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Y-a-t-il un changement de climat en Europe ?

Publié le 24 mai 2013 par Juan
Ce ne sont encore que des signaux faibles qui pourraient faire un signal fort. Rien n'est gagné, les rapports de force sont encore ce qu'ils sont. Mais peu à peu, sur des sujets aussi différents que l'énergie, la culture, ou la fraude fiscale, des positions contraires à la vulgate néo-libérale se font entendre au sommet des Etats qui composent l'Union européenne.
 Il y a 15 jours, la Commission européenne a proposé une taxe "anti-dumping" de 47% contre les panneaux solaires d'origine chinoise. Nicolas Doze de BFM s'étrangle contre cette "tentation du protectionnisme".  Ces matériels chinois ont pris l'essentiel des parts de marché du secteur en quelques années, 80% en Europe l'an dernier.
Qui a dit qu'un relatif protectionnisme n'était pas une option ?
Lundi, quelques Européens, cinéastes ou ministres, rappelaient encore à l'Europe que la culture ne saurait être incluse dans le nouveau cycle de négociations qui débute entre l'UE et les Etats-Unis. Ces négociations visent à assouplir, ici comme là-bas, les obstacles aux échanges commerciaux. Mais l'exception culturelle est une ligne rouge, a menacé la ministre Filippetti lors du Festival de Cannes. A Bruxelles, José Manuel Barroso a pourtant affirmé la semaine dernière que "l'exception culturelle ne serait pas renégociée".
C'est un signe faible mais un début.
Prenez  enfin le sommet du 22 mai. Les chefs d'Etat européens discutent de lutte contre la fraude fiscale. C'est visiblement le thème du moment. On note enfin quelques volontés, même parmi quelques-uns de nos conservateurs voisins.  Depuis 2008, le sujet était une rengaine. La crise budgétaire pressure les Etats. On cherche des fonds, on veut calmer les opinions publiques. La lutte contre la fraude fiscale est un bon thème d'union sacrée pour peu qu'on y accorde les moyens qu'il faut.
"Plutôt que d'augmenter les taxes, les taux, les impôts, les prélèvements, mieux vaut aller chercher la matière imposable là où elle se cache aujourd'hui."
François Hollande
Deux pays résistent encore à la levée du secret bancaire, et notamment l'échange automatique d'informations sur l'ouverture de comptes de citoyens étrangers, l'Autriche et le Luxembourg. Ils sont pragmatiques. Le placement défiscalisé de quelques milliards soustraits à leurs Etats d'origine constitue l'essentiel de leur économie. Mais ce parasitisme fiscal n'est plus supportable. Cette concurrence dépasse la déloyauté. Elle met à mal l'identité européenne. Mercredi, Hollande a des mots durs, et explicites. "On ne peut pas laisser un pays, plusieurs même, au sein de l'Union européenne, être des sources de transferts justifiés par des motifs fiscaux." Il n'est pas le seul. L'Autriche et le Luxembourg résistent, mais se réfugient derrière un prétexte dont la pérennité n'est plus assurée, davantage de transparence de paradis fiscaux hors Union, tels la Suisse.
Même le britannique David Cameron, père protecteur de la City comme tout premier ministre Tory qui se respecte, soutient la démarche européenne. Lundi dernier, il a écrit aux dix paradis fiscaux d'outre-mer ou dépendant de la Couronne (Bermudes, Iles Vierges britanniques, Iles Cayman, Gibraltar, Anguilla, Montserrat, Iles Turks et Caicos, Jersey, Guernesey et Ile de Man) , à "de poursuivre leur collaboration avec le Royaume-Uni sur deux sujets délicats: les échanges d'informations sur l'imposition et les lois sur l'usufruit". Des thèmes "délicats", insiste-t-il. "C'est le moment de mettre de l'ordre dans nos maisons".
Vraiment ?
Au final, l'Europe s'arrête sur un communiqué reportant à la fin de l'année des décisions contre l'évasion fiscale. Quelques pays, dont la France, n'attendront pas pour mettre en oeuvre l'échange d'informations avec qui voudra bien.
Ces signes sont encore faibles mais ils sont réels.
"L'Europe accélère", convient le Figaro.
Mais si le Figaro le dit...


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