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Con comme un pigeon qu'aurait dû tomber du nid ( Baudelaire - 2ème jour)

Par Absolut'lit @absolute_lit

832345_38725813.jpg"- Mais tu comprends rien ! T'es vraiment trop con Simon, t'es vraiment trop con ! Tu crois vraiment qu'j'irai mieux après une bonne bière ? Tu crois vraiment que le houblon va tout effacer, comme ça par magie ? Qu'après avoir picolé j'trouverai normal de rentrer dans une maison vide, sans odeur de cuisine, sans la voix de Janis ou d'Aretha, de crier « ton rêve est exaucé jeune femme, je suis rentré » aux murs qui me renverront mon rêve dans la gueule, un rêve froid comme l'acier ? Oui, Simon, évidemment, Simon, une bière et ça repart comme hier ! Eh ben c'est exactement ça Simon, comme hier. La même absence, le même vide, le même silence, chaque matin, chaque soir. Comme hier. Mais ça tu peux pas comprendre Simon. T'auras quelqu'un à qui parler en rentrant, toi, même si elle..."


Certes, Simon ne pouvait pas comprendre ce qu'endurait Alphonse, la perte de l'être aimé, le vide, le silence, la solitude...Sa femme était toujours là. Du moins elle était toujours en vie. Pleinement vivante.
Et, oui, Alphonse n'avait pas tort, Simon manquait pas mal de discernement..

Mais y a des choses qu'il comprenait : le trou dans le cœur, l'angoisse, le chagrin, l'envie de mourir, aussi, depuis peu.. et ça, Alphonse, s'il l'avait su, il aurait peut-être pas parlé comme ça. Quoique. La douleur, si elle veut, elle peut vous faire cracher des horreurs.. et transformer votre ami en bouc-émissaire. Ça, au moins, Simon, il sait faire :

Tous ceux qu'il veut aimer l'observent avec crainte,
Ou bien, s'enhardissant de sa tranquillité,
Cherchent à qui saura lui tirer une plainte,
Et font sur lui l'essai de leur férocité.

Dans le pain et le vin destinés à sa bouche
Ils mêlent de la cendre avec d'impurs crachats ;
Avec hypocrisie ils jettent ce qu'il touche,
Et s'accusent d'avoir mis leurs pieds dans ses pas.

Sa femme va criant sur les places publiques :
" Puisqu'il me trouve assez belle pour m'adorer,
Je ferai le métier des idoles antiques,
Et comme elles je veux me faire redorer ;

Et je me soûlerai de nard, d'encens, de myrrhe,
De génuflexions, de viandes et de vins,
Pour savoir si je puis dans un cœur qui m'admire
Usurper en riant les hommages divins !

Et, quand je m'ennuierai de ces farces impies,
Je poserai sur lui ma frêle et forte main ;
Et mes ongles, pareils aux ongles des harpies,
Sauront jusqu'à son cœur se frayer un chemin.

Comme un tout jeune oiseau qui tremble et qui palpite,
J'arracherai ce cœur tout rouge de son sein,
Et, pour rassasier ma bête favorite,
Je le lui jetterai par terre avec dédain ! "
*

Sa mère l'avait prévenu, lui avait dit qu'ça s'rait toujours un perdant, un dominé, qu'il aurait dû tomber du nid, ça lui aurait évité bien des tracassements, Il a pas voulu la contrarier, il s'est fait comme elle a dit.

Donc, Alphonse, s'il avait su, s'il avait pu, n'aurait pas fini sa phrase :

"T'auras quelqu'un à qui parler en rentrant, toi, même si elle...même si elle s'en fout d'ta vie !"

(* : extraits de Bénédiction)


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