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Peut-on se réjouir (un peu) des (petits) malheurs de C. Fourest ? Oui (raisonnablement)

Publié le 29 août 2012 par Vogelsong

“Critiquer les mœurs des hommes sans attaquer personne nominativement, est-ce vraiment mordre ?” – Érasme in “Éloge de la Folie” (1508)

Le petit monde médiatique tolère bien la flatterie, d’où qu’elle provienne. Pour la critique, voire la raillerie les choses sont plus délicates. Si la France possède une bonne réputation d’empoignade, elle le doit à ses ainés, qui durant des temps où la Politique avait prise sur le réel, ferraillaient par médias ou ouvrages interposés. Et surtout ne se faisaient aucun cadeau. La question finalement n’est pas le niveau du débat. À l’ère du vide, de l’assassinat de la politique, à l’époque où les tartuffes, les “philosophâtres mercenaires” jouent les commis du pouvoir, il ne faut pas attendre grand-chose des hauteurs atteintes par les joutes argumentaires. Et garder à l’esprit qu’au pinacle de la pensée (et du barouf médiatique) se trouvent B. Henri-Levy, ou A. Finkielkraut. Non, ce qui est en jeu est le niveau de violence toléré par les mandarins et leurs cohortes. Pour cela, un exemple, C. Fourest, lourdée par Le Monde. Emblématique de la violence sociétale.

Laurence BrugerieCe n’est pas sans un certain plaisir que la nouvelle est tombée. C. Fourest qui chroniquait au Monde a été remerciée. Pas pour ses idées ou ses prises de position selon le directeur E. Izraelewicz. Selon le langage ouaté des pachas médiatiques, l’organe central de la presse anémiée hexagonale veut se recentrer sur ses propres éditorialistes (estampillés Monde). Il était bien entendu que le directeur du prestigieux journal n’allait pas dessouder Sœur Caroline pour l’intégralité de son œuvre et la quantité de violence (symbolique) déversée sur une minorité (en particulier les musulmans) en France (et ailleurs). Mais peu importe, la justice transitoire même rendue implicitement, voire de façon fortuite provoque un certain soulagement. Un quelconque amusement.

C’est à ce moment qu’intervient la patrouille. Se réjouir du “lourdage” de C. Fourest serait selon une journaliste du Monde (Josyane Savigneau) : “Violent”. Rien de moins.

La violence a deux unités de mesure. Celle qui va l’encontre des belles personnes, puis celle destinée au tout venant. Pour le vulgaire, l’ordinaire, le taux de violence normalement acceptable se résume à une collection d’articles publiés dans le premier quotidien Français, usant de raccourcis voir de délires paranoïaques pour stigmatiser une population racisée et dominée. Une violence publique, verticale, magistrale dont on se demande même si la principale intéressée, C. Fourest, imagine les dévastations qu’elle provoque.

Pour la fine fleur de l’éditocratie parisienne, le niveau de tolérance subjectif est bien moindre. Puisque la suppression d’une énième tribune constitue généralement une entrave à la liberté d’expression, et une remarque sardonique équivaut à une violence insupportable. Car la représentation autoproclamée n’aime pas recevoir des quolibets de ceux qu’elle considère comme demeurés. Heureux, ils doivent se contenter d’écouter placidement ceux qui ont le talent, la voix et surtout l’intelligence pour décrypter la complexité du monde.

Même avec Internet, les structures archaïques de domination restent en place. Change l’opportunité, même fugace, de rendre une poignée de violence à ceux qui en ont jeté des pelles. De leur faire entendre sourdement que cela doit finir par finir (même si on le sait cela continuera).

Reste le vieil adage de Voltaire “Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire.” dont on se gargarise allègrement. Mais qui est inopérant quand 1% (les dominants) imposent une façon de voir aux 99 autres (les dominés) ?

Vogelsong – 27 juillet 2012 – Paris


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