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L"Arabie heureuse ?

Publié le 22 août 2012 par Egea

Je parle de l'Arabie Saoudite assez régulièrement et m'aperçois que je n'ai jamais publié un billet sur ce pays. Il le mérite, à coup sûr. Quelques considérations pour "aborder" le sujet, sans prétendre l'épuiser... Merci au passage à JM pour ces échanges maritimes qui ont inspiré pour partie ce billet...

L
source

1/ L'Arabie est un pays récent. Chacun garde à l'esprit plusieurs traits : Médine et le pays du prophète, Lawrence d'Arabie et la lutte contre l'hégémonie ottomane, la rencontre de Roosevelt et d'Ibn Saoud à bord du Quincy en 1945 pour fonder l'alliance pétrolière qu'on sait...

2/ Plus récemment, on garde à l’esprit la richesse et la domination des cours du pétrole au travers de l'OPEP, le wahabisme et Ben Laden, la cause des femmes (!) et la lutte avec l'Iran après celle avec l'Irak.

3/ Derrière tout cela, quel sens trouver ?

4/ Tout d'abord, la création de l’État d’Israël en 1948 a donné paradoxalement un long répit à l'Arabie Saoudite : en effet, l'annexion du Hedjaz dans les années 1930 posait la question de la domination des lieux saints. L'ancien chérif de La Mecque, exilé en Irak, avait en effet pour fils Abdallah 1er roi de Jordanie en 1946 : celui-ci pouvait tout à fait prétendre à reprendre l"Hedjaz : au lieu d'une opposition interarabe, le fait israélien à partir de 1948 permit aux Saoudiens de s'établir (quitte à appuyer les Jordaniens en leur laissant le contrôle de la côte sud d'Aqaba en 1965).

5/ Cela dura jusqu'à l'invasion du Koweït en 1991 : alors, l'opposition avec l'Irak prit le pas sur la vieille lutte contre l'Iran, revivifiée par la révolution Khomeyniste de puis 1978. Cela explique aussi la désaffection actuelle à la suite des maladresses Américaines : l'invasion d'Irak puis le retrait américain ont laissé en place un Irak chiite qui prend ses directives à Téhéran... Passons sur le financement de l'islamisme, qui appartient, me dit-on, à l'histoire ancienne : en effet, les Saoudiens ont bien noté que Ben Laden visait d'abord la monarchie, et que les combattants saoudiens envoyés en Afghanistan étaient revenus aguerris pour faire la révolution "à la maison". Beaucoup croupissent en geôle aujourd’hui, et les Saoudiens ont compris qu'on ne les reprendrait plus à ce petit jeu. Autrement dit, les salafistes seraient aussi les ennemis des Saoudiens. Je formule ici l'hypothèse qui reste à vérifier...

6/ Vis-à-vis de l'Iran, la situation est simple : de part et d'autre, on est en "guerre froide" : aucune intention de faire la guerre, mais un roll back de part et d'autre. Et comme les deux pays ne sont séparés que par un bras de mer....

7/ Du coup, les petits pays voisins ont des attitudes plus angoissées que l'Arabie qui a une profondeur stratégique : Koweït, EAU, Qatar (billet), Bahreïn (billet), ... Pour les Saoudiens, il s'agit d'une multitude d’États tampons, qui leur permette de faire des expérimentations sociales avec du recul, et qu'ils gèrent du moins gênant (Bahreïn, devenu de facto une 14ème province saoudienne) au plus encombrant (le Qatar).

8/ Il reste que s'il y a une sorte d’alliance objective entre l'Arabie et Israël, les Saoudiens notent bien que si les Israéliens attaquent l'Iran, ceux-ci répondrons non en bombardant Israël (trop loin) mais en tapant de l'autre côté.... Donc, chez eux.

9/ Mentionnons enfin un rapport particulier au temps : le mode de succession (tous les fils du roi jusqu'à épuisement avant de passer à une génération suivante) encourage des évolutions lentes.... mais aussi une assez grande prudence et du recul sur les événements; également, uen absence d'idéologie a priori et un regard assez pragmatique qui raisonne en termes d'intérêt.

Décidément, rien n'est simple. La prochaine fois, nous regarderons la carte, fort instructive....

O. Kempf


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