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Livre : Jean Claude Michéa - Les mystères de la gauche

Par Plumesolidaire

 

Chronique de Brice Couturier

Michéa, le socialisme sans la gauche Vous vous étonnez, Jean-Claude Michéa, d’être mal compris, entendu de travers, encensé parfois par des gens avec qui vous n’avez rien en commun. Mais c’est bien le signe que votre pensée échappe aux clivages ressassés, aux débats d’idées balisés, à cette misérable guerre de tranchées à laquelle se résume, depuis plusieurs décennies, ce qui nous tient encore lieu de vie intellectuelle. Non pas que vous cherchiez délibérément à brouiller les lignes, afin de faire passer quelque saleté en contrebande, comme certains.

Mais enfin vous pensez à partir d’une tradition idéologique, disons une espèce de socialisme populiste et moraliste, dans le sillage de l’anarcho-syndicalisme, qui était depuis longtemps absent de notre univers mental. Les auteurs auxquels vous faites référence – George Orwell, Christopher Lasch, Ruskin, Marcel Mauss, Cornélius Castoriadis, Pierre Legendre - sont soit inconnus chez nous, soit eux-mêmes incompris. Et, pour aggraver votre cas, vous êtes furieusement anti-tendance, à contre-courant de l’hédonisme libéral-libertaire qui nous tient lieu, depuis 35 ans, de boussole progressiste.

Votre critique du libéralisme est l’une des plus radicales que je connaisse, parce qu’elle va à la racine. Or, les plus bruyants de nos anti-libéraux contemporains, vous n’avez pas de mal à le démontrer, sont eux-mêmes largement porteurs du virus… Et pour cause : les Lumières, la Révolution française sont, dans une large mesure des aventures du libéralisme. Les premières, parce qu’elles appellent l’individu à s’arracher à ses appartenances traditionnelles et héritées, afin de pouvoir contracter librement en tant qu’individu. Les Lumières sont libérales, non seulement en politique, avec Montesquieu, mais aussi en économie, avec Boisguilbert. Quant à la Révolution française, elle est en grande part, une révolution libérale. Non seulement elle substitue le règne de la loi au caprice du prince, mais elle garantit et consolide les droits de propriété, très instables sous la féodalité.

Or, cet héritage – les Lumières et la Révolution – a longtemps été revendiqué comme son bien propre par la gauche politique. Mais à vos yeux, Jean-Claude Michéa, le mouvement socialiste authentique s’est abstenu longtemps de participer aux jeux politiques de la bourgeoisie. Il n’avait rien à faire de « la gauche », qu’elle fût intellectuelle, avec les penseurs libéraux Benjamin Constant ou Frédéric Bastiat, ou politique, avec Adolphe Tiers ou Jules Ferry.

Dans son histoire des Gauches françaises, Jacques Julliard discerne en vous le principal interprète de la thèse qu’il baptise « séparatiste », thèse selon laquelle l’alliance défensive passée entre une partie du camp socialiste et les politiciens de la gauche républicaine, à l’époque de l’Affaire Dreyfus, s’est traduite par une progressive prise de contrôle du mouvement ouvrier par les politiciens « bourgeois ».

Voilà pour la lecture du passé. Elle engage un projet politique pour aujourd’hui. Vous voulez sortir du capitalisme, en mobilisant les classes populaires, mais sans « la gauche », tant celle-ci vous semble à présent compromise avec tout ce que vous abhorrez : la modernité (mobilité, flexibilité, disponibilité, déracinement, « agitation perpétuelle ») ; la religion du progrès (une confiance aveugle en l’idée que l’histoire progresse et que demain ne saurait manquer d’être meilleur qu’aujourd’hui); l’indécence des élites – qui refusent toute limite morale à leur cupidité et rejettent comme « archaïque » les tentatives d’enrayer la machine, devenue folle, du capitalisme mondialisateur.

Vous misez sur la « décence des gens ordinaires », la décroissance, les communautés de producteurs.

Vous ne croyez pas, comme les marxistes, que le système actuel porte en germe les agents de sa propre destruction, mais qu’au contraire, chaque jour qui passe ruine les possibilités d’édification de votre socialisme, en minant les ressorts moraux des gens ordinaires.

Bref, non seulement vous êtes idéologiquement marginal, mais votre radicalité est telle que l’on voit mal quelles forces politiques pourraient bien appuyer un tel projet. Vous vous êtes taillé, dans notre paysage intellectuel, une place très originale, qui en agace plus d’un. Mais comment transformer une analyse politique, dont la pertinence est indéniable, en projet politique concret ?

Les mystères de la gauche : de l'idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu, Climats, 2013

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« Que peut bien signifier aujourd'hui le vieux clivage droite-gauche tel qu'il fonctionne depuis l'affaire Dreyfus ? Il me semble que c'est avant tout le refus de remettre cette question en chantier - et de tirer ainsi les leçons de l'histoire de notre temps - qui explique en grande partie l'impasse dramatique dans laquelle se trouvent à présent tous ceux qui se reconnaissent encore dans le projet d'une société à la fois libre, égalitaire et conviviale. 
Dans la mesure, en effet, où la possibilité de rassembler le peuple autour d'un programme de sortie progressive du capitalisme dépend, par définition, de l'existence préalable d'un nouveau langage commun - susceptible, à ce titre, d'être compris et accepté par tous les « gens ordinaires » -, cette question revêt forcément une importance décisive. Je vais donc essayer d'expliquer pour quelles raisons j'en suis venu à estimer que le nom de gauche - autrefois si glorieux - ne me paraît plus vraiment en mesure, aujourd'hui, de jouer ce rôle fédérateur ni, par conséquent, de traduire efficacement l'indignation et la colère grandissantes des classes populaires devant le nouveau monde crépusculaire que les élites libérales ont décidé de mettre en place. »

Source : metapointinfo

Les mystères de la gauche...

Après Le complexe d'Orphée en 2011, les éditions Climats viennent de publier Les mystères de la gauche - De l'idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu, le nouvel essai de Jean-Claude Michéa. Haï par la gauche sociétale, bobo et bien-pensante, comme le prouvent les violentes attaques dont il a été l'objet dansLe Monde et dans Le Nouvel Observateur, Jean-Claude Michéa en est l'adversaire le plus talentueux et le plus intransigeant, et chacun de ses essais est une bombe qui vient fissurer les remparts du camp du Bien. A lire, donc !


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