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Un grain de sable dans la propagande chinoise

Publié le 02 avril 2008 par Tibetip

Article de Jean-Jacques Mevel publié sur le Figaro, le 28 mars, à propos de la petite excursion proposée par les autorités chinoises aux journalistes, afin de leur montrer que tout était rentré dans le calme. Ca ne s'est pas tout à fait passé comme ils l'avaient prévu.

Lhassa crève l'écran de la propagande chinoise

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Sous l'œil de caméras étrangères, des moines tibétains mettent à mal la thèse du retour au calme.

   La Chine avait promis une opération «vérité», les premiers ­journalistes officiellement invités à Lhassa, depuis l'émeute du 14 mars, n'ont pas été déçus. Plusieurs dizaines de moines criant au mensonge et réclamant «la liberté pour le Tibet !» ont torpillé la démarche publicitaire inédite montée par Pékin afin d'établir sa bonne foi et de prouver le retour au calme.

   L'irruption des religieux s'est produite au temple du Jokhang, saint des saints du bouddhisme tibétain et monastère de Lhassa normalement le plus fréquenté par les touristes. Des officiels chinois y escortaient vingt-six correspondants étrangers, choisis par Pékin. Ils venaient d'entendre de la bouche d'un responsable : «La situation revient à la normale.»

«Ni casseurs ni voleurs»

   Devant des accompagnateurs chinois sidérés, ont surgi, d'un coup, de trente à cinquante moines en chape cramoisie, dont beaucoup de jeunes. Ils ont coupé le discours officiel en scandant, devant la caméra d'une chaîne hongkongaise : «N'écoutez pas ! (Les Chinois) vous racontent des mensonges. Nous ne sommes ni des casseurs, ni des voleurs, ni des incendiaires. Nous voulons la li­berté ! Vive le dalaï-lama !» Certains ont indiqué à l'agence japonaise Kyodo n'avoir pas pu sortir du monastère depuis le 11 mars.

   La bousculade a duré une quinzaine de minutes. La police a ensuite repoussé les protestataires vers l'intérieur du monastère, tandis que le service de presse regroupait fermement les journalistes : «Fin de la visite !» La présence de témoins étrangers pourrait avoir évité, en public du moins, un dénouement plus musclé. Prises à leur propre piège, les autorités n'ont saisi ni les notes ni les images saisies sur le vif par leurs «invités». L'information a cependant été totalement occultée par les médias chinois.

   L'incident est un fiasco pour la propagande de l'État-parti. Elle s'attache, depuis le début de la semaine, à dénoncer méthodi­quement, sur le Web chinois, les «mensonges» de la presse occidentale sur la répression et sur la poursuite de l'agitation. C'est aussi un camouflet pour le pouvoir. L'émeute du 14 mars avait vexé le président Hu Jintao, à l'heure de sa réélection (sans rival) à la tête de l'État. Le cafouillage du Jo­khang vient humilier le premier ministre Wen Jiabao. Répondant à des pressions occidentales, il avait pris sur lui d'«organiser» cette première visite en zone interdite, afin, disait-il, que la presse étrangère puisse «constater par elle-même ce qui se passe sur le terrain».

Une résistance surprenante

   À Lhassa, le Jokhang est le point d'ancrage de ce qui subsiste du quartier historique. Il attire normalement les touristes et les marchands, dans la ronde incessante de pèlerins qui font valser le moulin à prières. De facto, c'est aussi le monument le mieux surveillé de la capitale tibétaine, bien plus que le célèbre Potala réduit à l'état de palais fantomatique. Le 14 mars, cette «Maison du Seigneur» s'est retrouvée dans l'œil du cyclone.

   Deux semaines plus tard, les forces de l'ordre quadrillent le quartier et policent les monastères tandis que Pékin affirme avoir re­pris le contrôle de la situation. En vain. Hier soir, les autorités chinoises s'interrogeaient sûrement sur l'à-peu-près de leur mise en scène et sur les responsabilités d'un dé­rapage qui leur fait perdre la face, sur tous les écrans.

   Vu de l'étranger, c'est le signal d'une résistance surprenante. Un autre monastère, celui-là consi­déré comme sûr, aurait vu, au début de la semaine, un défilé de plusieurs centaines de moines ra­pidement réprimé. Il s'agit du Tashilunpo à Shigatse, deuxième ville du Tibet et capitale du panchen-lama, second personnage de la hiérarchie tibétaine.

   Vues de Pékin, la poursuite de l'agitation religieuse et l'incapa­cité de contrôler le point le plus sensible de Lhassa dessinent un scénario de cauchemar : la répétition d'incidents comparables du­rant les trois mois que la flamme olympique mettra à sillonner la Chine continentale.

   Le coup d'éclat de Reporters sans frontières à Olympie fait pe­ser la menace d'un sérieux chahut au­tour de la flamme en Europe et en Amérique. Sur le parcours chinois, l'épisode du Jokhang et l'effet de loupe que procurent les médias internationaux pourraient donner des idées à tout ce que la Chine compte de plaignants et de contestataires.

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