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[Critique] LA ROUTE

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] LA ROUTE

Titre original : The Road

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Réalisateur : John Hillcoat
Distribution : Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Charlize Theron, Robert Duvall, Guy Pearce, Garrett Dillahunt, Michael K. Williams…
Genre : Drame/Adaptation
Date de sortie : 2 décembre 2009

Le Pitch :
Sans que l’on arrive à vraiment savoir comment, la vie sur Terre s’est éteinte. Il n’y a plus d’animaux, ni de végétation. Les villes ont été réduites à néant et seuls quelques humains subsistent, quelquefois en ayant recours au cannibalisme. Dans ce no man’s land géant, aussi dangereux que glacial, un homme et son fils marchent inlassablement. Le petit garçon n’a rien connu d’autre depuis sa naissance, tandis que l’homme se souvient de ce qu’était son existence avant que le monde brûle.
Ensemble, ils tentent de survivre et du même coup de rallier la côte, en espérant trouver l’espoir…

La Critique :
Après un début de carrière au cinéma, avec le film méconnu Ghosts… of the Civil Dead, le réalisateur John Hillcoat s’est bâti une solide réputation dans le monde de la musique, en réalisant quelques fameux clips vidéos pour des artistes comme Siouxsie and the Banshees, Therapy?, Depeche Mode, Bush, Placebo ou encore Nick Cave. Nick Cave d’ailleurs, qui accompagna Hillcoat dès son premier film et qui, encore aujourd’hui, est un proche du réalisateur, comme en témoigne leur collaboration sur Des Hommes sans loi, le dernier film du cinéaste, écrit et rythmé par Cave.
John Hillcoat est donc un fin mélomane. Ses films sont à son image, toujours habités d’une musicalité plus ou moins évidente. Ainsi, The Proposition, son premier véritable succès critique, évoque les mélopées western des plus grands, et Des Hommes sans loi, un blues du Delta dans le genre de ceux que pouvait composer Robert Johnson, vénéneux à souhait.
La Route, qu’Hillcoat réalise sur la base du roman récompensé par le Pulitzer, de l’écrivain Cormac McCarthy s’apparente quant à lui à une ballade sombre, dans la veine des compositions de Cave justement, ou d’artistes comme Leonard Cohen. Nick Cave est d’ailleurs crédité là encore à la musique, ceci expliquant peut-être cela.

John Hillcoat est donc de ces artistes qui aiment s’entourer de gens talentueux et exigeants et qui savent rester fidèles. Il y a Nick Cave, mais aussi le comédien australien (tout comme Hillcoat), Guy Pearce, que l’on retrouve dans La Route.
Cependant, c’est bien Viggo Mortensen qui porte le film d’un bout à l’autre, épaulé par l’extraordinaire Kodi Smit-McPhee, un gamin à fleur de peau, formidable en tous points. Un duo qui habite le long-métrage et qui, compte tenu du contexte, réussit à extraordinairement donner corps aux écrits de McCarthy.
Un homme et un enfant, dont les noms ne sont jamais évoqués. Un père et son fils perdus dans l’immensité d’un monde cramé, totalement mort, où ne subsistent que les abominations commises par certains survivants et le souffle froid d’un vent désespérant.
Hillcoat colle de près à ce duo, qu’il fait évoluer au sein de paysages caractérisés par des teintes sépias et mélancoliques. Partout subsistent les débris de ce que la société des hommes fut jadis, rappelant à au père sa vie d’avant et témoignant auprès de l’enfant d’un passé lointain.

D’une manière fort belle, le script de Joe Penhall arrive à extraire la moelle essentielle du roman pour faire du film, un road movie mélancolique, où les souvenirs s’assimilent d’eux-mêmes à de violentes attaques du passé, dangereuses pour la survie dans le présent. L’amour est au centre de La Route également, via la relation désarmante du personnage de Viggo Mortensen avec la mère de son fils, partie dans la nuit, dans un geste suicidaire calculé. L’amour à sens unique, l’incompréhension des sentiments et la nostalgie habitent ce couple, tandis que le film ne manque pas de nous donner un aperçu de la façon dont les choses se déroulaient quand le soleil brillait encore.
D’un seul regard, Viggo Mortensen exprime un flot d’émotions à la fois très simples et pourtant ô combien complexes. Rattaché à la vie par le seul désir de voir son fils s’en sortir, l’homme est malade, mais s’acharne. Il porte le feu, selon ses propres termes, mais n’incarne pas pour autant un idéal de survivance noble et chevaleresque. Rien d’héroïque -dans le sens glorieux du terme- dans les gestes de ce père, mais plutôt l’expression profonde d’un désespoir abyssal, seulement maintenu à distance par son devoir envers son petit garçon.
Franchement déchirant, La Route est un drame humain à la pertinence rare. Sans sensationnalisme, il raconte une histoire simple. Sans trahir le roman qui n’appelait pas une adaptation spectaculaire, riche en explosions, John Hillcoat conserve le mystère sur les origines de l’apocalypse et se contente de filmer les conséquences. Du coup, on peut vraiment parler ici d’adaptation remarquable. McCarthy peut être fier de John Hillcoat, rien que parce que ce dernier ne cède jamais aux clichés du film post-apocalyptique. Y-compris quand l’action s’emballe, notamment lorsque les cannibales font leur entrée. La Route est un long-métrage pudique, à fleur de peau, très difficile, mais néanmoins ouvert sur un espoir en adéquation avec son contexte. Un espoir qui perce à travers le malheur et le marasme, mais qui est bien là.

@ Gilles Rolland

[Critique] LA ROUTE

Crédits photos : Metropolitan FilmExport


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