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Plaidoyer d’une salariée pour la mise à mort du CDI

Publié le 22 mai 2013 par Copeau @Contrepoints

Le CDI est souvent perçu comme le Saint Graal du marché du travail. À tort.

Par Laurett.

Plaidoyer d’une salariée pour la mise à mort du CDI, entre autres...
Mes premiers pas dans le monde du travail remontent à 2001. J’ai enchainé les contrats d’intérim et les CDD pendant plus de 8 ans. Puis j’ai signé mon premier CDI en 2010. Pour moi c’était le bonheur, un peu comme si décrocher un CDI était une fin en soi. C’est idiot, quand j’y pense.

Le côté positif du CDI c’est la sécurité à long terme. Plus d’angoisse de "comment vais-je payer mon loyer le mois prochain ?", etc. Pourtant, il y a un prix à payer pour cette relative sécurité, c’est celui de la liberté.

Considérons ceci :

  • Mon salaire est mon unique source de revenus, puisque je ne peux pas travailler pour une autre entreprise en même temps (clause d’exclusivité, contrat à temps plein + heures supplémentaires…)
  • Je suis liée à l’entreprise qui m’a embauchée "indéfiniment", en quelque sorte. Il n’y a pas une date butoir déterminée à partir de laquelle mon employeur, s’il souhaite continuer à collaborer avec moi, va devoir fournir un effort particulier pour rester attractif à mes yeux.
  • En bref, je n’ai pas la possibilité de mettre mon employeur immédiatement en concurrence.

Bien sûr, on pourra me rétorquer que si je ne suis pas contente de mon employeur je peux toujours démissionner, mais ça impliquerait la perte de l’intégralité de mes revenus en attendant de "me retourner". De quoi y réfléchir à deux fois, surtout par les temps qui courent. Et puis ça ne résoudrait pas le problème de fond : avoir tous ses revenus qui ne découlent que d’une seule source, est-ce raisonnable ?

Cette perte de liberté est pourtant un inconvénient sur lequel on passe facilement quand on vient de signer son contrat. Après tout, un CDI, c’est un contrat entre deux parties consentantes. Et cette liberté au placard, on l’y a mise en connaissance de cause.

Et de fait, les premiers temps, tout se passe bien. Le travail est enrichissant, les collègues sont pour la plupart sympas, et l’employeur se montre satisfait du travail fourni. Mais les choses ne sont jamais immuables, même en CDI. Et c’est là le problème : les conditions changent, mais le contrat reste le même.

L’idée d’employeur et employé sur un pied d’égalité s’efface devant la réalité. Et la réalité, c’est qu’une fois le contrat signé et l’employé bien "au chaud", ce n’est plus une relation d’égal à égal mais une relation parent-enfant malsaine que j’ai vu s’installer.

Là où le salaire avait été négocié par les deux parties, il est maintenant augmenté (ou pas) au seul bon vouloir de l’employeur. Là où la charge de travail avait été définie, l’employeur en demande plus pour absorber l’arrivée de nouveaux clients, faire face à la nécessité de remplacer un collègue absent ou encore remplir une mission nécessaire à l’entreprise. L’employeur dispose de deux leviers sur lesquels il peut jouer pour modifier le coût du travail fourni par le salarié sans se mettre en danger ni fournir d’effort particulier :

  • l’augmentation de salaire (ou le gel des augmentations),
  • la charge de travail demandée au salarié.

Ces deux dernières années ont vu ma charge de travail doubler alors que dans le même temps mon salaire est resté le même, ne suivant même pas la courbe de l’inflation. Raison invoquée pour cette non-augmentation : c’est la crise. Mais mon travail, vaut-il moins cher pour autant ? Alors pourquoi mon employeur en demande plus pour le même prix ?

Et en même temps, comment puis-je savoir avec un minimum de certitude quelle est la valeur de mon travail, si je ne me suis pas frotté au marché ? Quand j’y pense, tout au long de mes 8 ans en intérim et CDD, mon salaire a bien augmenté, et depuis que je suis en CDI il stagne alors que je travaille plus... Tout augmente autour de moi, et mon travail se vend de moins en moins cher... ce n’est pas très logique.

Et voilà le terrain prêt pour que l’employeur se permette pas mal de choses qui, si elles étaient faites par l’employé, choqueraient. Un séminaire de travail non-rémunéré sur un week-end ? Eh bien mon employeur a osé. J’ai réclamé mon dû et depuis, je suis considérée comme l’enfant turbulent de la famille. Plusieurs fois longuement sermonnée, on exige que je "file droit", on note si j’arrive 5 minutes en retard mais pas si je fais des heures supplémentaires, on m’en demande encore plus : je dois maintenant en plus de mon travail aider dans les autres services et manipuler des machines sur lesquelles je n’ai reçu aucune formation...

L’employeur peut mettre à pied, adresser des avertissements, des blâmes, gronder le salarié comme un enfant désobéissant, mais le salarié n’a pas ces possibilités en retour. L’employeur peut licencier pour faute grave, faute lourde, le salarié peut juste déclarer forfait. Comme si l’employeur ne commettait jamais de faute. Il n’y a pas d’égalité entre les deux signataires du contrat..

Les cotisations sociales, un autre facteur de perte de liberté du salarié. Elles font partie intégrante du salaire mais au lieu d'atterrir directement dans la poche du salarié qui pourrait alors gérer ses assurances santé, chômage et retraite comme il le souhaite, elles sont versées directement par l’employeur aux caisses afin d’être redistribuées, sous certaines conditions. Je me demande souvent pourquoi l’employeur tient ce rôle de collecteur de cotisations sociales. Il ne l’a pas toujours eu (il n’y a pas toujours eu de cotisations sociales). Et pourquoi cet état de fait perdure-t-il alors qu’on peut en théorie choisir une alternative à la sécurité sociale depuis longtemps maintenant ?

Pour le salarié, ne pas disposer de cette partie de son salaire revient à ne pas pouvoir gérer son assurance chômage comme il l’entend. En conséquence, face à un employeur qui devient abusif il sera très difficile et coûteux pour lui de simplement "claquer la porte" proprement et de trouver du travail ailleurs. D’autant plus coûteux que Pôle Emploi ne verse rien en cas de démission. En clair démissionner revient à faire une croix sur toute une partie de son salaire, perdu dans les méandres de la redistribution aux autres mais pas à soi-même.

Cette soumission presque forcée à son employeur et la perte qu’entraîne une démission nette est-elle une des raisons du taux de consommation record d’antidépresseurs en France ?

Pour rétablir des relations égalitaires entre le salarié et l’employeur, il faudrait selon moi plusieurs choses :

  • Le versement du salaire complet.
  • Des contrats à durée déterminée assortis de leur libéralisation (c'est-à-dire le droit de contracter autant de fois que l’on souhaite avec un même employeur).
  • La rémunération à la tâche, et non en fonction des horaires.
  • Et surtout le droit d’avoir plusieurs employeurs simultanément.

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