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Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari

Par Sylvie

RENTREE LITTERAIRE 2012

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Editions Actes Sud

C'est l'un des grands romans de la rentrée, en lice pour le Prix Goncourt 2012. Le récit flamboyant d'un auteur encore assez confidentiel, Jérôme Ferrari, qui en est à son cinquième roman. 

Oubliez les récits nombrilistes français habituels : la plume f de Ferrari brasse les espaces temps en décrivant le microcosme d'un petit village corse sur trois générations à la lumière du Sermon sur la chute de Rome prononcé par Saint-Augustin suite à la chute de l'Empire Romain anéanti par les invasions barbares : "Le monde est comme un homme : il naît, il grandit et il meurt". Il s'agit de décrire la naissance, l'apogée et la fin d'un monde, à la lumière de l'Histoire. 

Ce roman de 200 pages pourrait être un simple roman du terroir décrivant l'histoire d'une famille sur trois générations : un bar qu'il faut sauver à tout prix de la faillite, deux jeunes hommes, Libero et Mathieu, étudiants parisiens en philosophie, qui reviennent au pays pour justement sauver ce bar, en faire le meilleur des mondes. 

Mais il prend plus des allures de tragédie antique : une histoire de sexe et de sang, digne des Atrides. Dès le début, nous sentons que tout finira mal. Le récit fait alterner la vie de Marcel, le grand père né après 14/18, qui vivra la fin des mondes, en particulier celui de l'Empire Colonial Français et celle de son petit fils, Mathieu, à qui il donne son argent pour reprendre le bar du village. 

Mais le lieu se transforme bientôt en tripot : les deux hommes embauchent des filles qui sèment la zizanie et la mort et le meurtre rôde....Entre temps, la soeur de Mathieu, Aurélie, cherche à retrouver les ruines de l'Eglise d'Hippone en Algérie où Saint-Augustin a prononcé son sermon...

Ferrari mêle la petite à la grande histoire, le microcosme et le macrocosme. La décadence du bar fait écho à la fin du monde ancien suite à la Première Guerre Mondiale,à la déliquescence des empires coloniaux. 

Si le récit parvient à nous passionner, c'est grâce en premier lieu à une écriture flamboyante, incantatoire, tout en étant simple et fluide. Des phrases très longues, pouvant faire une page complète, mais où les virgules sont placées de telle manière à faire couler le texte très simplement. Une écriture telle une rivière tempétueuse, mais qui ne sort jamais vraiment de son lit, maniant avec brio toutes les métaphores liées aux humeurs et fluides du corps : en effet, les humeurs, les glaires, les vomissements, les sueurs ne font que dire la déchéance du corps humain, en même temps que celle des esprits et des mondes. 

Un récit incarné, qui dit aussi bien le corps et l'intime que l'abstraction, qui brasse les lieux et les temps. L'écriture contemporaine française est souvent aride : elle est ici passionnée, tragique tout en étant très simple. 

On regrette juste une fin assez abrupte, concise qui contraste avec l'impétuosité du récit. A découvrir. 


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