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Claude Roy : que lit-on en 1936 ?

Par Blogegide

«Que reste-t-il, quarante ans après, du Front populaire ? », s'interroge le Nouvel Observateur n°607 du lundi 28 juin 1976. Dans un dossier spécial Jean Lacouture dépeint les vacances des ouvriers qui partent en tandem à la mer, Pascal Ory nous replonge dans l'univers du théâtre engagé, Lucien Rioux évoque les chansons de ce temps-là... Et Que lisait-on en 36 ? demande-t-on à Claude Roy. Son article brosse un tableau très intéressant, avec Gide parmi les figures centrales... 
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Claude Roy : que lit-on en 1936 ?
Mes camarades, plus jeunes, de ce journal me demandent : « Que lisait-on en 1936? »Qui ça, on ? Je serai obligé de dire souvent « je » pour répondre à leur question. C'est un « moi je » moins typique qu'il ne conviendrait et plus répandu à l'époque qu'on ne l'imaginerait. J'ai eu vingt ans à la fin de 1935. Je ne me permettrais pas de dire que ce fut le plus bel âge de ma vie. Je lisais déjà beaucoup, et tout. J'ai, somme toute, continué. J'ai bougé. Je me retrouve, quarante ans après, assez différent mais guère plus confortable que le jeune homme que décrira, cinq ans après 1936, en novembre 1941, la « Petite Dame » d'André Gide dans ses « Cahiers » (1) : « L'image de la bonne volonté et du désarroi total, nettement de droite avant la guerre, depuis son retour (prisonnier évadé) il ne reconnaît plus son idéal depuis qu'on l'applique ; mal à l'aise partout, tâtant de tous les groupements, sans pouvoir adhérer à aucun. » Mais à l'aise, Gide l'était-il davantage en 1936, en 1940, en 1950 ? Les intellectuels sont des animaux mal à l'aise.
En 1936 comme en 1930, en 1940 et toujours, quand j'entendais prononcer le mot « culture », je tendais la main. La seule suspension d'armes de la guerre intestine qui faisait rage en moi, de la guerre civile constamment sur le point d'éclater en France depuis 1934, de la guerre mondiale qui s'avançait à pas lourds, je la trouvais dans ce que j'appelais la « littérature ». Les seuls « lieux communs » de Paris, à l'époque, me semblaient être le bureau de Jean Paulhan à « la N.R.F. », lieu d'accueil œcuménique, observatoire où il maintenait une attention scrupuleusement sympathique et pointue aux littératures, et le cabinet de lecture d'Adrienne Monnier, rue de l'Odéon. Tout l'argent que je n'avais pas passait en livres d'occasion. J'étais client assidu de deux bouquinistes. René Blech était communiste ; il allait devenir mon « patron » dans la Résistance. M. Mombre était maurrassien; il allait se suicider sous l'Occupation, désespéré d'être contraint de vendre « Autant en emporte le vent » au prix du beurre au marché noir et de ne plus trouver les « bons livres », de Bainville aux surréalistes.
Lamentables Duraton
J'ai perdu, depuis, l'illusion que la culture soit ce domaine préservé où la vérité des sentiments et la force de leur expression font se retrouver les hommes au-delà des idéologies. Ou plutôt : ils s'y retrouvent, en effet, pour souvent se séparer et se déchirer aussitôt. Ezra Pound fut un prodigieux « homme de culture » et un antisémite délirant. Robert Brasillach a traduit les poètes grecs comme personne et Lucien Rebatet a « senti » Mozart ou Corot très finement. La « culture » et l'« idéologie » entretiennent souvent les mêmes rapports que le docteur Jekyll et Mr. Hyde. Il y eut des S.S. et des déportés qui aimaient également Bach ou Goethe.
Dans le programme du rassemblement populaire de 1936, il est peu question de culture. Mais la semaine de quarante heures, les congés payés ou la politique des loisirs, c'est mieux qu'un programme « culturel » c'en est la condition première. Car, pour se limiter à la « lecture », en 1936, il y a d'abord, surtout (comme maintenant), ceux qui ne lisent pas du tout. Possesseurs précaires d'une culture archaïque et qui va déjà s'effaçant, dans les campagnes. Ou dépossédés de toute « culture », livrés à Radio-Cité, au Poste parisien, etc. Lamentables familles Duraton, qui écoutent à la T.S.F. « la Famille Duraton ». Une véritable « culture populaire » est encore un combat d'avant-garde.
Il y a ensuite les livres que beaucoup lisent. Les romans à 50 centimes des éditions Tallandier, les « Delly », les policiers qui ne sont pas encore noirs mais jaunes : Agatha Christie règne sur la collection « le Masque » les auteurs de policiers français (Pierre Véry), les pionniers de la science-fiction dont Jacques Spitz est le plus brillant. Il invente « l'homme élastique », dont la taille varie grâce à une invention des biologistes : en Allemagne, la taille des Aryens est fixée en secret à 2,20 m, celle des juifs à 1,40 m; en U.R.S.S., les membres du Parti auront le droit de mesurer 2 mètres et les koulaks 1,50 m. Le Français moyen aura droit à 1,70 m, etc.
La bourgeoisie achète rituellement les prix littéraires. Le Goncourt est l'ornement mobilier de l'intérieur du Français moyen, celui que décrit François Mauriac dans une de ses chroniques du « Figaro » de 1936 : « L'électeur équilibré dont le postérieur adhère au rond de cuir mais dont le ventre en proue regarde l'avenir. » A la fin de 1935, ce n'est donc ni l'admirable « Sang noir », de Louis Guilloux, ni le « Marchand d'oiseaux », de Robert Brasillach, ni la « Zone verte », d'Eugène Dabit, ni Henri Calet, ni Paul Nizan qui auront été couronnés, mais François de Roux, Joseph Peyré et Claude Silve. A la fin de 1936, une heureuse surprise : Aragon reçoit le Renaudot avec « les Beaux Quartiers ». Céline n'a aucun prix pour « Mort à crédit ». Et le Goncourt va, bien sûr, au roman le plus gris de l'année, « l'Empreinte du Dieu », de Maxence Van der Meersch.
Il y a évidemment les livres que très peu de gens lisent sur le moment — et que beaucoup liront pendant des années. La meilleure évocation de l'Europe de 1936 est un de ces livres « sans bruit » : « le Voyage en Grande Garabagne », d'Henri Michaux. Les mœurs des Hacs, des Emanglons, des Gauss, des Nonais et des Oliabaires, telles qu'il les décrit, sont restées d'une redoutable actualité... En 1936 paraissent aussi, sans tumulte ni presse, « Sueur de sang », de Pierre Jean Jouve, et [53] « Peau d'ange », de Catherine Pozzi, sans parler des plaquettes de poèmes à tirage très, très limité : « les Yeux fertiles », d'Eluard, « Hélène », de Jouve...
Il y a les livres qui n'ont pas eu de prix, qui ne sont pas « populaires » mais qui auront de grands succès : les deux Jules Romains** et les deux Mauriac de l'année (dont « la Vie de Jésus »***), le « Journal d'un curé de campagne » de Bernanos, « les Jeunes Filles », de Montherlant, « Mort à crédit » de Céline.
Claude Roy : que lit-on en 1936 ?
Le voyage de Gide
Les portes de la guerre grincent durement sous la poussée de ceux qui sont derrière ses battants encore clos et Grasset édite, avec le même succès que Jouvet sur scène, « La guerre de Troie n'aura pas lieu ». Et quand « Marianne » publie en feuilleton la fin des « Thibault », « l'Eté 1914 », de Roger Martin du Gard, ce roman « historique » devient un livre à l'ordre (ou au désordre) du jour, et un best seller avant la lettre.
Il y a enfin les livres qu'on lit souvent sans parvenir à les croire tout à fait : « Mein Kampf », par exemple. Tout y est annoncé, précisé : la politique extérieure, les chiffons de papier grignotés comme l'artichaut, feuille par feuille, la solution finale du problème juif, la guerre. Mais le projet nazi, exposé en clair et en détail, demeure pour la plupart des lecteurs et des hommes d'Etat aussi invisible que la lettre volée de Poe, posée bien en évidence sur la table. C'est tellement énorme que cela paraît invraisemblable. Invraisemblables aussi des livres comme le « Staline » que Boris Souvarine publie alors. Etiemble, qui faisait encore un certain crédit critique au communisme soviétique, trouve le livre « d'une telle partialité » qu'on serait tenté « d'éprouver pour Staline de l'indulgence ». Quand Victor Serge, que la pression de quelques intellectuels français, dont Gide, a fait sortir d'U.R.S.S., publie « Destin d'une révolution », la critique anonyme de « la N.R.F. » écarte en deux lignes son témoignage : « Staline en sort inhumain mais invraisemblable. »
C'est pourtant en août 1936 que va s'ouvrir à Moscou le procès du Centre terroriste trotskiste-zinovieviste. Que lit-on, notamment, en août 1936? Le réquisitoire de Vychinski : « J'exige que ces chiens enragés soient fusillés tous, sans exception. » La droite française exulte, comme le constate Jean Rabaut, « de voir Staline revenir aux valeurs nationales et éliminer les révolutionnaires russes les plus virulents ». « L'Humanité » approuve. « Le Populaire » se borne, embarrassé, à reproduire les protestations de la IIe Internationale. L'extrême-gauche seule, Victor Serge, au premier rang, et les surréalistes parlent net — non sans difficulté. André Breton raconte dans ses « Entretiens » que même ses amis trotskistes français semblaient réticents. « En septembre 1936, dit-il, au meeting « la Vérité sur le procès de Moscou », je ne dus de pouvoir exprimer mon sentiment et celui de mes amis qu'à l'intercession de Victor Serge, qui venait tout juste d'échapper aux geôles de Russie. »
C'est trois mois auparavant, en juin 1936, qu'André Gide est parti pour l'U.R.S.S. En compagnie de Louis Guilloux, de Pierre Herbart, d'Eugène Dabit et de Jef Last. Le voyage s'annonce comme l'apothéose de Diderot accueilli par la Grande Catherine, comme le couronnement d'un Voltaire converti au bolchevisme, sur la place Rouge en liesse. La vieille droite se déchaîne, la jeune droite se récrie, la vieille gauche se réjouit. La gauche toute seule, des trotskistes aux « anars », se gausse, par la voix « mal élevée » de Benjamin Péret:
Monsieur le camarade Gideentre cul et chemise chante la jeune garde communiste,un peu, beaucoup, passionnémentpas du toutrépondent les couilles de l'enfant de cœur qu'il épile.****
Un autre voyageur est parti pour Moscou en juillet 1936. On vient d'y publier la traduction de son premier livre, « Voyage au bout de la nuit ». Il déclarait avant son départ « Le socialisme est une question de qualité d'âme, on vient au monde socialiste, on ne le devient pas. » Céline, au retour d'U.R.S.S., publie un « Mea culpa » qui va le faire glisser assez loin. Mais pour l'heure il se limite à conclure : « Trois choses marchent bien chez les Soviets : armée, police, propagande. » Pendantqu'il s'éloigne, Montherlant se rapproche : « Le communisme est vérité pour les moins de vingt-cinq ans, qui le vivront. »
Pendant que Montherlant se rapproche, Brice Parain prend congé. Il publie en 1936 « Retour à la France » : « Le bolchevisme a abouti à l'industrialisation par l'Etat, ce qui vient après le capitalisme dans l'ordre historique, comme le pneumothorax vient après le premier crachement de sang dans l'ordre de la tuberculose. » Jean Guéhenno, qui anime l'un des deux grands hebdomadaires de gauche, « Vendredi » (l'autre est « Marianne »), gêne ses alliés communistes en écrivant que « la méthode d'action qui valait pour la Russie des tsars, ce vaste empire misérable et ignorant, administré par des imbéciles et des policiers, ne saurait valoir pour la France ». Mais Maurice Thorez ne semble pas au fond d'un autre avis, qui déclare à la même époque : « Ce n'est ni à Rome, ni à Berlin, ni même à Moscou [...] que se déterminera le destin de notre peuple : c'est à Paris.» Il s'apercevra, on s'apercevra, que c'est plus facile à dire qu'a faire.
Un socialisme tricolore
J'ai décrit dans « Moi je » la polka des chaises des « générations coincées ». 1936, c'est l'année où Bernanos, qui vient de quitter « l'Action française », est aux Baléares et où ce qu'il voit, au moment du débarquement franquiste, va lui faire pousser le cri des « Grands Cimetières sous la lune ». Drieu La Rochelle, qui écrivait hier : « Le prestige qui m'a gagné au communisme, c'est quelque chose qui défie la mort », a trouvé en Doriot l'incarnation de son « socialisme fasciste ». Paul Nizan, qui, après un très très court séjour à « l'Action française », est venu au « Faisceau » de Georges Valois et de là au communisme, publie en 1936 « le Cheval de Troie ». « Qu'est-ce que tu veux faire ? », demande un personnage du roman. Un autre, Bloyé, lui répond : « Changer le monde. » Nizan mourra désespéré, dans un monde qui n'a changé que par le pire. Albert Camus est encore en 1936 (pour un an) au parti communiste. André Gide, que Maurras a séduit autrefois, écrit maintenant : « Je vois dans l'établissement de [54]la société soviétique une illimitée promesse d'avenir. »
Un socialisme qui ne serait pas « soviétique sans-soviets », un socialisme national qui tiendrait tête au national-socialisme, un communisme qui serait fort mais non dictatorial, c'était la quadrature du cercle que tous cherchaient à résoudre sous un arc-en-ciel idéologique qui s'étendait du « socialisme fasciste » de Drieu à « l'Ordre nouveau » de Robert Aron ou au « Pamphlet » de Jean Prévost, en passant par mille nuances saugrenues ou ingénieuses. Cinq ans plus tard, le coup de pied de l'histoire dans la fourmilière précipitait les uns dans la collaboration ou à Vichy, les autres à Londres ou dans la Résistance. Ils avaient tous gardé des années 1930 un mot : révolution. Mais avec des adjectifs différents : révolution européenne, personnaliste, nationale, socialiste... Dans le brûlot éphémère de 1936 plein de feu, de pétards et de fumées que dirigeaient Maurice Blanchot et Thierry Maulnier, et qui se voulait, sous le titre de « l'Insurgé » (pardon à Jules Vallès), si révolutionnaire de droite qu'à l'extrémité de la gauche, j'ai retrouvé un texte collectif qui proclamait la volonté de bâtir « un socialisme aux trois couleurs ».
Un mince livre « scandaleux »
La « pensée politique » des années 1930 en fait voir en effet de toutes les couleurs à l'historien des idées... Un exemple entre cent quand, au début de 1937, Alphonse de Chateaubriant publie son hymne à l'Allemagne nazie, « la Gerbe des forces », une partie de la presse et de revues de la gauche « non conformiste » loue beaucoup le « pacifisme » de l'auteur, tandis que Robert Brasillach attaque ce livre où il voit « l'auteur s'agenouiller, de page en page, avec un respect religieux, devant tout ce que représentent l'Allemagne et l'hitlérisme. J'ai rarement assisté à un spectacle aussi effarant. »
Mais en 1935 et 1936, dans les discussions intestines du groupe ultra-gauche Contre-attaque,Georges Bataille se déclarait « persuadé de la perversité intrinsèque du fascisme » mais constatait « sa supériorité, dans le courant politique et historique, sur un mouvement ouvrier dévoué et sur une démocratie libérale corrompue ». C'est l'époque où Ezra Pound déclare le racisme « l'instrument de l'homme intellectuellement vaincu et du politicien de bas étage », quatre ans avant de commencer ses émissions antisémites à la radio italienne.
Mais aucun virage ne fut sans doute plus brusque que celui de Gide entre « les Nouvelles Nourritures », le discours de juin 1935 où il proclame l'U.R.S.S. « exemplaire », et le « Retour de l'U.R.S.S. », publié en novembre 1936. Le livre provoque un tumulte qui ne s'est pas éteint depuis. On ne le relit pas sans surprise ni admiration : tout est déjà dit de ce qui va être redit pendant quarante ans. La presse communiste s'indigne. La presse conservatrice se réjouit. Au milieu de la médiocrité et parfois la bassesse, des commentaires qu'inspire ce mince livre scandaleux, le compte [55] rendu de Benjamin Crémieux dans «la N.R.F. » est remarquable. Il est tenté de suspendre provisoirement certaines des critiques de Gide : le conformisme absolu, la pression policière, l'existence de castes privilégiées, la persistance d'une masse très pauvre ne sont-ils pas imputables à l'héritage russe, à « l'état de siège » endémique ? Les critiques concernant la dictature et le conformisme, demande Benjamin Crémieux (lui-même grand libéral socialisant), ne viennent-elles pas d'un « libéral impénitent et petit-bourgeois ?
« Pourquoi désespères-tu ? »
Mais l'essentiel de l'analyse de Benjamin Crémieux saisit, quand on la relit aujourd'hui, comme saisissent d'un froid incoercible ces moments où l'histoire de la pensée apparaît comme une immobile répétition, un éternel retour éternellement piétinant. Ce qu'on lisait en 1936, c'est ce qu'on a lu en 1946, en 1956, en 1976. Ce qui fut dit et redit. Etait-ce en vain ? Sera-ce toujours en vain ? Que lisait-on en décembre 1936 ? Par exemple, la conclusion tranquille de l'essai de Crémieux : « Vouloir donner à la France la Russie (fût-elle communiste et fût-on marxiste) pour modèle, c'est vouloir donner une barbarie (aussi pleine d'avenir et de promesses de civilisation qu'on voudra) en modèle à des civilisés. Une minorité agissante a imposé le bolchevisme à la Russie. [...] Une révolution minoritaire est inconcevable en France. [...] Le communisme à la moscovite, que Gide dénonce, le monde n'en veut pas plus que du fascisme auquel il ressemble comme un frère. Et le monde attend de la France qu'elle en absorbe les éléments vivants et les intègre à un régime de paix, de liberté et de joie. Lénine pensait avec raison que la révolution russe devait être un exemple, non un modèle pour l'Occident. »
Peu d'années après avoir lu « Retour de l'U.R.S.S. » et le compte rendu de Crémieux, j'entrai, sous l'Occupation, au parti communiste. J'y rejoignais le fils de Benjamin, Francis. Treize ans après, j'en suis sorti. Francis Crémieux y est resté. Je l'entends d'ici me dire : « Pourquoi désespères-tu ? Mon Parti, aujourd'hui, quarante ans après, parle enfin le langage de mon père en 1936. Et dans la Résistance, ce n'est pas un « modèle soviétique » que nous rêvions d'imiter mais un socialisme « aux couleurs de la France » que nous espérions préparer. » Oui mais c'est aussi en 1936 que Jean Grenier publia « l'Age des orthodoxies ». « Cette année, écrivait-il, tous les intellectuels sont encadrés dans des partis, des syndicats, portent des chemises de la même couleur, lèvent le bras ou tendent le poing. [...] Ce qui est urgent, ce n'est plus de se faire une foi, c'est d'adhérer à un parti cela ne va pas sans déchirements. Un parti est un mécanisme qui a besoin de mécaniciens. » Le dilemme reste posé en 1976 comme en 1936 : si, « spontanément », comme le dit Lénine, la classe ouvrière n'est jamais que trade-unioniste, « mécaniquement », les mécaniques ont toujours tendance à mécaniser les hommes, à les laminer ou à les broyer.CLAUDE ROY
  1. « Cahiers de la Petite Dame », tome III, Gallimard.

__________________________* Les nombres entre crochets indiquent la pagination dans la revue.** Recours à l'abime et Les Créateurs, les deux volumes du cycle Les Hommes de bonne volonté parus en 1936.*** En plus de l'essai cité par Roy, Mauriac fait publier le roman Les Anges noirs le 31 décembre 1936 aux éditions Grasset.**** Ce poème de Benjamin Péret intitulé « La conversion de Gide » est paru dans la revue Le surréalisme au service de la révolution, n°5, 1933. Il a été repris en 1936 dans le recueil Je ne mange pas de ce pain-là, paru aux Editions Surréalistes et tiré à 250 ex. Le voici en intégralité :
Monsieur le camarade Gideentre cul et chemise chante la Jeune Gardeet se dit qu’il est temps d’exhiber son ventre comme undrapeau rougeCommunisteUn peu beaucoup passionnémentpas du toutrépondent les couilles de l’enfant de CŒUR qu’il épileTel une tomate agitée par le ventMonsieur le camarade Gide fait un foutu drapeau rougedont aucune salade ne voudraitun drapeau rouge qui cache une croixtrempée dans le vitriolet bien française comme pas un chien de conciergequi se mord la queue en entendant hoqueter la Marseillaisequi fait accoucherMonsieur le camarade GideOui Monsieur le camarade GideLa faucille et le marteau vous les aurezla faucille dans le ventreet le marteau vous le mangerez

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