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Le philosophe dit-il la vérité ?

Publié le 29 mars 2008 par Jcgbb

descartes.1206808342.jpgA quoi bon lire les philosophes s’ils ne disent pas ce qui est vrai ? A quoi bon Aristote, à quoi bon Hobbes si sur le même sujet les pensées divergent et rendent impossible une réponse nette, définitive et assurée ?

Inutile de nier l’évidence et de tenter des réconciliations malhabiles. Les questions sont les mêmes, et les réponses conflictuelles. L’un affirme entre les hommes une amitié naturelle, l’autre une guerre souterraine, et un troisième, niant l’un et l’autre, montre que l’une ne va pas sans l’autre : c’est l’insociable sociabilité. Qu’en penser ? Se sont-ils tous trompés ? S’ils peuvent se réfuter, où est la vérité ?

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C’est pourtant se faire une curieuse idée de la vérité. Nous voudrions qu’elle tienne en une pensée, absolument distincte et opposable à tout autre. Nous voudrions nous en emparer comme d’une pièce de monnaie peut-être échangeable (en société ?), l’utiliser comme une indication fiable – ce qui n’est pas ce qu’elle est.

Nous pensons que ce qui est vrai s’oppose au faux, comme l’huile dans un mélange se distingue de l’eau. Dire que le ciel est bleu semble vrai, qu’il y a environ 6,5 milliards d’hommes sur terre, que l’euro est actuellement une monnaie forte. En réalité, tout cela n’est pas vrai, mais simplement exact. Ce sont des données, non des vérités.

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La vérité est plus complexe. Hegel disait que c’est une totalité. Non une idée qui se découvre, mais un mouvement qui se développe, un long mouvement de pensée commencé aux origines de l’humanité, et qui ne cesse de grandir et de gagner en maturité – comme un végétal dont le germe devient peu à peu bouton, fleur, puis fruit. Il croyait profondément à l’historicité de la vérité.

Cela signifie que les pensées, les doctrines philosophiques, s’ajoutent les unes aux autres, non en se superposant comme des couches d’idées distinctes et successives, mais en se générant et se réfutant en même temps. C’est comme pour une fleur : elle dépend du bouton pour éclore, mais le nie à cette fin. De même, Aristote n’aurait pas pensé ce qu’il a pensé sans Platon, ni Leibniz sans Descartes, ni Rousseau sans Hobbes, et ainsi de suite. Leurs pensées s’engendrent, et ainsi séparer leurs idées c’est les rendre incomplètes. Aucune n’est vrai sans les autres, même si elles affirment toujours autre chose.

Ce qui veut dire qu’en matière de pensée, il n’y a pas de faux séparé du vrai. Les uns et les autres se comprennent ensemble, formant entre eux l’unique vérité. L’Histoire est la vérité de la pensée…


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