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Aide sociale: ces pauvres qui ne réclament plus.

Publié le 15 novembre 2012 par Juan
Aide sociale: ces pauvres qui ne réclament plus. Depuis lundi, des internes et médecins libéraux font grève. Un mouvement déclenché parce que les premiers pleurent sur leurs conditions de travail, et les seconds se plaignent des (maigres) contraintes négociées pour l'année prochaine aux dépassements d'honoraires. Un joyeux mélange des genres comme certains en ont l'habitude.
C'était confirmé.
Puisque c'était la Grande Crise, tout le monde avait le droit de râler.
Riches ou pauvres, précaires ou nantis, salariés ou rentiers, assurés sociaux ... et médecins libéraux. Certains - évidemment - avaient de vraies excuses, des souffrances insupportables et qui duraient et s'aggravaient depuis des lustres. D'autres couinaient de perdre leurs avantages.
Ce lundi, les internes et les médecins libéraux râlaient donc... à cause du plafonnement que d'aucuns jugeaient trop modeste des dépassements d'honoraires. On ne sait plus combien de Français n'ont plus les moyens de se payer une mutuelle complémentaire pour palier à notre Sécurité sociale défaillante. Cinq millions ?  Six millions ?
Cette grève semblait indécente. Nous aurions dû nous inquiéter de ces pauvres chirurgiens en devenir... Vraiment ? Il fallait distinguer les internes, leur trop-plein d'heures supplémentaires et leur manque de considération, des médecins libéraux. Et la grève des internes, en plus d'être inaudible à cause de cet improbable voisinage, est peu suivie: 14% des internes mardi, après 19 % lundi, selon le ministère de la Santé.
We're in the Big Crisis, for God' sake !
Bizarrement, on n'entendit ni Jean-François Copé ni François Fillon monter au créneau contre cette grève, eux qui adorent pourtant fustiger publiquement les grèves.
Ce mélange des grèves brouillait tout. Et qui allait rappeler cette autre inégalité, la répartition des médecins sur le territoire ?
 
Ce lundi, on oublierait presque cet ouvrage, pourtant décisif pour comprendre la précarité. La véritable révélation du jour fut ce bilan du non-recours aux prestations sociales. L’Odenore (Observatoire des non-recours aux droits et services), une structure universitaire rattachée à un laboratoire du CNRS, vient de publier un ouvrage sur l'envers de la fraude sociale.
Et qu'apprend-t-on ?
 Chaque année, 5,7 milliards d'euros de revenu de solidarité active, 700 millions d'euros de couverture maladie universelle complémentaire, 378 millions d'euros d'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé, etc., ne sont pas versés à leurs destinataires. C'est ce que démontre et interroge cet ouvrage, exemples, faits et chiffres à l'appui. 
Vous avez bien lu: près de 7 milliards d'euros d'assurance sociale ne sont pas versées à leurs bénéficiaires de droit chaque année. Presque le double des estimations de la fraude sociale ! Laurent Wauquiez, ce chantre de la Droite Sociale qui osait encore fustiger les ravages de l'assistanat, un « cancer social » comme il l'appelait, n'avait rien à dire. Le magazine M du Monde venait de lui refaire le portrait facile et indulgent.
Vomissez en paix.
L'ouvrage des chercheurs de l'Odenore livre quelques conclusions édifiantes. Ainsi, relate Libération, « les fraudes fréquemment mises en exergue par un certain discours politique ne seraient qu'un phénomène marginal par rapport aux prestations non réclamées par des personnes qui y auraient pourtant droit. » A force de complications administratives et de réductions des droits, des centaines de milliers de foyers ne réclament plus l'aide à laquelle ils ont droit. Contre le cancer social des ultra-libéraux de la Droite sociale, voici le cancer administratif. Environ la moitié des foyers éligibles au RSA ne le réclament pas. L'un des auteurs du rapport précise: « les non-requérants sont d’abord les personnes les plus précaires économiquement et socialement : elles sont mal informées, à distance des services sociaux, parfois lassées par rapport aux contrôles répétés dont elles font l’objet. »

Ce mardi, un mouvement de grève européen avait tenté de rassembler les foules et des masses contre les politiques austéritaires à l'oeuvre en Europe. On peut comprendre l'absurde souffrance en Grèce, l'incroyable déstabilisation espagnole, l'incompréhension au Portugal. La solidarité était de mise.
En France... Ahem... il était surprenant de crier contre l'austérité quand celle-ci n'avait pas (encore) frappé.


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