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Une classe politique vraiment pas classe

Publié le 07 avril 2013 par H16

Ce samedi, François Hollande est allé se ressourcer à Tulle. Il en avait besoin, tout secoué qu’il avait été par une affaire Cahuzac qui se rapproche dangereusement de lui. Il ne devait pas renouer le contact avec « les Français », mais « ça lui aurait coûté ». Alors, il est allé caresser le poil un peu ras du moutontribuable local.

Et manque de chance, lors de cette visite en territoire pourtant conquis, un Français n’a pas hésité à lancer au Président qui se ressourçait un petit « faudrait pas oublier d’être de gauche, Monsieur » qui résume à lui seul à quel point le locataire de l’Élysée n’est plus du tout connecté au peuple qu’il prétend diriger. En effet, s’il est bien acquis que ceux qui n’ont pas voté pour lui ne sont certainement pas contents de son (in)action présente, tout montre qu’il a aussi rapidement perdu le soutien de ceux qui l’avaient clairement désigné comme président (par dépit ou par envie, peu importe).

En dix mois, François Hollande a réussi à se faire détester aussi bien de ses amis que de ses ennemis, à plonger le Parti Socialiste dans la consternation en lui conservant son hébétude routinière, et à mettre une panique mémorable tant chez ses députés que ses sénateurs et son gouvernement. En effet, si le pauvret n’est pas directement responsable des agissements de Cahuzac qui l’auront poussé à partir de Bercy avec le fracas qu’on connaît, les réactions présidentielles à la suite de cette affaire sont d’une mollesse sans précédent, mollesse et inadéquation patente avec la gravité de la situation qui provoquent (presque paradoxalement) une onde de choc mémorable sur toute la gauche française.

poufmag, avec Audrey Pulvar en couverture
Il n’est qu’à lire les réactions d’une Audrey Pulvar dont l’aspect pathétique s’ajoute au ridicule général et dans lesquelles on peut à la fois lire la panique d’une perte brutale de repère et le bon gros mensonge moraliné qui distingue les bobos socialoïdes du simple cuistre lambda ; ainsi, on apprend que la journaliste a bien été opérée de la honte très tôt puisqu’elle prétend avoir été en 1981 sur la place de la Bastille, à 9 ans donc, alors qu’elle habitait alors en Martinique, à 7000 km de là. L’insupportable parangon de journalisme people/engagé imagine et tente de nous faire croire au réveil de sa conscience politique au début d’une ère Mitterrand dont tout le monde se souvient qu’elle s’acheva deux ans plus tard par une déroute économique complète et dont personne ne peut maintenant se réclamer sans passer immédiatement pour un clown has-been.

J’avais déjà évoqué cette « onde de choc Cahuzac » en notant le lourd passé (judiciaire, notamment) des petits Père-La-Morale qui entendaient distribuer leurs bons et mauvais points aux exilés fiscaux puis au ministre déchu et je n’avais pu m’empêcher de remarquer qu’au milieu des sanglots théâtraux d’un Filoche en pleine crise de lyrisme en carton, on trouvait le brave Harlem Désir, courroucé sur commande, qui n’avait pu s’empêcher d’éjecter l’impétrant d’un Parti si bien rempli de belles âmes. On aurait pu s’en tenir là.

Las, comme disait le regretté Audiard, les cons osent tout et c’est à ça qu’on les reconnaît. Harlem Désir persiste donc et, comme Audrey Pulvar qui barbouille les ondes des conscientisations citoyennes imaginaires d’une enfant de 9 ans, il prend vigoureusement la parole pour réclamer un référendum dont le sujet serait, on en reste coi, « sur la moralisation de la vie politique ».

Sacré Jean-Philou. Outre le vague bien gluant du sujet, que ne précisent guère les quelques propositions de référendums concrets qu’il préconise (« non-cumul des mandats », « contrôle du patrimoine des élus »), on voit bien, mon brave Jean-Philou, que ta proposition ne fait que camoufler le désarroi qui s’est emparé de tout ton Parti, écrasé entre l’hypocrisie débordante de ses dirigeants et la morale outragée de sa base. Un référendum sur le non-cumul ? Allons. Tu sais très bien qu’il n’aura jamais lieu, précisément parce que tous les Français (à part les 7500 élus les plus concernés) sont pour. Un référendum sur le patrimoine des élus ? La bonne blague, venant d’un condamné pour emplois fictifs ! La grosse plaisanterie, venant d’un parti qui accumule casseroles sur casseroles ! La super-vanne pourrie, venant de l’un de ces politiciens, de droite ou de gauche, qui ont toujours pratiqué la bidouille, la magouille, le trafic d’influences, les détournements de fonds publics et les échanges discrets de mallettes garnies ! Là encore, tu sais fort bien qu’un tel référendum ne sera jamais mis en place parce que tous les Français (sauf les gars comme toi) n’attendent que ça !

Désir de référendum

C’est d’ailleurs particulièrement hypocrite de ta part, Jean-Philou, de demander des référendums dont tu connais déjà le résultat (massivement positif) alors que sur les questions qui clivent vraiment les Français (le mariage homosexuel, par exemple), les gens comme toi se battent de toutes leurs forces pour qu’ils n’aient pas lieu ! Tiens, par exemple, mon brave Tramway Harlem, pourquoi ne demandes-tu pas plutôt un bon gros remaniement ministériel bien courageux, bien solide, bien net pour virer les mous, les incompétents, et les corrompus de l’actuel gouvernement ? Là, tu serais en phase avec plus de 60% des Français, dis donc ! Ça te changerait, en plus !

Mais comme je le disais plus haut, une telle démarche, de ta part, ou de celle de Pulvar ou ses semblables, ce serait simplement un nouveau choc ajouté à celui qui vient paralyser toute la classe politique du pays. D’ailleurs, le traumatisme est si fort qu’on en vient à lire des morceaux d’anthologie dans les feuilles de choux : elles tentent de fournir des onguents intellectuels pour les bleus et contusions qu’une telle affaire entraîne chez l’électorat qui les lisent habituellement. Et l’analyse est à la hauteur habituelle d’un Libération à bout de souffle (et de subventions) : si Cahuzac a tant pêché, c’est parce qu’il « est le symptôme de l’idéologie libérale dans laquelle nous vivons aujourd’hui ».

Venant d’un politologue du centre de recherche de Science-Po, on comprend qu’une telle tirade indique à la fois l’effarement qui s’empare des « élites », et le niveau abyssal dans lequel leur inculture les maintient ; pour lui, si Cahuzac a fraudé, c’est parce qu’il était avant dans le privé. Et le privé, c’est le libéralisme, bien sûr, avec sa cohorte de plaies, d’enfants malades et de chatons énucléés. Point d’autre explication ne sera nécessaire : Cahuzac, ci-devant socialiste adulé, est maintenant un cancrelat libéral estampillé par les plus hautes instances de recherche en politologie-politique de politicarderie politicienne !

Les crises sont, dit-on, d’excellents révélateurs : elles permettent de distinguer ceux qui courent dans tous les sens en criant stérilement de ceux qui font preuve d’à-propos, qui ont l’esprit vif, qui comprennent la situation d’un coup d’œil rapide et mettent en place des solutions pragmatiques et viables pour surmonter les moments difficiles. Ce que toute cette affaire démontre de façon éclatante est que la France est à présent gouvernée par une bande d’andouilles paralysées, une brochette de lapins nocturnes et hébétés dans les phares d’une voiture puissante qui leur arrive droit dessus.

On a, depuis longtemps, dépassé le stade d’un besoin de bricolage, et même le gros-œuvre semble trop léger pour rattraper la chose. Le pédalo n’est plus suffisant. Nous allons avoir besoin d’un plus gros bateau.

we're gonna need a bigger boat


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