Magazine Nouvelles

Je vais te zlataner la gueule ! - II

Par Alainlasverne @AlainLasverne

  Une nouvelle "hénaurme", en quatre parties

   - 17h25

DETECTIVE-COMODO-copie-1.jpg

GRAPH-92.jpg
es méga-tendances de la situation ont été impeccablement mises au jour. Il n'empêche que la solution se fait attendre. Alors qu'une ombre chargée de documents vient de filer comme l'éclair devant la vitre du bureau,

MC sort sa canne de golf. Il tape balle après balle dans le mini-parcours escamotable lové au fond de son bureau jusqu'au moment où l'une d'elle s'envole et fracasse l'ampoule basse consommation. L'éclairage était chiche, de toute façon. Rien à voir avec la lumière qui vient de jaillir dans les neurones vigilantes du détective.

- 12h

Le facteur surprise est déterminant pour l'opération « borderline ». Il s'agit de surprendre. Et surprendre, c'est surprendre sans être surpris, a expliqué MC à la secrétaire du patron découverte en train de mettre des renforts sur ses articulations ainsi qu'un casque intégral. Elle a bredouillé un entraînement de roller à venir. MC l'a regardée dans les yeux en lui tapotant le casque et lui a demandé son attention. Voilà le plan, l'unique.

Elle n'a rien dit. Un bon test avant de le dérouler devant le patron. Elle a même approuvé d'un grand mouvement de tête enthousiaste puis s'en est allée, légère et à peine court vêtue, vers le bureau du patron. Pas la mauvaise fille, finalement. Et de la conversation.

Le patron a été surpris, par « borderline ». Normal. Il a évidemment objecté. MC était prêt, il n'a pas hésité une seconde. Il s 'agit de poser les bases d'une nouvelle stratégie : le contre-terrorisme préventif. Le patron a dit qu'il ne voulait rien savoir. A ce stade de l'enquête, vous en prenez la responsabilité, mon vieux. Son doigt désignait l'au-delà. MC s'en est allé vers une nouvelle ère.

- 10 h

Un nombre d'heures inférieur à sept mais indiscutablement supérieur à cinq s'est écoulé. Il reste donc autour de six heures pour changer la donne, terroriser le terroriste voire lui ratatiner sa face simiesque. MC a réussi à trouver le matériel et deux hommes, ce qui n'est pas suffisant pour une opération de cette envergure. On est dans l'expérimental. Et l'expérimentation, c'est de l'impro. Faut du monde, et pas des bras cassés comme vous.

Les collègues de Marcel Comodo ont souri en approuvant silencieusement, avant de se retirer. L'un d'eux a soufflé « préventivement ». Quelques secondes plus tard leurs rires de hyènes génétiquement modifiés ont résonné. MC a libéré un « Om » venu du fond des tripes et encore un autre, bien sonore. La paix de Krishna l'a envahi, au loin se sont envolées ces vaines hystéries.

- 9h

MC fait chauffer le mobile. Il a déjà trouvé un chimiste versé dans les explosifs et deux cent gramme de Semtex revendu par un colonel croate marié à une béninoise dont les quatre enfants ont des goûts de luxe. MC a compati, d'autant que le tarif était avantageux. Il a cependant décliné le bonus en compagnie de la béninoise. MC est marié et ne jure que par les finnoises. Ce qui échappe complètement à son épouse Colchic, comme à la secrétaire du patron à qui il a tenté d'expliciter le concept d'état d'exception en matière sexuelle en citant un certain Agamben, que la secrétaire a cherché vainement dans ses dossiers après s'être ouvert au patron des plans de drague bizarres de MC. Lequel patron a tendu un doigt vers la porte. Peu finnoise mais très fière, la secrétaire a répliqué « Vafenculo », en partant. Le patron a secoué la tête avant de répondre : « Avec deux sucres ».

- 8h

Il se délecte, quelque part, même si le grand silence blanc qu'a laissé la disparition de son blog a creusé un vide au milieu de sa tête. Planqué sur le toit d'un immeuble, il scrute à la longue-vue les allers-retours des otages. Trois hommes et une femme débraillés, les yeux cernés, tournent en rond dans les studios de France 25 en quarantaine. Ça sent la pisse et la mort, ricane-t-il. Ils vont craquer !... Sinon bonbonnes feront leur boulot. Bonbonnes pleines de clous et lestées de quelques kilos d'un explosif rustique. Efficace. Il a déjà testé dans sa dernière campagne de mercenaire. Aujourd'hui, pas de conflagration intéressante à signaler, pas de contact sur la boite-mail. Un petit galop d’entraînement, ça fait du bien pour supporter l'attente.

- 7h

MC est extrêmement satisfait. Son offre d'emploi, qui ne passe pas forcément par les canaux classiques, a généré un contact de qualité. Dernier candidat pour le dernier poste à pourvoir. « Borderline » va enfin démarrer. La musique de Petit papa Noël résonne soudain dans l'abri insonorisé qu'il s'est fait emménager sur le toit d'où il surveille. Numéro masqué. Il décroche. Une voix souffle « Omar ». Extrêmement tendu, MC répond « Thermidor ». Très calme, l'autre réplique «saignant». Ouf, il est là, c'est bien lui, le dernier, l'ultimate, voire le premium, si affinités.

- 6h

On crie là-bas, dans la zone de quarantaine. La face creusée et pustuleuse de ce qui fut un cadreur glisse sur une vitre, tordue par un hurlement muet. Une femme prostrée sous une console de mixage tente de dormir en protégeant sa poitrine des restes de son chemisier déchiré par un animateur devenu fou sous la séquestration. Les bombes sont toujours quelque part et sauteront toujours dans 360mn GMT. La tension est au taquet, il n'y a plus de décaféiné, il fait une chaleur anormale sous la tente plantée sur le toit pas si loin de l'abri du terroriste inconnu, et Colchic a demandé le divorce à deux heures du matin. Divorce refusé, mais tout de même !...

Il arrive. Il se présente, Max Denoyaute. Pseudo naturellement. Ancien mercenaire, spécialiste de l'explosif local, artisanal, improvisé et surprenant. Que demande le peuple...Maîtrise un peu le Net. Pas trop athlétique mais plutôt carré dans sa tête. Chemise-cravate, un plus qui fait la différence. Un souvenir remonte à la mémoire de MC comme une bulle de champagne patinée par les années. Il y a les hommes vêtus et les hommes habillés, ma chérie. Colchic a éclaté de rire. Il s'est rhabillé de pied en cap avec le nec plus ultra de sa garde-robe, avant de quitter la chambre pour une destination inconnue. Minuit et demi, ils venaient de se marier ce jour. Colchic en a perdu son sourire et même un peu d'entrain. Certaines choses ne peuvent cependant souffrir le moindre retard et un laisser-aller quelconque.

- 2h

Briefing terminal et général. Opération « Bordeline » sur le pont. Toute l'équipe est là, sauf le petit nouveau, la perle à quatre épingles. MC balance théorie et pratique en même temps. Le concept consiste à devancer les ravisseurs, les plastiqueurs, leur couper l'herbe sous le pied. Tout le monde a compris ?..Des questions ? Un mercenaire japonais ose. Non, vous ne voyez que le doigt alors que je vous montre ma main, accessoirement à dix centimètres de votre visage. Il s'agit de premièrement supprimer le point d'appui du ou des terroristes, qui est ? Qui est ? Oui, mais non. Non, non, non, Navimoto. Vous êtes idiot ou simplement retardé ? La différence est cruciale, pour ne pas dire essentielle. Pour eux ce sont des otages, mais pour nous des cadavres. On le sait, ce genre de taré tue toujours les otages. Donc, nous prenons une longueur d'avance sur lui. Ce qui est notre ? Notre ? Booster, oui Navimoto, vous voyez quand vous voulez. Là-bas au fond, je vous demande de vous arrêter. Ce golf est, d'une part, à moi ; d'autre part, il ne vous appartient nullement. Enfin, vous êtes là pour écouter. Rupture de contrat ressemble étrangement à rupture de vertèbres, n'est-il pas ?...

Booster, pousser, propulser, ok ?...Les terroristes sont privés de leur appui, pétrifiés par l'irruption de l'inédit et la frustration de s'être fait piquer, si je puis dire, leurs otages. Incidemment, ils ont peur et ils saignent des oreilles par la grâce des quelques explosifs que nous avons disposé à notre tour pour éliminer les otages. Bref, c'est la ?...C'est la ? Navimoto, je vous parle...Non, pas le retournement, crétin !...C'est LA, ai-je dit !...LA victoire, espèce de citron pressé.

En quelques minutes, MC parvient tout de même à faire entendre la force intrinsèque de ce plan profondément en accord avec des siècles de contre-insurrection et l'imprévisibilité toute nippone d'une telle tactique, ce, à l'intention du mercenaire japonais qui semble bouder en vérifiant l'état de ses dents.

- 20mn

Étrangement, le nouveau n'est pas du tout arrivé. Le portable résonne, il arrive enfin. Résumé après un sévère recadrage que MC ne prolonge pas. Il ne s'agirait pas d'affaiblir celui qui a le plus de potentiel dans l'équipe. Les explications achevées, ils rejoignent discrètement la chaîne et montent dans les étages. Il fait nuit, les locaux sont déserts mis à part deux ou trois ramasse-miettes en képis que le ravisseur n'a pas souhaité voir évacué. MC et son équipe n'approchent pas de l'étage en quarantaine. Il suffira de plastiquer les pieds de soutènement de l'immeuble. Celui-ci s'écroulera, écrasant toute vie. Si la gravité ne suffisait pas, les explosifs du terroriste achèveraient le travail en sautant à leur tour. L'arroseur arrosé. MC sourit en reliant les charges. Même Navimoto semble samouraï, ce soir. Il n'y a pas plus brave, qu'un brave quand l'heure est venue d'être brave, nous enseigne le proverbe. Les ancêtres, nous leur devons tout et même un peu plus, si cela est possible. Ces derniers mots sont prononcés par le détective devant le mur impeccablement blanc d'une salle souterraine. Il y a là quelque chose d’expressionniste dirait le Fantôme, ce héros discret qu'aimait MC tout enfant.

Il demande à Moktar, mercenaire venu de l’Équateur en passant par l'Angola, de bien vouloir immortaliser cet instant. Ils se groupent et Moktar branche le compte-à-rebours de l'appareil photo, avant de les rejoindre. MC ordonne gravement « Ouistiti, dans dix secondes, neuf, huit...Stooooooopppppp!!!! ». Un sixième sens lui a commandé de se retourner. Tout le monde reste figé sauf, naturellement, Lorenzo, le mercenaire habillé qui rajuste sa cravate. MC se retourne et tend la main vers le mur tout blanc. Là, sur cette toile de fond choisie pour une équipe hors du commun, un fil. Un fil, mais il fait quoi ce putain de fil, là, bordel ! Quelqu'un à une idée ??!...MC tend le bras pour arracher ce cheveu sur la toile des souvenirs inoubliables, mais Max hurle soudain « Stooppp! ». Comment stop ? C'est moâ qui dit steuuppp, 'accord ?...Max opine avec conviction. Tout à fait d'accord, mais ce n'est rien ce bout de fil, juste un bout de fil. Regardez, chef, je me mets devant, ok ? D'accord ?...

MC hoche la tête, bonne pâte, bon enfant, avant de se raviser. Pourquoi donc laisserais-je ce fil souiller un mur blanc et gâcher ma photo, hein ? Ce petit nouveau est un peu trop à l'initiative. Et l'initiative il faut en avoir quand il faut en avoir, mais pas plus. Alors, mon petit, vous voulez bien vous pousser ? Oh, mais tu ne m'as plus l'air vraiment content. Ce petit fil de rien du tout occuperait-il une place sérieuse dans tes pensées ?..Tout le monde a le droit d'avoir ses petites manies, alors on va te laisser. Tu vas t'en occuper tout seul. Je dirais même plus : tout seul. Tu tires dessus quand tu veux, nous on est là-bas, derrière la cloison. Allez, à ciao Max...

MC se retire puis ramène son groupe quelques instants plus tard. Max n'a rien tiré, rien enlevé du mur. Il est planté devant sa blancheur comme un fidèle devant son gourou, sauf qu'il est pâle et que ses yeux roulent un drôle de tango.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Alainlasverne 2488 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte