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Jean-Baptiste Harang entre souvenir et oubli

Par Pmalgachie @pmalgachie

Jean-Baptiste Harang entre souvenir et oubliLe début est hésitant, comme s’il ne s’agissait, pour le narrateur, que d’un exercice inhabituel. « J’écris pour me souvenir. Sur ordre de la Faculté. » Oublier qu’on a à la main ses clefs de voiture, puis ne plus savoir où est garée l’auto, c’est peut-être un signe, en effet, que la mémoire est devenue quelque chose de fragile, dont il faut prendre soin et qu’il est peut-être possible de consolider en noircissant des pages emplies d’événements passés. Fixant ainsi à jamais la succession des faits.Mais les faits ne se laissent pas maîtriser aussi facilement. La chronologie n’est pas toujours la meilleure manière de les prendre en laisse et de les ranger à l’abri de la poussière. Plus l’hésitation s’efface devant l’élan de l’écriture, plus la réalité devient multiple. Quand arrive une lettre anonyme, son auteur supposant qu’elle contient assez de détails pour ne laisser aucun doute sur son identité, l’écrivain se trouve aussi dépourvu qu’enrichi : il retrouve tout et ne reconnaît rien. La colonie des Cœurs vaillants, où l’épistolier comme son destinataire ont passé plusieurs fois des vacances, a laissé des traces différentes chez l’un et l’autre.Les six ou sept pages de cette lettre sont la matrice, trop pleine ou trop vide, sur laquelle se bâtit un récit qui ne peut prendre en compte tous les éléments de la jeunesse. Récit à trous, donc, composé d’éclats resurgis parfois après de longues années – comme un pèlerinage effectué à contretemps, et dans une compagnie inadéquate, mais un pèlerinage quand même.« Guy Debord a bien raison, la jeunesse est un état passager. La vie aussi, à peine plus long, mais à force de trop lorgner sur le premier, on risque de laisser filer l’autre comme si rien n’était. » Somme toute, si la jeunesse ne s’efface jamais, il n’est pas essentiel d’en préserver l’authenticité. On a le droit de la réinventer, à l’usage des années qui la suivent.Réappropriation et liquidation : dans Nos cœurs vaillants, Jean-Baptiste Harang joue sur les deux tableaux, avec la distance subtile qui ne fait pas du lecteur, face à ce qui ne lui appartient pas, un étranger.

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