouve des époux et des épouses un peu perdus, partagés entre leur conjoint légitime et leur amant, des gens en quête d’amour ou de rédemption.

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La grosse différence avec la pièce, finalement, outre l’extension du lieu à la planète entière et au côté bien moins charnel des relations entre les personnages tient à l’ajout de deux personnages. Le premier est un vieil homme qui n’arrive pas à se pardonner la disparition de sa fille, qui a fugué à cause de lui et n’a jamais plus donné de nouvelles. Le second est un homme tout juste sorti de prison après avoir purgé sa peine – probablement une condamnation pour agression sexuelle. Il se retrouve confronté au monde extérieur pour la première fois depuis des lustres, et notamment à toutes les tentations féminines.
Ces deux subdivisions du récit, ces deux hommes brisés, sont reliées par le même personnage, une jeune brésilienne désireuse de profiter de la vie au maximum et se situent au coeur du film. Ce sont les parties les plus fortes, du point de vue de l’intensité dramatique pour la première, grâce à un Anthony Hopkins épatant, et du point de vue du suspense pour la seconde, où l’on se demande si l’ex-taulard (Ben Foster) va céder à ses pulsions et abuser de la belle jeune femme qui ignore évidemment tout de son passé (Maria Flor).

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A ces deux chapitres, on peut ajouter la partie française, dans laquelle Jamel Debbouze incarne un veuf amoureux de son assistante (Dinara Droukarova) et se retrouve tourmenté par des questionnements d’ordre moral et religieux. Cette branche du récit lorgne plus, elle, vers la comédie romantique classique.

En fait, chaque segment correspond à une sorte d’exercice de style. Fernando Meirelles s’amuse à expérimenter différents genres, différentes tonalités, différentes façon de filmer. Son panorama à 360° nous fait voyager, non sans talent, à travers la plupart des artifices du cinéma – gros plans, plans larges, plans-séquences, split-screen… –  et des codes spécifiques à chaque type de récit.
C’est cela qui contribue à donner du liant au film, et qui lui confère aussi ses qualités esthétiques indéniables – le cinéaste n’est pas un débutant et n’est pas maladroit derrière une caméra… Cela et, bien sûr, les comédiens, tous très bons et jouant leur petite partition avec humilité et justesse.

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Heureusement que le casting et la mise en scène sont à la hauteur, car sans cela, le film serait tristement anecdotique.D’autant qu’il n’est pas épargné par les habituels travers du film-choral. Les différentes parties du récit ne sont pas bien équilibrées, certaines étant trop développées, d’autres insuffisamment. On n’a pas vraiment le temps de s’attacher à certains personnages…
Quant à cette thématique sur le hasard et les choses de la vie, il faudrait expliquer à Fernando Meirelles et son scénariste, Peter Morgan, que ce n’est pas franchement original et que cela les expose forcément à la comparaison avec d’autres films autrement plus aboutis (on pense à Babel, notamment…).
Cela dit, on a aussi déjà vu bien pire dans le genre film-choral, et celui-ci, contrairement à bien d’autres, a le mérite d’être joliment rythmé.

A condition de ne pas être trop exigeant et d’essayer d’oublier la pièce de Schnitzler et l’adaptation que Max Ophüls signa en 1950, 360 est tout à fait regardable et recommandable. On espère simplement que pour son prochain long-métrage, Fernando Meirelles abandonnera les expériences et les exercices de style pour mettre son talent – bien réel – au service d’une oeuvre plus originale et personnelle, comme pouvait l’être La Cité de Dieu

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Réalisateur : Fernando Meirelles
Avec : Rachel Weisz, Jude Law, Anthony Hopkins, Jamel Debbouze, Ben Foster, Dinara Droukarova, Moritz Bleibtreu
Origine : Royaume-Uni, Autriche, Brésil, France
Genre : film-choral vaguement inspiré de…
Durée : 1h50

Date de sortie France : 25/07/2012
Note pour ce film :

contrepoint critique chez : Ouest-France
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