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Les Burgondes, la Gaule et L'Europe

Par Amaury Piedfer

Un moment en général peu connu de l’histoire de la Gaule, l’Antiquité tardive, une période traditionnellement associée aux « grandes invasions », vient de bénéficier de l'éclairage d'une nouvelle publication passionnante. Le livre de la Suissesse Katalin Escher, à travers une étude pointue de l’histoire et de l’archéologie des Burgondes, offre une vision à la fois érudite et nuancée de cette phase capitale de la constitution de notre civilisation.
Les Burgondes sont un peuple germanique ancien, originaire des abords de l’actuelle Vistule, dont le nom doit peut-être quelque chose à l’île aujourd’hui danoise de Bornholm, soit qu’il y ait séjourné, soit qu’une fraction y ait eu son berceau. Ils ont laissé leur nom à l’une des grandes provinces historique de la Gaule, la Bourgogne, aujourd’hui sur l’ancien pays éduen ; les royaumes burgondes successifs s’étendaient cependant jusqu’au Dauphiné et à la Savoie (antique Sapaudia) actuels et à la Suisse.
Leur Histoire commence au début de notre ère, puisque Pline l’Ancien
[1] les mentionne parmi les Germains de la Vistule, au temps de l’empereur Vespasien (69-79 ap. J.-C.) : ils se seraient alors rattachés au groupe générique des Vandales. Ils sont mieux connus à partir du IVème siècle, quand il nouent des liens réguliers et officiels avec Rome. On distingue deux phases principale dans leur histoire.

Un premier royaume (370-436), dont le berceau se situe dans la région du Main, en conflit régulier avec les puissants Alamans, bénéficie d’une alliance avec Rome, une alliance si étroite que des légendes naquirent sur une prétendue parenté des Romains et des Burgondes. Cette alliance leur permet d’obtenir un royaume étendu jusqu’au rives du Rhin. Vers 413, le roi Gundahar (Gunther) obtient un traité avec Rome, qui lui confie le commandement d’une armée fédérée sur la rive gauche du Rhin, en territoire romain. C’est alors qu’ils se convertirent au christianisme, religion officielle de l’empire romain depuis 380 (édit de Théodose). Ce royaume fut au cœur des luttes titanesques qui opposèrent les envahisseurs huns à Rome et à ses alliés germaniques : après avoir une première fois repoussé les Huns en 428 ou 429, le royaume burgonde est détruit. Cet épisode, dont les détails restent obscurs, laisse des traces remarquables dans la littérature épique européenne, dans le domaine germanique : La chanson des Nibelungen, mise par écrit au XIIème siècle, l’Edda poétique et l’Edda en prose de Snorri Sturluson (XIIème siècle), la Thidrekssaga (cycle de Thidrekr / Dietrich), nous rapportent les échos déformés de ces événements extraordinaires, dont le héros Siegfried / Sigurdr est la figure centrale.

Siegfried, le Sigurdr des Scandinaves, le vainqueur du dragon Fafnir, un héros dont la réalité historique plonge ses racines dans l'histoire des Burgondes. L'Or du Rhin de la légende, trésor de Fafnir, ne serait autre que le trésor royal du premier royaume burgonde, dispersé dans le Rhin au moment de la débâcle face aux Huns.


Le deuxième royaume (443-534) est mieux connu, de sa fondation jusqu’à son intégration dans le royaume des Francs. L’origine en serait l’installation des survivants du désastre de 436 par Aetius, afin de défendre l’Empire contre les Francs et les Alamans. Combien étaient alors ces Burgondes ? Selon les estimations les plus admises, entre 25 000 et 50 000 personnes au plus ; de quoi relativiser la notion de « Grandes invasions » ! Beaucoup parmi eux sont des hommes de condition basse ou modeste, paysans et artisans sans expérience militaire particulière. En 451, les aristocrates burgondes et leurs troupes rejoignent le Romain Aetius à Orléans, comme tous les peuples fédérés, pour combattre l’invasion hunnique, menée cette fois par Attila. L’Europe est sauvée de ce premier grand péril asiatique. Le royaume se renforce alors au fil des ans, et parvient à nouer une alliance durable avec le royaume franc voisin, que renforce le mariage de Clotilde, nièce du roi Gondebaud, avec le roi des Francs Clovis, dans les années 490. Clotilde la catholique convertit l’arien Clovis : encore un fois le royaume burgonde joue un rôle fondamental dans la fondation de la France. Après la mort du roi Sigismond en 523, le royaume burgonde s’affaiblit lentement, avant d’être conquis par les Francs Childebert et Clotaire, fils de Clovis, en 534 ; ces Francs avaient pourtant le sang burgonde de Clotilde dans les veines et le royaume avait déjà développé une « forte identité régionale » (K. Escher), jamais éteinte.
L’archéologie révèle la culture matérielle et les modes de vie de ces Germains devenus Gaulois, avec cependant d’épineux problèmes d’interprétation et de localisation : riches armements, parures féminines, habitudes alimentaires. Civilisation gallo-romaine pas détruite, mais au contraire soutenue par ces nouveaux venus, qui vivaient au contact de la Gaule romaine depuis des siècles, depuis longtemps familiers de la civilisation romaine et héritiers du même fond indo-européen.
..Amaury Piedfer...[1] Pline, Histoire Naturelle, IV, 99.
..
- K. Escher, Les Burgondes, Ier – VIe siècles ap. J.-C., Editions Errance, Paris, 2006.
- K. Escher, Les Burgondes, L’Archéologue, n° 84, juin 2006 – juillet 2006, p. 30-35.

Le général romain Aetius, aux côtés duquel combatirent les Burgondes en 451. La coalition Gallo-germanique repoussa définitivement les Huns hors d'Europe.


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