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Des transhumances bordelaises en période estivale

Publié le 22 mai 2013 par Artetmanieres @ArtetManieres

moutons ferretcapiens

(retrouvez ce billet dans le superbe numéro 16 du magazine Cubeek de mai 2013)

Toujours à la pointe en matière de relations humaines, les bordelais ont développé une façon simple et efficace de conserver tous leurs repères, même en villégiature, pour ne jamais être pris au dépourvu et contraints de côtoyer des inconnus, ou pire, des parisiens. Leurs périodes de repos, week-ends prolongés ou vacances estivales, sont donc rythmées par des transhumances collectives qui jettent sur quelques axes routiers privilégiés breaks Volvo, Range Rover et autres Porsche Cayenne vers des destinations à l’exotisme tout relatif.

Des Abbesses aux Abatilles

Les rue de Bordeaux offrent-elles trop d’espace ou est-ce les entrées maritimes qui donnent à ses habitants un sentiment de liberté ? Toujours est-il qu’à force de vivre toute l’année incapables de s’entasser les uns sur les autres, sauf à se retrouver une âme d’étudiant pour tenter l’accès au tram B arrêt Victoire à 8h30 du matin, les bordelais éprouvent le besoin irrépressible d’aller se coller à 30 000 sur une presqu’île taillée pour 5 000. Ils doivent certainement penser que c’est comme lorsqu’on va voir les girondins à Chaban. Les rues sont bloquées, il y a des flics partout, c’est le bordel et au final, on est dans les tribunes aussi nombreux que des intellectuels dans la dernière saison de secret story avec une ambiance digne de la chambre froide des abattoirs de Paludate, après fermeture définitive. D’autres préfèrent le cadre plus populaire des banlieues chaudes d’Arcachon. Surement l’un des endroits de France offrant la plus forte densité de chanteurs de variété au mètre carré, et dont la population autochtone élève en masse un espèce canine particulièrement agressive, le caniche nain.

Les grands voyageurs, Marco en Polo et Louis-Antoine sous les bougainvillées

Autrefois, c’est vers Caudéran que se tournaient les bordelais pour les escapades campagnardes. A l’étroit dans leurs 200m² cours Clémenceau, ils allaient y profiter  des vastes étendues de verdure, tout ça pour bouffer des escargots et jouer au jardinier pendant le week-end. Il y eut même, au début du XXème siècle, une poignée d’illuminés pour créer au Pyla une piste de ski tapissée d’aiguilles de pin. Bien la preuve que les bordelais sont prêts à inventer n’importe quoi pour montrer que leur région permet toutes les activités. Tout ça alors que les Pyrénées sont à peine à trois heures par l’A65 pour la modique somme d’un demi-SMIC aller-retour. Bordeaux s’est même donné quelques accents d’Afrique au XVIIIème en s’improvisant tour-opérateur avec l’organisation de croisières transatlantiques. Les cabines collectives y étaient certes moins confortables que sur le Titanic, mais au moins, les quelques privilégiés logés en collectif à fond de cale arrivaient-ils à bon port sans finir avec des glaçons sur le pont supérieur pour accompagner le Lillet blanc. Les bordelais n’ont pas non plus besoin de séjourner aux Etats-Unis pour en découvrir les plus grand monuments. La Place Picard leur permet d’admirer la statue de la liberté et le pont d’Aquitaine a de faux airs de Golden Gate… On peut donc avoir l’équivalent de la route 66 en 10 minutes montre en main et en faisant l’économie de 2000 € de vols et du sens aiguë de l’accueil du service de l’immigration US.

Finalement, cette résurgence d’instinct grégaire du bordelais n’a-t’elle pas qu’un seul but ? Recréer en vacances les conflits de voisinage qui l’occupent toute l’année dans le but d’être enfin invité dans l’émission de Julien Courbet, avec qui, en bon bordelais, on est sur le plateau comme à la maison…



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