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Dossier : La zone transatlantique et les dessous du lobbying européen

Publié le 09 février 2013 par Flo75 @francislandry7
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Les dirigeants européens à la Commission européenne
Photo: DR

A l’heure où un vent de protectionnisme britannique souffle sur l’Europe, Bruxelles se sent pousser des ailes vers l’Amérique. Depuis quelques années déjà, la Commission européenne travaille sur la construction d’une vaste zone de libre échange économique sans contraintes entre l’Union européenne et les États-Unis, voire l’ALÉNA.

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Vieux rêve devenu réalité

Lors de la visite du vice-président américain à Berlin, Joe Bidden, la chancelière allemande Angela Merkel a rappelé son enthousiasme à ce projet qui la fascine : « Il y a des signaux positifs. Je suis très reconnaissante envers le président Barack Obama d’avoir mis, lui aussi [comme George W. Bush], ce sujet à son ordre du jour ». L’idée datant des années 90 se cristallise par la signature d’une charte, le 30 avril 2007, visant à mettre en place l’intégration économique transatlantique entre les deux blocs, par le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, le président américain George W. Bush et la chancelière Angela Merkel au nom du Conseil européen. Par cet accord en découle la création d’un conseil économique transatlantique chargé de préparer le terrain, coprésidé par Michael Froman, conseiller de Barack Obama, et le très libéral commissaire européen au Commerce, Karel de Gucht.

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Approfondir les liens économiques

Le but est « d’approfondir » les relations économiques des deux rives de l’atlantique pour remédier à la crise, ce qui profitera « aux citoyens de nos pays et à la compétitivité de nos économies ». Selon Marina Niforos, directrice de l’American Chamber of commerce, ce projet peut rapporter « un gain de PIB combiné de 180 milliards d’euros en cinq ans. C’est très important pour la France en particulier, qui est la première destination des IDE (investissements directs à l’étranger) américains« . Paris s’est laissé séduire, sous la pression de Bruxelles et Berlin, à tel point que la ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq ait lancé le 29 janvier dernier, une concertation publique d’un mois auprès des entreprises françaises sur cet accord de libre-échange entre l’UE et les États-Unis. Pour la ministre, « un tel accord transatlantique serait particulièrement ambitieux (…) A eux deux, l’UE et les États-Unis représentent 40% du PIB mondial, 25% des exportations et 32% des importations. »

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Les lobbyistes à la manœuvre

L’objectif des partisans du libre échange est la levée de tous dispositifs protectionnistes afin de  fluidifier les échanges entre les deux blocs occidentaux : barrières douanières, restrictions d’accès aux marchés publics, indications géographiques, droits de propriété, quotas, etc. Comme le confirme Karel de Gucht : « je crois que l’Europe et les États-Unis doivent rebâtir leur relation économique par une initiative commerciale bilatérale globale. (…) [On] doit aborder toutes les questions pertinentes ». C’est le travail d’un nouvel organe qu’il copréside appelé « High Level Working Group on Jobs and Growth« , introduit par le président américain Barack Obama et les dirigeants européens, le 28 novembre 2011, pour trouver les moyens permettant la mise en œuvre du marché commun. Challenges indique que c’est une idée martelée par la multitude de lobbys implantés à Bruxelles et à Washington au service de multinationales, comme « le Centre for European strategy, le think tank New Direction (parrainé par Margaret Thatcher) ou le Center for transatlantic relations ».

Carte des lobbys dans Bruxelles centre.

Carte des lobbys dans Bruxelles centre.

Guide du monde caché des lobbyings d’entreprises à Bruxelles

Bloc occidental

Aux raisons économiques en faveur d’un marché commun se greffent des motivations diplomatiques clairement affichées. En particulier, ne pas se laisser envahir par la puissance des BRICS (Brasil, Russia, India, China, South africa) aux économies protectionnistes : « Ce n’est pas le moment de battre en retraite pour les amis du libre-échange – oserais-je dire, pour les amis de l’humanité. C’est l’heure de montrer au reste du monde combien la richesse peut provenir de l’approfondissement des relations économiques et commerciales entre les nations », déclare l’économiste Pedro Schwartz, du think tank New Direction. Toutefois, il se peut que le vrai bénéficiaire de cette zone transatlantique en Europe soit l’Allemagne, maillon fort de l’Union. Les produits allemands s’exportent bien, et la France en perte de compétitivité risque d’avoir le réveil lourd si des solutions innovantes ne sont pas trouvées face à la concurrence. Le pays subit une désindustrialisation massive avec 1087 usines fermées entre 2009 et 2012, et la tendance ne semble pas s’inverser pour 2013.

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Les dessous du lobbying européen

Bruxelles est la 2e capitale du lobbying au monde après Washington. Comme toutes les décisions prises à Bruxelles, la zone transatlantique n’échappe pas aux réseaux d’influences des lobbys financiers et industriels. Autour des institutions européennes, on compte plus de 2 500 sociétés de lobbying employant près de 15 000 lobbyistes au service des firmes multinationales. Ces groupes de pression qui ont parfaitement compris le système législatif et décisionnaire complexe de l’Union européenne, manipulent les élus sur des sujets techniques et influencent la Commission européenne dans le peaufinage des lois. Des pratiques qui remettent particulièrement en cause le principe de démocratie.

Pour comprendre les enjeux qui se jouent à Bruxelles, Politiquementblog vous propose un documentaire exclusif réalisé par Friedrich Moser et Matthieu Lietaert, dans les coulisses parfois sombres de la Commission européenne : Brussels business (vidéo ci-dessous). Outre la genèse du lobbying européen, l’enquête va notamment suivre un lobbyiste Pascal Keineis, qui « représente à lui seul quarante multinationales dans le secteur des services, des banques, des assurances et du tourisme, soit 50 % du PNB de l’UE » et à l’opposé Olivier Hoedeman, un activiste qui a créé la Corporate Europe Observatory « pour cerner l’influence de l’industrie sur les décisions de Bruxelles ». Distribué dans différents cinémas européens, Brussels Business sera diffusé sur Arte le 12 février 2013 en première partie de soirée.


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