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L'euro : l'irresponsabilité a trouvé son étalon monétaire !

Publié le 30 juillet 2012 par Copeau

L’euro agit comme cause majeure de déséquilibre dans les échanges commerciaux entre États membres et comme facteur de déresponsabilisation massif de l’ensemble des pays de l’eurozone, en éteignant tous les signaux d'alarme qui existent habituellement sur le marché dans le cas des monnaies nationales.
Par Loïc Abadie.

L'euro : l'irresponsabilité a trouvé son étalon monétaire !J’écris cet article en réponse à une tribune de Jesus Huerta de Soto, prenant la défense de l’euro, décrit comme un « étalon or imparfait » supposé inciter les pays membres de l’eurozone à plus de discipline en matière de politique économique et budgétaire comme le ferait un vrai étalon or.

L'auteur néglige à mon avis dans son essai seulement deux points, mais ils sont essentiels :

1) Contrairement à l’euro, la valeur de l’étalon or ne dépend pas du comportement économique des États qui l’ont choisi.

Si un État se met à pratiquer une politique budgétaire laxiste, il sera sanctionné par le marché, mais l’or, lui, conservera toute sa valeur. Dans le cas de l’euro, si un gros État membre de l’eurozone pratique une politique laxiste, il peut remettre en cause tout le système financier de l’eurozone, donc la valeur de cette monnaie, et même son existence. Nous le constatons aujourd’hui avec l’Espagne et l’Italie.

2) Conséquence directe de ce premier point, l’euro va agir comme un facteur de déresponsabilisation des États membres, qui préfèreront renflouer à n'importe quel prix un État en difficulté pour garantir l'existence de l'euro, là où l’or force au contraire à la responsabilité. C’est le problème essentiel de l’euro que nous allons détailler maintenant.

La responsabilité est une idée centrale du libéralisme. Elle permet aux êtres humains de recevoir une sanction positive ou négative de leurs choix de vie, et de pouvoir améliorer ensuite ces choix en fonction des expériences et résultats accumulés. Les systèmes socialistes échouent d'abord parce qu’ils suppriment toute responsabilisation. Les acteurs économiques, ne recevant plus de signal positif ou négatif résultant de leurs choix, ne peuvent plus savoir quelles décisions sont bonnes pour eux, et se réfugient alors dans des comportements infantiles ou parasitaires qui conduisent à la faillite du système.

Un bon étalon monétaire doit donc responsabiliser au maximum les acteurs économiques, en particulier les gouvernements.

L’or est à ce titre un excellent choix, puisque sa valeur est impossible à manipuler, et que toute politique laxiste (déficit public, consommation à crédit excessive générant une balance des paiement déficitaire sur une trop longue période) sera sanctionnée par le marché.

Les monnaies nationales sont un moins bon choix, puisque leur valeur se manipule bien plus facilement, mais elles restent malgré tout responsabilisantes dans la plupart des cas (à l’exception du cas très particulier des USA que nous allons détailler dans un autre article) : un pays pratiquant une politique trop laxiste et vivant au-dessus de ses moyens verra la valeur de sa monnaie chuter et ses réserves de change s’épuiser. La population de ce pays ressentira rapidement les effets négatifs de ce choix (chute du pouvoir d’achat, inflation, chômage, impossibilité d'importer dans les cas extrêmes), et pourra sanctionner le dirigeant qui a conduit cette politique.

Qu’en est-il de l’euro ?

La construction de l’eurozone fait que tous les signaux du marché visant à responsabiliser les États et les décideurs économiques sur leur politique économique et monétaire sont supprimés méthodiquement au nom de la "stabilisation".

1) Au niveau des échanges internationaux, le système de paiement automatisé TARGET2 permet aux États membres présentant un déficit excessif de leur balance commerciale et de leur balance des paiements de continuer à vivre au-dessus de leurs moyens indéfiniment, en supprimant toute contrainte liée aux réserves de change. Les banques privées des autres pays ne font plus confiance à l’Espagne et ne veulent plus financer ses importations à crédit ? Les capitaux fuient ce pays à grande vitesse (voir cet article de FT Alphaville) ?

L'euro : l'irresponsabilité a trouvé son étalon monétaire !

Avec une monnaie nationale, l’Espagne aurait reçu depuis longtemps (sans doute dès 2009) la sanction du marché et l’équilibre aurait été rétabli via une dévaluation de sa monnaie et l’obligation pour sa survie économique d’entreprendre de profondes réformes structurelles.

Avec l’euro, il n’y a plus aucun garde-fou : grâce au système TARGET2, la Bundesbank prête à la BCE, qui reprête ensuite à l’Espagne tous les fonds dont elle a besoin. Il n’y a aucune limite supérieure prévue pour ces transferts de fonds, qui s’effectuent bien entendu sans le moindre contrôle démocratique, et les déficits deviennent totalement ingérables.

Balance TARGET2 de l'Espagne : la dette vis-à-vis de la BCE s'accroît actuellement de 40 milliards d'€ par mois (graphique : querschuesse.de), et le rythme ne cesse d'augmenter.

L'euro : l'irresponsabilité a trouvé son étalon monétaire !

2) Au niveau du système bancaire, un État souverain qui pratique une politique laxiste (par exemple en manipulant ses taux à la baisse pour favoriser excessivement le crédit) fragilisera ses banques privées qui seront trop endettées. S'il persiste, il risque de recevoir, comme l’Islande, une sanction du marché, via un bank run. Avec l’euro, les banques sont au contraire soutenues de façon illimitée par la BCE et divers « fonds de stabilisation » et n’ont ainsi plus à subir les conséquences de leurs excès… jusqu’à implosion totale du système, parce que les miracles ne durent jamais éternellement en économie.

Résultat : nos banques européennes sont aussi celles qui ont les leverage ratios parmi les plus élevés du monde, entre 20 et 40 en général, et peuvent continuer à prendre des risques inconsidérés en bénéficiant (là aussi sans limites) des fonds "LTRO" à 1% de la BCE.

3) Au niveau des finances publiques, là aussi il n’y a aucun garde-fou réel :

Les critères de Maastricht ont été oubliés, tout comme le sera la « règle d’or ». Et il n’existe aucun dispositif prévoyant la sortie d’un État membre qui pratiquerait une politique totalement laxiste. Le leader de Syriza (extrême-gauche grecque), qui a failli être élu aux dernières élections l’avait parfaitement compris, en proposant à ses électeurs que la Grèce coupe tout effort de rigueur, tout en continuant à profiter des avantages de l'euro pour importer à crédit tout ce dont elle avait besoin.

Un État surendetté reçoit une flopée d’aides de l’UE, qui ne font que retarder une restructuration inéluctable, en aggravant son surendettement. Avec une monnaie nationale, la Grèce aurait été restructurée dès 2008, et serait aujourd’hui bien avancée dans la voie du redressement, alors qu’elle est toujours en train de s’enfoncer dans une dépression de plus en plus grave.

Le dernier signal d'alarme responsabilisant encore existant sur l'eurozone, à savoir les taux des emprunts d’État des États membres, pourrait à son tour être coupé dans les trimestres à venir, si les eurobonds finissent par être adoptés (comme le souhaitent les partisans les plus enthousiastes de la construction européenne), ou si la BCE se met à acheter en direct et massivement la dette souveraine des pays d'Europe du Sud.

L’euro agit donc à la fois comme :

Toute l’eurozone est aujourd’hui victime de cette monnaie unique :

- L’Europe du Sud dont la compétitivité est détruite par une monnaie trop forte, et qui s’enfonce dans le surendettement sans recevoir les signaux d’alerte et de rééquilibrage indispensables. Résultat : la récession et le chômage s'envolent dans ces pays, mais l'euro écarte pour eux toute possibilité de nouveau départ via un processus de faillite budgétaire / restructuration sur le modèle argentin.

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- Mais aussi, nous le verrons dans les années à venir, les États les plus solides, comme l’Allemagne. Leur modèle de croissance actuel se résume à faire crédit à l’Europe du Sud pour pouvoir continuer à exporter des produits à des clients devenus insolvables, ce qui finira aussi par rendre insolvable le système financier allemand.

Voilà pourquoi le retour aux monnaies nationales est aujourd'hui plus que jamais nécessaire. Vu la gravité des déséquilibres accumulés, il ne suffira bien sûr pas à écarter la récession, mais il permettra ensuite un nouveau départ, avec des pays redevenus responsables de leurs actes. Le plus tôt sera le mieux, parce que maintenant chaque semaine qui passe signifie des dizaines de milliards d'euros de dette en plus à éponger pour les membres de l'eurozone.

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Article publié initialement sur objectifeco.com.


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