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Ici et maintenant

Publié le 24 mai 2013 par Ivan

ici-maintenant.png Dans la pratique martiale, tout comme dans la méditation ou les arts de soins, tous les pratiquants ont déjà entendu au moins une fois leur professeur dire « ici et maintenant ». Cette déclaration permet de réaliser n’importe quelle action avec une grande qualité. Toutefois, cette notion ô combien capitale reste floue pour la plupart des gens. Essayons d’y voir un peu plus clair.

Le temps est quelque chose après lequel la plupart d’entre nous sommes en train de courir. « Je te rappelle, mais là je n’ai pas le temps ». « Il me faut finir ce travail avant telle heure ». « Vite, vite, je vais être en retard », et ainsi de suite. Ces phrases, nous les avons toutes prononcées au moins une fois dans notre vie, et nous courrons après ce temps qui file. Mais pourquoi file-t-il si vite d’ailleurs, ce n’est pas pratique. Arrêtons-nous deux secondes pour réfléchir à ce qu’est le temps.

Tout d’abord, le temps a commencé à exister avec le découpage des cycles naturels. Le premier est le plus simple à observer fut celui de la lune. C’est la raison pour laquelle les premiers calendriers au monde furent lunaires avant d’être solaires. L’avantage de la lune c’est que l’on peut facilement la voir et constater les changements des croissants de soleil et d’ombre portée de la terre à sa surface. Au bout d’un cycle lunaire, ça recommence. Voilà qui est très pratique pour mesure le temps. Au bout de 12 cycles environ, force est de constater aussi que l’on est revenu à la même saison, ce qui permet d’évaluer une année, qui elle-même correspond à une révolution solaire. Chaque cycle lunaire comporte une moyenne de 29/30 jours. Mais combien fait un jour ?

Le jour c’est l’intervalle qui sépare deux levers de soleil (ou deux couchers ou deux midis, peu importe). On le calcule en 24 heures ou deux fois 12 heures. Au passage, alors que le bon sens commun aura tendance à utiliser des divisions par 10 pour faciliter le calcul, on peut s’étonner que le jour soit divisé par tranches de 12. Cela nous vient des Mésopotamiens (Babyloniens et Sumériens) qui adoraient le chiffre 12. Ils mesuraient tout ainsi, la coudée, la surface, le poids, le zodiaque céleste, absolument tout. Du coup, le jour fut divisé en multiple de 12. Nous voilà avec des heures, mais pour être plus précis, il fallait diviser une heure en unités plus petites. Là, les Mésopotamiens sont revenus à la base de leur calcul, le bon sens faisant loi. Sauf que leur système de comptabilité de base était sexagésimal (par 60), ce qui est loin d’être évident pour nous aujourd’hui. Conclusion, nous voilà avec 60 minutes, elles-mêmes divisées en 60 secondes.

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Système de 12, puis système de 60, bon pourquoi pas. Là où cette histoire de temps devient amusante, c’est qu’entre les mois et les jours, il manquait une unité intermédiaire. Voilà la semaine qui se profile, avec ses 7 jours, car cela correspond plus ou moins à un quartier de lune. Le problème est que le nombre de jours dans une révolution solaire est de 365. Comme ce n’est pas un chiffre compatible avec des divisions par 7, 12 ou 60, il a fallu adapter le nombre de jours par mois et le faire varier arbitrairement d’un mois à l’autre. Sauf, que tout cela ne tient pas la route, vu qu’en fait une année dure 365, 2425 jours. Du coup, tous les 4 ans on rajoute un jour. Ouf, nous voilà rassurés et cette fois le temps est bel et bien ordonné. Vraiment ?

C’est oublier un peu vite que l’univers est en expansion permanente et que l’écart entre les planètes se creuse chaque année un peu plus. Les révolutions se font donc chaque année un peu plus longue. Du coup, pour que le système du temps tienne en place, les astronomes et les « maîtres du temps » bricolent les horloges de référence pour ajouter quelques poussières de temps en plus. Imaginons qu’en plus demain nous colonisons une autre planète, et il faudra réinventer une autre notion de temps pour gérer ladite planète. Tout ce propos pour quoi ? Pour dire que le temps n’est qu’une construction du mental, surtout dans sa vision linéaire où le temps coulerait d’un futur vers un passé. De plus, c’est un énorme bricolage qui, on l’a vu, n’a pas beaucoup de sens en soi. Enfin, il est changement permanent, donc ce n’est pas une vérité intemporelle. Le seul temps que nous expérimentons concrètement et de façon efficace est le présent. Le méditant est rapidement familiarisé avec le fait que le passé n’est qu’un souvenir (construction du mental) et que le futur n’est que de l’imagination (construction du mental), aussi pourquoi s’en préoccuper. En effet, l’un n’existe plus et l’autre n’existe pas encore. Seul le présent, le fait de vivre chaque instant, avec une conscience accrue de celui-ci, est intéressant. Ainsi, l’esprit ne vagabonde pas et reste dans le « maintenant ».

Si l’on s’accroche tellement au passé et au présent, c’est avant tout parce que l’homme a peur de sa propre fin. La mort oblige tout un chacun à se dire que les années passent vite, filent comme le vent, et ainsi de suite. Notre grande passion (avec la météo) est donc de quantifier, mesurer, compter les dates anniversaires, prendre des photos pour immortaliser le temps qui passe. Que de peur derrière cette notion de temps finalement… Ce à quoi les guerriers anciens, notamment les bushi japonais répondaient « le pire qui puisse t’arriver c’est de mourir. Puisque de toute façon tu vas mourir, alors pourquoi t’en préoccuper ? ». Voilà pourquoi les pratiquants d’arts martiaux, les thérapeutes et les méditants sont tous dans le maintenant, car avant et après n’existent pas et ont peu d’intérêt. Ainsi, lorsque l’esprit reste dans le présent, il peut envisager chaque chose l’une après l’autre, sans conjecturer sur ce qui va arriver ni regretter ce qui s’est passé. Là réside la sagesse de l’expérience du temps par le corps. Les actions sont beaucoup plus nettes, puisque le mental n’envoie pas les pensées en avant ou en arrière. L’efficacité est alors au rendez-vous dans tout ce que l’on entreprend. Il suffit d’être, de respirer et de vivre.

Une fois que l’on a trouvé le « maintenant », le « ici » est assez facile à trouver. Où que l’on se trouve nous sommes ici. Le reste n’est que définition et construction artificielle provenant du mental des géographes. Mais si on réfléchit encore un peu plus, là où je suis n’est pas non plus un point bien défini. En effet, même lorsque je médite sans bouger, la terre tourne sur elle-même, me faisant tournoyer avec elle à environ 1700 km/h à son équateur. La terre tourne de plus autour du soleil à 107 406 km/h, ce qui me propulse à toute vitesse sur deux rotations simultanées. Le système tourne dans son bras de la galaxie, qui tourne autour du centre de celle-ci. Bref, tout bouge tout le temps. Aussi, même quand je reste assis, mon ici est très relatif et je bouge rapidement dans tous les sens. Je suis donc un peu partout à la fois. La notion de « ici » est donc surtout et avant tout celle d’être présent dans le temple que représente notre corps-esprit.

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J’aime beaucoup l’anglais, car on peut faire des jeux de mots impossibles en français. Lorsque je suis dans le « now » and « here », je comprends que ces deux notions ne font qu’une, que le lieu et le temps (espace-temps si cher à Einstein) ne sont qu’une seule entité qui est relative et en mouvement permanent. Je choisi donc de rester en mon sein, présent à mon corps et au moment présent. En faisant l’union de cet espace-temps, je suis ici et partout à la fois, ce que donnent les deux mots lorsqu’ils sont collés : « nowhere ». Être « ici et maintenant », c’est être partout et nulle part en particulier. Tout alors devient possible.

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Pour comprendre en détail les comptabilités du temps en 12 et 60, lire Les divisions du jour.


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