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Pablo Neruda – Les vies (Las vidas, 1952)

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Pablo Neruda – Les vies (Las vidas, 1952)Ah ! comme je te sens parfois
agacée
contre moi, vainqueur au milieu des hommes !

Et cela car tu ne sais pas
que ma victoire est celle aussi
de milliers de visages que tu ne peux voir,
de milliers de pieds et de coeurs qui m’escortèrent,
je ne suis rien
et je n’existe aucunement,
je ne suis que le front de ceux qui m’accompagnent,
si je suis fort
c’est parce que je porte en moi
au lieu de ma médiocre vie
toutes les vies,
un millier d’yeux
me permettant d’aller sans faille de l’avant,
mille mains
de frapper dur comme la pierre,
et l’on entend ma voix à l’orée de toutes les terres
parce qu’elle est la voix de tous
ceux qui n’ont pas parlé,
de tous ceux qui n’ont pas chanté
et qui chantent aujourd’hui
par cette bouche qui t’embrasse.

*

Ay qué incómoda a veces
te siento
conmigo, vencedor entre los hombres!
Porque no sabes
que conmigo vencieron
miles de rostros que no puedes ver,
miles de pies y pechos que marcharon conmigo,
que no soy,
que no existo,
¿ue sólo soy la frente de los que van conmigo,
que soy más fuerte
porque llevo en mí
no mí pequeña vida
sino todas las vidas,
y ando seguro hacia adelante
porque tengo mil ojos,
golpeo con peso de piedra
porque tengo mil manos
y mi voz se oye en las orillas
de todas las tierras
porque es la voz de todos
los que no hablaron,
de los que no cantaron
y cantan hoy con esta boca
que a ti te besa.

***

Pablo Neruda (1904-1973)Les Vers du capitaine (Los versos del capitán, 1952)



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